PERSPECTIVES SOCIALES DE LA CONCURRENCE

 

A l’occasion de la troisième journée de l’Université d’Eté de la Nouvelle Economie (mercredi 3 septembre), Seldom Richman intervenait sur les questions d’éducation et d’assurances sociales privées, thèmes sur lesquels il a beaucoup publié. Seldom Richman est rédacteur en chef de la publication de la « Foundation for Economic Education », « The Freeman : ideas on liberty ».

 


SELDON RICHMAN :
HISTOIRE DES MECANISMES PRIVES D’ASSURANCES SOCIALES ET D’EDUCATION

 

Alexis de Tocqueville disait quelque chose de particulier et de magnifique à propos des Américains : il est remarquable qu’aux Etats-Unis, les Américains constituent des associations pour presque toute chose. Tout ce que l’individu ne peut pas faire lui-même, il le réalise avec des voisins ou des amis en constituant des groupes. Il nous dit encore que les gens qui ont besoin de services médicaux, d’éducation ou d’autres choses que l’on croit être l’œuvre de la providence, n’attendent pas que les bureaucrates viennent les aider. Au contraire, ils se responsabilisent, constituent des groupes, tout simplement parce qu’ils partagent les mêmes valeurs que les autres membres du groupe, le même sens de la responsabilité. Trouve-t-on des valeurs communes dans les PVD ? Nombre d’auteurs du courant dominant nous enseignent que les systèmes de retraites, d’assurance maladie, d’éducation ne peuvent être gérés que par le gouvernement. D’ailleurs pourquoi payer des impôts si ce n’est parce que les individus sont supposés ne pas pouvoir agir seuls !

 

Cette idée s’impose avec les premiers mouvements anti-pauvreté. Au XIX° siècle, on constate en effet que les progrès matériels de l’humanité, qui s’observent depuis des siècles comme Bastiat le met en exergue dans les « Harmonies économiques », marquent une véritable amélioration du niveau de vie. Mais cette amélioration ne s’opère pas à la même vitesse pour tous, certains devançant les autres du fait d’une habileté particulière, un savoir-faire … Ainsi, tandis que la société est de plus en plus riche, que les gens voient leur niveau de vie s’améliorer, les contrastes sont de plus en plus évidents. Les mouvements anti-pauvreté -sans réfléchir à la façon dont ces améliorations sont apparues, les prenant tout simplement pour des données- ont alors tenté de résoudre ce problème en faisant appel à l’Etat. Malheureusement, l’augmentation des dépenses publiques et l’abandon des solutions privées n’ont pas infléchit la pauvreté, bien au contraire. Et pour cause, le progrès spontané que l’on observe lorsque les gens sont libres avait disparu. Pourtant, comme le Professeur Tooley l’a souligné, il y a de nombreuses solutions privées au problème du développement. Ces solutions passent par la concurrence.

 

Les gens n’ont pas foi dans la concurrence. Ils pensent à la concurrence comme un jeu où il y aurait un gagnant et un perdant ! La concurrence serait en quelque sorte l’opposé de la coopération. Dans son ouvrage « L’action humaine », Mises nous offre des passages superbes sur la concurrence. Il nous dit que contrairement aux animaux, nous sommes en concurrence pour produire et non pour consommer. Cette concurrence, à travers la division du travail, conduit à l’abondance matérielle et permet la coopération. Pour exemple, le fait que tout le monde veille des chaussures ne rend pas ma recherche de chaussures plus difficile. Bien au contraire. Elle s’en trouvera facilitée. En fait, la coopération et la concurrence ne sont que deux faces d’une même pièce. Si je veux des chaussures et que les hommes libres vendent des chaussures, je suis libre de décider avec qui je vais coopérer pour avoir des chaussures ! C’est ma liberté de coopération qui conduit à la concurrence. Il n’y a pas de conflit entre la concurrence, la coopération ; plutôt elles s’entretiennent mutuellement. Mais si vous considérez la concurrence comme quelque chose d’inégal, vous ne permettez pas la coopération ! Il est donc très important d’expliquer aux gens dans des termes élémentaires pourquoi la concurrence et la coopération vont de pair. On peut trouver de nombreux exemples.

 

Dans le domaine de l’éducation, certains rappels historiques montrent que le gouvernement n’était pas impliqué avant 1840. L’éducation était essentiellement du domaine du privé et il y avait un marché très vigoureux. Les professeurs avaient un programme enrichi et mis à jour et les parents envoyaient leurs enfants à l’école. Des recherches historiques menées en Angleterre et aux Etats-Unis ont montré qu’après l’instauration de la présence obligatoire à l’école, le nombre d’enfants scolarisés ne s’est accru que de façon faible ! Au XIX° siècle, les gens ne comptaient donc pas sur des mesures obligatoires pour donner une bonne éducation à leurs enfants. C’est toujours ce que les parents veulent. C’est une propension universelle et la bureaucratie n’a pas besoin de leur enseigner comment prendre soin de leurs enfants.

 

Autre exemple, celui décrit dans le livre de Andrew Coulson L’éducation et le marché : l’histoire inconnue ». On y apprend qu’à Athènes, aux temps anciens, il n’y avait pas d’implication de l’Etat dans les écoles mais un système privé, dynamique, concurrentiel d’écoles pour lesquelles les parents payaient. Ce système était à la portée des gens et la société était très florissante, contrairement au système dominé par l’Etat. Enfin, en matière d’assurance sociale, de retraite, et de mutuelles d’aide, nous pouvons nous référer aux loges Anglaises et Australiennes, très développées. Elles ne regroupaient pas des gens riches (ils n’en avaient pas nécessairement besoin). Dans le New Hampshire, beaucoup de gens se rencontraient afin de contourner les problèmes de décès, de santé, d’éducation notamment pour la classe ouvrière dont les revenus modérés ne leur permettaient pas de bénéficier de services ailleurs. Par la suite, elles ont été élargies à des immigrants et d’autres ayant perçu les bénéfices de se joindre à ces mutuelles.

 

Les gens sont inventifs. Même les gens pauvres sont inventifs. Il est de plus en plus clair que l’information n’est pas nécessairement matérielle. L’homme est la ressource ultime. C’est l’ingéniosité de l’homme et la liberté qui permettent de progresser. Toutefois, si la liberté est un mot assez simple, ce mot sous-entend des institutions adaptées. Et cela inclus bien évidemment la protection de la propriété privée, la protection des contrats, et la capacité des gens à honorer ces contrats.