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La deuxième
journée de la XXVI° Université d’Eté de la Nouvelle Economie (Lundi 1er
septembre) s’ouvrait avec une réflexion générale sur la nature de la concurrence.
Voici l’essentiel du texte du Professeur Gérald O’Driscoll. |
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Gérald O’DRISCOLL :
COMPRENDRE LA CONCURRENCE La concurrence est souvent considérée à tort comme une notion anglo-saxonne. Pourtant, dans la tradition française la vision de la concurrence, telle que l’exposait par exemple Jean Baptiste Say, est très compatible à ce que je vais présenter aujourd’hui. Le grand économiste autrichien Ludwig von Mises décrivait la concurrence comme un système de coopération sociale. Je pense qu’il est très utile d’insister sur cette approche que beaucoup d’entre vous connaissent à propos de ce qu’est la concurrence. La concurrence
en tant que système de coopération. Ce que l’on entend par concurrence est une forme d’art. Sa signification véritable ne tient pas à ce qui en est dit dans la conception traditionnelle. Il faut donc chercher à savoir ce que l’on entend par concurrence. La notion de concurrence fait ressortir une opposition, une rivalité. Cette rivalité s’applique entre producteurs qui, sur un même marché, veulent s’approprier le plus de parts de marché. Cette rivalité par laquelle les producteurs se contestent le marché est le processus de concurrence. C’est une caractéristique essentielle de l’économie de marché. Ce processus conduit à une situation dans laquelle les gens ne se connaissent pas et vont finir par s’aider. Finalement, la notion de concurrence renvoie à un système de coopération sociale. C’est précisément le sens que L. von Mises donnait à la concurrence. Pour réussir, les producteurs doivent offrir les prix les plus bas possibles ou les produits de la meilleure qualité possible, ce qui revient à la même chose. Dans ce processus, les producteurs offrent de grandes possibilités aux consommateurs et les consommateurs aident aussi les producteurs à satisfaire leurs propres objectifs : réaliser des profits. Mais cela n’est possible que si les producteurs sont bons. Ainsi chaque partie à la transaction aide l’autre. Dans une économie de marché moderne où il y a deux milliards de consommateurs et où la plupart des consommateurs ne se connaissent pas, la concurrence est donc un processus par lequel, malgré l’anonymat, les gens s’entraident. C’est la main invisible dont A. Smith parlait. Alors, concrètement, comment les producteurs et les consommateurs se comportent-ils ? Comment imitent-ils cet esprit de coopération ? Tout d’abord, par les prix. Il y a de bonnes et de mauvaises valeurs. La valeur donnée par la rareté est une bonne valeur. Plus les biens sont rares, plus les prix sont élevés, toutes choses étant égales par ailleurs. Et les producteurs sont conduits à produire des biens dont les prix sont élevés par rapport au coût, tandis que le processus de concurrence réduit l’écart. Dans cette compréhension de la concurrence, les prix véhiculent de l’information. Plus les prix sont élevés par rapport aux coûts de production, plus les producteurs seront amenés à produire ces biens ou ces services. Plus les prix seront élevés et moins les consommateurs voudront acheter les biens et services correspondants. Par ce processus, les producteurs sont donc conduits à trouver la meilleure affectation des ressources. La concurrence conduit à l’invention, à l’innovation et à l’augmentation du nombre de possibilités pour le plus grand nombre d’individus. Ce processus dynamique amène à la production de biens de meilleure qualité. On a beaucoup écrit à propos de la révolution des télécommunications et de l’information survenue durant les années 90. Et pour cause : même en remontant aux années 20, avec la radio, ou au XIX° siècle avec le télégramme et le train, nous ne trouvons pas de révolution de cette nature. La révolution des années 90 est la plus grande que l’humanité ait connue. Les systèmes de communications se sont développés à des prix toujours plus faibles. Concurrence
et libre circulation des biens 95% des économistes sont d’accord sur le fait que le libre échange mondial est une bonne chose pour les gens. Et pourtant, parmi les gens qui soutiennent l’économie de marché au niveau national, tous ne sont pas d’accord sur les aspects internationaux. Pour eux, la concurrence au niveau international n’est pas une bonne chose. C’est à dire que la concurrence doit se pratiquer seulement à l’intérieur des barrières nationales. Pourtant, nous pouvons trouver des exemples illustrant le fait que les frontières ne servent à rien pour une économie de marché. Considérons un charpentier mexicain ayant besoin d’un service de santé et un docteur américain capable de produire ce service de santé. A Houston, au Texas, nous avons la plus grande concentration de services médicaux au monde. Le Centre Médical de Houston est un campus où on peut se procurer des services médicaux, et où les gens viennent du monde entier pour recevoir ces services. 25 % des services fournis dans ce complexe le sont à des étrangers. C’est donc une manière d’exporter des services. Pour revenir au charpentier mexicain, il peut aller à Houston et le docteur américain peut aller au Mexique pour fournir ces services. Et l’on peut considérer aussi que le charpentier habite aux Etats-Unis. Vous voyez donc que l’idée de frontière n’est pas pertinente ici. Maintenant si le Mexicain va à Houston, ou si le docteur américain va au Mexique, c’est une transaction internationale. Si le Mexicain va au centre médical de son quartier, c’est une transaction nationale. Mais c’est le même service. En dépassant l’exemple de notre charpentier mexicain, on peut se demander ce qui s’est vraiment passé dans le monde du fait de la mondialisation de l’économie depuis la fin de la seconde guerre mondiale, bien que la mondialisation ait déjà été en marche avant 1914, et mise entre parenthèses par les deux guerres mondiales (avec la Grande Dépression au milieu). Il y a énormément d’études scientifiques réalisées ces dernières années qui détruisent totalement la critique anti-mondialisation. Si l’on considère les économies en développement, on observe que lorsqu’elles entrent dans le jeu du commerce international, elles connaissent systématiquement la croissance. Donc les pays les plus pauvres deviennent plus riches tout simplement en s’intégrant au système de commerce international. Ce travail un peu technique en économie a été résumé dans l’intervention d’un économiste américain qui a donné une conférence à l’Américan Enterprise Institute à Washington, le professeur Alan Meltzer[1]. Concurrence,
droits de propriété et démocratie En conclusion, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer, il n’y a de libre-échange et de concurrence que s’il existe un système de propriété privée librement transférable. Vous devez pouvoir échanger les droits de propriété au dehors des barrières nationales. Si les droits de propriété sont très faiblement protégés, les ressources seront accaparées par la violence et non plus par l’échange. Les sociétés en question sont éloignées du commerce mondial et de l’économie de marché. Leurs économies n’arrivent pas à décoller et la dictature s’instaure pour partager les ressources autoritairement (et en faveur du pouvoir politique). La démocratie, Hayek le mentionnait déjà en 1944 dans « la route de la servitude », a besoin d’une économie de marché pour éviter les conflits qui sont inhérents à l’utilisation des ressources. Le choix ne consiste pas simplement à déterminer la mise en oeuvre ou non d’une économie de marché mais c’est aussi un choix entre la paix ou la violence. [1] Cf. la première communication de G. O’Driscoll au cours du dîner d’ouverture du dimanche 31 Août in la Nouvelle Lettre n°762 p.43. | ||