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LES PERSPECTIVES ECONOMIQUES DE LA CONCURRENCE |
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Lundi 1 septembre, la XXVI° Université d’Eté avait le
plaisir d’accueillir à Aix en Provence l’un de ses Pères fondateurs :
Pascal Salin. A la suite
de G. O’Driscoll et Enrico Colombatto, ce
Professeur à l’Université de Paris Dauphine se proposait de réhabiliter
les monopoles et les cartels, formes naturelles du processus concurrentiel.
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Pascal
Salin : Concurrence, Monopoles et Cartels La théorie de la concurrence pure et parfaite est radicalement
fausse puisqu’elle est opposée à la notion de concurrence telle qu’on
la conçoit au sens commun. Lorsqu’on parle de sportifs, on dit qu’ils
sont en concurrence parce que chacun tente de faire mieux que les autres.
Dans la théorie traditionnelle de la concurrence, tous essaient de faire
pareil que les autres. On suppose d’ailleurs selon cette conception
qu’il existe une technique optimale pour une activité donnée qui va
peu à peu être reconnue et adoptée par tous les producteurs. C’est la
raison pour laquelle ils deviennent tous identiques et que le profit
disparaît. En effet, aussi longtemps que des profits sont réalisés,
de nouveaux producteurs entrent sur le marché et adoptent cette technique
optimale, jusqu’à ce que le profit disparaisse. A partir de cette théorie de la concurrence pure et parfaite
se dessine en contre poids la théorie du monopole, de l’oligopole, des
cartels, etc. Le monopole est décrit comme une situation dans laquelle
un producteur unique réalise un super-profit.
Or, cette notion de super-profit est parfaitement
arbitraire dans la mesure ou l’on parle de super-profit
par référence à une situation idéale, imaginaire, où le profit serait
nul. L’innovation crée le monopole D’une manière générale, l’une des grandes erreurs du
raisonnement économique consiste à adopter une vision technique des
problèmes et non pas une vision humaine. Plutôt que de s’interroger
sur l’existence d’une technique optimale qui serait en quelque sorte
exogène au producteur, la véritable question consisterait à savoir comment
les individus se comportent. Dans la réalité, un entrepreneur doit rechercher
la ou les techniques qui sont les plus efficaces et qui lui permettront
d’être meilleur que les autres. A ce titre, la concurrence pousse les
producteurs à imaginer des processus de production, des produits, des
méthodes de conquête de marché, etc., qui soient différentes. L’un des mérites essentiel de la concurrence, définie
par la liberté d’entrer sur un marché, c’est qu’elle incite les producteurs
à innover pour mieux répondre aux besoins du marché. Et si la liberté
existe sur le marché, le producteur qui aura bien perçu les besoins
du marché sera récompensé par un profit. Le profit est la rémunération
de la prise de risque, de l’innovation. Il ne peut donc se comprendre
que dans une perspective dynamique. L’erreur traditionnelle consiste
pourtant à avoir une vision statique de la concurrence alors que la
concurrence ne peut se comprendre que comme un processus qui se déroule
dans le temps, dans une situation d’incertitude et non pas d’information
parfaite. Et lorsqu’il faut « inventer le futur », celui qui
invente bien le futur en est récompensé par un profit. On peut dire
de ce point de vue que tout le mérite de la concurrence conçue comme
un processus d’incitation à l’innovation réside dans le fait qu’elle
est un élément d’incitation pour les producteurs. Il s’agit de faire
mieux que les autres c’est à dire, à un moment donné, d’être les premiers
à proposer un produit, ou proposer un produit à un prix beaucoup plus
bas. Et par hypothèse, l’innovateur, au début tout au moins, a 100%
de part de marché. Tout le mérite de la concurrence est donc d’incite
à avoir des positions de « monopole » temporaires et menacées,
dans la mesure où la concurrence existe et où d’autres producteurs peuvent
essayer de devenir les meilleurs. En contre partie, la théorie traditionnelle de la concurrence
pure et parfaite n’est rien d’autre qu’une théorie de la planification
centralisée. Dans une économie centralisée, il y a une technique définie
et imposée par les autorités centrales. C’est donc bien un renversement des idées par rapport
à la réalité. Ce qui est important n’est pas d’avoir un grand nombre
de producteurs mais d’avoir de l’innovation. Et si l’innovation existe,
la liberté d’entrée existe. En revanche, il y a des situations de monopole
qui sont dues à la contrainte. A la protection par l’Etat de producteurs
publics ou privés. Ici, l’Etat interdit l’entrée sur le marché et par
là même la concurrence. Dans ce cas, il y a ce que l’on pourrait appeler
un super-profit ou plus exactement une rente.
