|
|
||
|
Lors de la deuxième journée de la XXVI° Université d’Eté de la Nouvelle Economie, consacrée aux Perspectives de la Concurrence, nous avions le plaisir de recevoir Enrico Colombatto, Professeur à l’Université de Turin. |
||
|
Enrico Colombatto : CONCURRENCE : LE PROCESSUS L’approche
traditionnelle La concurrence, selon le « mainstream », est un monde fictif dans lequel les producteurs sont supposés exploiter les consommateurs et où les consommateurs ont à la fois le droit et le devoir de maximiser leur rente de court terme. Au terme de
cette approche, l’idée dominante est la recherche d’un monde juste.
A cet effet, il est du rôle des politiques de s’assurer que les consommateurs
ne sont pas exploités. Pour cela, ils ont recours à une
législation appliquée lorsque l'interaction entre producteurs est
jugée préjudiciable pour les consommateurs. Or, si l’on se réfère
au cas Microsoft, force est de reconnaître que les consommateurs ne
se sont jamais plaints de Microsoft. Ce sont les régulateurs, voire
les concurrents, qui s’en sont plaints. Et pour cause, la notion selon
laquelle le monde est divisé en classes aux intérêts conflictuels
crée un marché pour la régulation. Et plus le monde est divisé en
classes distinctes, plus il se trouve de régulateurs pour optimiser
et rendre les choses plus justes entre elles. Ainsi, dans la voie
de l’ingénierie sociale, la concurrence sur le marché est remplacée
par la concurrence chez les régulateurs. Ce faisant, ils ont recours à une législation discrétionnaire,
instaurée par un processus démagogique, reposant nécessairement sur
une approche statique de la concurrence. En effet, le surplus du consommateur
-qui doit être maximisé- n’a de sens que dans un cadre statique. Or
nous ne sommes pas dans un cadre statique. Et d’un point de vue dynamique,
on ne peut déterminer où le surplus va aller, qui va le produire,
qui va se l’approprier. En effet, la distinction entre producteurs
et consommateurs est arbitraire : - tous les producteurs (vendeurs) sont aussi des consommateurs (acheteurs) de biens et de services intermédiaires, de matières premières, de biens d’équipement, de travail ; - tous les consommateurs engagés dans des transactions économiques
prennent nécessairement part au processus de production, puisque leur
capacité à consommer et échanger dépend de leur contribution au procédé
de production. Néanmoins, cette distinction est maintenue. La contradiction
évidente entre les buts statiques et dynamiques est surmontée prétendument
au moyen de politiques diverses, allant de la politique industrielle
à la nationalisation en passant par les subventions, protections et
réglementations. Concurrence
et processus de marché La notion traditionnelle de concurrence est incompatible avec
le processus de marché. Ses caractéristiques ne sont pas le résultat
de l'interaction spontanée et volontaire des actions individuelles,
mais doivent résulter de modèles conçus par des individus plus ou
moins éclairés. En particulier les prix « de marché » sont
altérés. Aussi, ne peuvent-ils pas jouer leur rôle : informer
des déséquilibres et -plus généralement- de la rareté. Par ailleurs,
les incitations au processus de découverte sont éliminées. La croissance
qui résulterait de l’action entrepreneuriale est donc remplacée par une croissance planifiée
par les régulateurs. Leur nombre, toujours plus important, tient à
cette idée selon laquelle la croissante résulte de leur action ou
de celle de structures comme l’Union Européenne. Certains évoquent
même la « gouvernance globale ». Sur un marché libre, la concurrence est un processus par lequel
des individus choisissent et écartent ce qu’ils ne veulent pas. Les
producteurs, en concurrence pour l'usage de ressources rares, sont
donc les plus efficaces lorsqu’ils parviennent à satisfaire au mieux
les préférences des consommateurs. Autrement dit, le concurrent qui réussit est celui qui a prouvé
qu’il peut employer les ressources rares mieux que les autres, parce
qu’il a recourt à de nouveaux procédés techniques (incluant l’organisation
au niveau de la compagnie) qui augmentent la productivité ; parce
qu’il a trouvé de nouveaux marchés où la demande insatisfaite est
plus importante ou enfin qu’il a développé de nouveaux produits que
les consommateurs sont prêts à payer. Les profits sont la récompense pour le succès, en dépit de
l'incertitude concernant les préférences des consommateurs et les
capacités des autres offreurs. Les pertes indiquent l’échec et les
entrepreneurs qui ont échoué sont obligés de quitter le marché. Pour conclure, sur un marché libre, la concurrence donne à
tous les individus la possibilité de sélectionner ceux avec qui ils
veulent coopérer, c’est à dire acheter ou vendre. Elle sélectionne
encore les gagnants et les perdants. Cela permet d’assurer que les
ressources ne sont pas utilisées par des entrepreneurs inefficaces.
