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La deuxième
conférence d’ouverture de la XXVI° Université d’Eté de la Nouvelle Economie
consacrée aux « Perspectives de la croissance » était prononcée,
en ce dimanche soir 31 août, par le Professeur Enrico COLOMBATTO, de
l’Université de Turin, Président de l’ICER
(International Center for Economic Research). En voici la synthèse. |
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La vraie
nature de la concurrence : processus ou résultat ? La concurrence est un processus par lequel des individus font un choix sur la meilleure façon de satisfaire leurs besoins : les vendeurs rivalisent pour répondre à une demande non comblée et pour accroître ainsi leurs revenus matériels ou immatériels, les acheteurs rivalisent pour disposer de ressources rares et essaient d’augmenter leur pouvoir d’achat. Ce processus conduit à un résultat, qui dépend des buts que s’étaient fixés les acteurs et de leur capacité d’atteindre ces buts, de façon soit individuelle soit collective (à travers la coopération et l’échange). Malheureusement, il se produit souvent qu’on s’arrête au résultat de la concurrence, sans considération pour le processus. Quand on n’est pas content du résultat, on met en cause la concurrence. Pour la plupart des gens le bon résultat est celui qui serait juste suffisant pour permettre au prix de couvrir exactement les coûts de production : une telle situation est considérée comme celle de l’équilibre du marché concurrentiel. Or, en réalité, la concurrence est un processus qui trouve sa dynamique dans le déséquilibre. Cela trouble les gens, parce que cela introduit l’incertitude. Il est normal que dans un processus concurrentiel les nouveaux venus fassent mieux que les autres, et compromettent les positions acquises. Les nostalgiques de l’équilibre préfèrent une situation où chacun garde sa place, et personne ne perd. Dans cette optique, le résultat de la concurrence est bon quand il ne gêne personne, ou élimine les gêneurs. Cette approche justifie qu’au nom de la « concurrence loyale », les pouvoirs publics organisent la concurrence de telle sorte qu’il n’y ait ni gain ni perte, ou que ceux qui gagnent soient compensés par ceux qui perdent : l’économie, un jeu à somme nulle. En conclusion, la concurrence n’est pas une bonne solution : - pour les acteurs déjà en place, - pour ceux qui établissent les règles du jeu, - pour ceux qui bénéficient d’un soutien populaire et démocratique (les « harmonisateurs »), - pour ceux des entrepreneurs qui utilisent leurs talents à obtenir des privilèges plutôt qu’à réaliser des profits. Un contrat
social implicite Ceux qui se réfèrent à la concurrence « loyale » raisonnent comme si la moralité de la vie en société était déterminée par un contrat social dont ils connaissent les clauses. Etre déloyal, c’est trahir le contrat social. Mais qui a écrit le contrat social ? Qui l’a signé ? En réalité, la concurrence est loyale parce qu’en dépit de ses nombreuses imperfections elle donne l’assurance que chaque individu est rémunéré en fonction de ce que les autres estiment ce qu’il fait ou fera pour eux. Et le seul contrat social concevable est implicite, il concerne les règles politiques qui permettent à chaque individu d’exercer son droit de le reformuler ou de l’interpréter. Le seul contrat social passé dans un monde concurrentiel, c’est qu’il y aura des sanctions pour ceux qui : - gaspillent les ressources où en font un mauvais usage, - prétendraient être rémunérés en fonction de ce qu’ils souhaitent et non de leurs mérites Sommes-nous prêts à accepter ce type de contrat social ? Nous trouvons toujours que les autres sont loyaux quand ils sont efficaces, mais le critère d’efficacité appliqué à nos propres activités est déloyal. Cela explique pourquoi : - nous avons tendance à négliger les bienfaits potentiels qu’apporterait la concurrence (nous voyons les avantages de notre position bien mieux que ceux que nous apporterait un effort supplémentaire) - nous avons tendance à accepter le contrat social seulement dans la mesure où nous nous gardons le droit de négocier les mésaventures que nous subissons du fait de nos erreurs d’appréciation, à un manque de chance ou à notre mauvaise volonté. Finalement, alors que la concurrence est un processus de découverte, qui devrait nous permettre de trouver les meilleurs termes du contrat social, la meilleure façon de vivre ensemble de façon responsable, le refus de la concurrence restreint notre possibilité d’accéder au savoir et d’en faire bon usage. L’artifice
des préférences collectives Bien évidemment en théorie tout le monde respecte les goûts et les penchants des autres. Mais dans la pratique la plupart des gens cherchent à satisfaire leurs besoins en persuadant voire en forçant le reste de la société de payer l’addition. Les goûts sont satisfaits par décrets au lieu de l’être par l’interaction sociale, par le jeu du marché. Les idéologies populistes flattent cette inclinaison : qui serait contre la santé ? contre l’éducation ? contre les équipements collectifs ? La Défense ? L’emploi ? La pauvreté ? L’infortune ? Finalement la solution publique crée les conditions de privilèges non transparents. Les rentes ne sont que des intérêts particuliers déguisés en préférences collectives). C’est le règne de la jalousie. La crainte d’avoir à supporter les coûts de ses propres choix et préférences conduit la plupart des gens à fuir les solutions à base de concurrence. Ces solutions, en effet : - obligent les gens à assumer leurs propres responsabilités, - suppriment la surconsommation due aux transferts obligatoires, - détruisent le processus politique d’attribution des rentes (y compris les emplois publics). Il n’y a donc pas d’autre alternative à l’intervention de l’Etat que la concurrence. Un « meilleur » Etat est une illusion, parce qu’il demeure fondé sur les principes qui légitiment les rentes, même si la légitimation est fournie par « l’harmonisation », par l’égalité devant les règles. Voilà pourquoi nous devons lutter pour la concurrence, et dans tous les domaines, et nous devons nous opposer à la réglementation de la concurrence au nom des préférences collectives, au prétexte d’harmonisation institutionnelle, fiscale ou sociale. |
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