On peut dire par conséquent que la théorie traditionnelle du monopole,
qui fait apparaître une situation où il y a raréfaction des produits
de manière à augmenter le prix et à faire apparaître un super-profit,
est formellement juste mais elle ne s’applique pas aux situations auxquelles
on l’applique en général. La théorie du monopole ne devrait s’appliquer
qu’aux cas où la contrainte publique s’exerce. Tout monopole est un
monopole d’origine publique. Le cartel au service des clients Pour finir, appliquons cette distinction fondamentale
à une autre situation importante : le cartel. Le cartel est une
structure de marché qui est généralement considérée de manière très
critique. Implicitement ou explicitement, l’opinion courante ou même
les économistes professionnels, ont tendance à définir un cartel comme
une situation dans laquelle plusieurs producteurs s’entendent entre
eux intentionnellement afin de créer une situation de monopole et d’exploiter
les consommateurs. Une fois de plus on trouve cette idée de super-profit.
On nous expliquera alors que le cartel est mauvais comme l’est le monopole,
sans prendre le soin de distinguer le caractère volontaire ou non volontaire
de cette organisation. En fait, la situation de cartel nous amène à
appréhender une autre question d’importance : celle de la différenciation
des activités. Il semble que le problème fondamental qui se pose dans
les sociétés humaines est celui du degré optimal de différenciation
ou du degré optimal d’homogénéisation des activités. La concurrence,
comme cela est dit plus haut, incite les producteurs à se différencier
de manière à mieux s’adapter aux besoins du marché. On voit ici encore
tout l’écart qui peut exister entre une vision réaliste de la concurrence
qui insiste sur la différenciation et une vision traditionnelle qui
prétend qu’il y a concurrence lorsque tout le monde produit le même
bien. Ce problème de la différenciation est essentiel. La concurrence
a le mérite de toujours pousser à la différenciation des activités pour
coller le plus près possible aux besoins du marché. Mais il existe toute
une série d’activités où un degré de différenciation trop important
n’est pas optimal. C’est le cas dans toutes les activités de réseaux :
la monnaie, les télécommunications, etc. Si chacun d’entre nous avait
sa propre monnaie, même si chacune de ces monnaies était parfaitement
bonne du point de vue de la définition du pouvoir d’achat, il est évident
que ces monnaies ne rendraient pas leur service. Et pour cause, il y
a un besoin d’homogénéisation. Pour rappeler un exemple historique,
au XVIII° siècle en Ecosse, il y avait plusieurs banques privées qui
émettaient leur propre monnaie, leur propre billet de banque qui étaient
tous convertibles à prix fixe en terme d’or. Mais l’intérêt de chacune
des banques consistait à faire en sorte que sa monnaie soit non seulement
convertible en or mais aussi librement convertible dans les monnaies
des autres banques. Et c’est ainsi que se constitue un cartel. Fondamentalement, un cartel peut se définir comme une
organisation par laquelle des producteurs différents s’efforcent d’homogénéiser
leur production ou une partie de leur production de manière à mieux
répondre aux besoins du marché. Et nous en connaissons beaucoup d’exemples.
Un exemple tout à fait clair est celui de l’IATA, l’organisation du
transport aérien. Chaque compagnie aérienne participant à l’IATA d’une
part vend ses services à sa propre clientèle et d’autre part, pour certains
types de billets -ceux qui sont à un prix élevé- acceptent d’entrer
dans une organisation de cartel dans laquelle les billets sont considérés
comme transférables, c’est à dire parfaitement interchangeables les
uns par rapport aux autres. Pour finir sur une remarque générale, je voudrais évoquer
un exemple qui m’a frappé récemment. C’est celui du secteur automobile.
Il y a d’une part un besoin exprimé par les utilisateurs de différenciation
de plus en plus grande. Mais la différenciation coûte cher. Alors comment
le problème a-t-il été surmonté ? Les firmes automobiles ont mis
au point des plates-formes extrêmement standard et communes à plusieurs
marques d’automobiles. Il y a donc de ce point de vue là constitution
d’un cartel. Il y a par ailleurs homogénéisation du produit ce qui crée
des économies d’échelle. Et l’homogénéisation par plusieurs producteurs
est un cartel. En revanche, il y a un effort de différenciation dans
le produit final. De telle sorte que la cartellisation d’une partie
du processus de production est un moyen d’augmenter la différenciation
et de mieux satisfaire les besoins du marché. Dans une économie très mobile comme les nôtres, dans
une économie qui est beaucoup plus une économie d’information, de création
de connaissances que par le passé, ce qui est important ce ne sont pas
tellement les biens matériels que l’on peut produire mais les processus
de création de connaissances et d’imagination. Il me semble que l’on
devrait aller vers des structures de production beaucoup plus flexibles
et faisant l’objet d’accords entre acteurs différents ; accords
pour produire ensemble, développer ensemble certaines activités. Ces
accords de cartels volontaires résultent de la liberté d’entrer sur
le marché et sont un moyen pour satisfaire les besoins de marché. Il
faut les distinguer complètement des accords de cartel comme ceux qui
peuvent être faits par les Etats (ex : l’harmonisation fiscale).
Assez curieusement, le droit de la concurrence part en guerre contre
de prétendus monopoles ou de prétendus cartels, qui sont en fait des
moyens appropriés pour répondre aux besoins du marché tout en laissant
survivre et se développer toutes sortes de cartels nuisibles bénéficiant
de l’arme suprême : le monopole de la contrainte. |
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