La concurrence encourage encore l'esprit d'entreprise et par là-même
sous-tend la croissance. Enfin, elle fournit des signaux, par l’intermédiaire
du système des prix, qui permettent de déterminer la meilleure allocation
des ressources. De quoi la
concurrence a-t-elle besoin ? La concurrence produit ces effets lorsque des droits de propriété
sont assignés (principes de Locke), définis, respectés et transférables
chaque fois que les parties concernées parviennent à un accord. L’état de droit doit être appliqué. Ce qui signifie que la
loi ne doit pas être inventée, introduite et mise en oeuvre suivant
un processus du haut vers le bas (des politiciens vers le peuple),
mais plutôt que le droit doit émerger d’en bas. A ce titre, le processus
de création du droit est un processus de découverte, exactement comme
le processus de concurrence. Le pouvoir judiciaire doit faire respecter
les droits, et spécialement le doit naturel : les droits de propriété
et les droits à la liberté. Il faut encore qu’il n’existent aucune
barrière légale à l'entrée sur un marché, (par exemple pas de protectionnisme,
pas de monopoles d'Etat) sans quoi la condition de liberté est violée.
La notion de responsabilité personnelle, selon laquelle l’individu
est responsable de ses réussites et de ses échecs, ainsi que la notion
de dignité réciproque doivent être prises
en compte. Le processus démocratique est un processus populiste et
il a eu tendance à miner cette dignité réciproque. On peut penser
à l’idée de droit de propriété comme une condition suffisante mais
pas nécessaire pour un marché libre. A Rome, par exemple, la notion
de propriété privée était centrale mais ne permettait pas une économie
de marché complète. Il n’y avait pas d’entrepreneur mais un pouvoir
politique très fort. Aussi y avait-il énormément de rent seekers. Les entrepreneurs
tentaient de récupérer des rentes sur le marché politique. C’est la
raison pour laquelle Rome a périclité. Est-ce juste ? L'éthique de la concurrence repose sur trois piliers. Tout
d’abord, l’absence de coercition : personne ne peut être contraint
d’agir à l’encontre de sa volonté. Un système concurrentiel doit donc
éliminer la violence –qu’il s’agisse de dommages physiques ou de fraude
(basée sur des informations fausses ou fallacieuses). En second lieu, le principe de la dignité : toutes les préférences
individuelles doivent être respectées (si c’est compatible avec le
principe d’absence de coercition) ; aucun critère ne permet de considérer
que certaines préférences sont plus valables que d’autres, de sorte
qu’aucun individu ne peut imposer à d'autres individus que choisir
ou comment agir. Enfin, le principe de l'individu responsable : tous les individus agissant dans une économie de marché sont responsables de leurs actes vis-à-vis de tous les autres individus, qui expriment leur jugement par le processus du marché (le système des prix). Dit autrement, la main invisible est mue par l’altruisme, plutôt que par des tentatives d'exploitation de l’être humain. Les adversaires d'un processus concurrentiel doivent alors
expliquer pourquoi quelques individus peuvent imposer leur volonté
à d'autres (race, religion), pourquoi la violence peut être appliquée,
quand et par qui et enfin, pourquoi et quand l'intérêt de certains
doit prévaloir sur celui des autres. |
||