| |
| 1. La loi du plus fort ? L’exclusion des faibles ? |
|
L’un
des reproches les plus fréquents et les plus sévères adressés à
la concurrence est de consacrer la loi du plus fort, de flatter
les instincts d’égoïsme et d’avidité des individus et d’accroître
les inégalités. Ces reproches sont-ils justifiés ?
La loi du plus fort
ne doit pas être confondue avec la loi du meilleur. Celui qui remporte
la compétition a quelque mérite, et notamment dans le domaine économique
car les parts de marché se conquièrent par une plus grande satisfaction
du client, par un meilleur service de la communauté. Que l’intérêt
personnel soit l’aiguillon de la performance n’est pas contestable.
Mais l’intérêt personnel guide toutes nos actions, et il ne peut
jamais ignorer l’existence et les intérêts des autres.
Quant au sort des
plus faibles, il se trouve sans aucun doute amélioré dans un contexte
de concurrence par rapport à ce qu’il est dans une situation de
monopole protégé.
L’exclusion n’est
pas la conséquence de la concurrence, tout au contraire la concurrence
sauvegarde les chances et la dignité de chacun, du plus petit comme
du plus puissant.
De telle sorte que
la concurrence peut avantageusement remplacer les monopoles publics
dans un très grand nombre de domaines de la vie sociale.
|
| |
| 2. La faillite du monopole de la santé |
|
A juste titre la santé
fait l’objet de toute l’attention de notre époque. Depuis un demi-siècle
au moins certains pays, en général les plus développés, en ont fait
une affaire d’Etat. L’intention était louable : donner à tous
la possibilité de se soigner dans les meilleures conditions.
Le service public
semble correspondre à cette attente : il traite également les
citoyens, nul n’est exclu, il fonctionne sans aléa ni discontinuité,
il est gratuit. En réalité, il n’y a là qu’apparences : la
gratuité n’existe pas, le service est payé par les contribuables
au lieu de l’être par les patients, la qualité et la sécurité diminuent
chaque jour à cause de la rigidité de structures bureaucratiques,
et surtout à cause du manque de stimulation et de l’irresponsabilité
des acteurs du système. Quand les gens sont réputés « responsables »
ils ne peuvent être « coupables » - ce qui semble incohérent
!
Depuis longtemps on
connaît les méfaits de la médecine fonctionnarisée en Angleterre.
Mais aujourd’hui les failles du système français, réputé « le
meilleur au monde », sont évidentes et se traduisent, comme
pour le National Health Service, par des files d’attente, un manque
de personnel soignant voire de praticiens, des équipements vétustes
et inadaptés. Aux Etat Unis aussi, le secteur public de la santé
financé par Medicare et Medicaid est en crise depuis longtemps.
Un peu partout, c’est le principe du monopole public de la santé
qui est remis en cause, et des réformes profondes s’annoncent.
|
| |
| 3. Recours à la concurrence et à la capitalisation |
|
Encore ces réformes
des systèmes de santé doivent-elles viser juste. Il ne suffit pas
de réorganiser des administrations, de changer les réglementations :
il faut passer à une logique de pluralité et de concurrence responsable.
Dans le domaine de
la santé comme ailleurs, les bienfaits de la concurrence ont pu
s’observer. Là où il y a liberté dans l’exercice de la profession
médicale, liberté d’installation des établissements hospitaliers,
liberté des soins et des honoraires, l’attention portée aux malades
est meilleure.
Cependant le financement
de la santé demeure un problème entier : même si la concurrence
abaisse des prix et améliore la qualité des soins, un grand nombre
de personnes peuvent être exclues du système. Il y a plusieurs solutions
: la solidarité publique peut s’exercer en faveur de ces exclus
(sous forme de chèques-santé plutôt que sous forme de gratuité),
des assurances privées et concurrentielles peuvent réduire la charge
du patient (avec la possibilité ici encore d’un abondement public),
la solidarité privée (notamment familiale)
secourt les laissés pour compte.
Malheureusement les
assurances publiques dites « sociales » gèrent leur budget
comme celui de l’Etat : on répartit tout de suite l’argent
que l’on récolte avec les impôts ou les cotisations. C’est une gestion
irresponsable : elle suppose qu’en un moment donné le nombre
de bien-portants est suffisant pour payer les dépenses des malades,
une hypothèse ridicule dans une population vieillissante et une
consommation de soins de plus en plus élevée. Les assurances-maladie
privées, qui ont librement fonctionné avec succès quand on les a
autorisées, ont une gestion responsable fondée sur la capitalisation :
les primes qu’elles perçoivent sont placées et valorisées, et calculées
en fonction des risques couverts. Elles font boule de neige. Le
montant de ces primes est en général très inférieur aux cotisations
de santé prélevés par les monopoles publics.
|
| |
| 4. La faillite des retraites par répartition |
|
|
Les méfaits de la
répartition relevés pour l’assurance-maladie sont encore plus visibles
pour ce que l’on appelle « l’assurance-vieillesse », du
fait que les erreurs de gestion ont des conséquences étalées sur
plusieurs générations, et portent sur des sommes bien plus importantes.
|
|
Le principe suivant
lequel les gens en activité cotisent pour les gens en retraite est
vraiment explosif dans le cas, le plus fréquent dans les pays développés,
de populations dont la durée de vie moyenne augmente et la période
de vie active se réduit. Les personnes en activité sont amenées
à partager leurs revenus à hauteur de 30,40 voire 50 % avec ceux
qui sont à la retraite, à moins que ceux-ci n’acceptent de réduire
de 30,40 ou 50 % le montant de leur pension. Persévérer dans cette
voie est donc suicidaire, et c’est ce qu’ont compris de très nombreux
pays (plus de 60 aujourd’hui) qui réforment leur système.
Là encore, bien évidemment,
la concurrence a ses atouts. Comme pour la santé, des assureurs
libres et concurrentiels peuvent gérer une répartition inter-générationnelle
par la valorisation des épargnes qui leur sont confiées. Contrairement
à ce que prétendent les partisans du statu quo, les risques de cette
gestion sont minimes, alors que les risques de la répartition sont
immédiats et catastrophiques.
La concurrence des
fonds de pension n’est-elle pas suicidaire ? Que se passe-t-il
en cas de défaillance d’un concurrent ? La concurrence oblige
au contraire à un contrôle et à une vigilance de chaque instant,
alors que les caisses publiques sont incontrôlées et se laissent
aller, croyant que l’Etat pourra toujours les relayer en cas d’accident
grave.
Il est vrai, comme
l’a démontré l’épisode d’Enron, que la concurrence implique la responsabilité
des fonds de pension, qui doivent être placés sous la pression permanente
des propriétaires actionnaires, ce qui exige une honnêteté et une
transparence totales.
|
| |
|
5. Protection
sociale ou choix personnel ?
|
|
En fait, la transition
du monopole à la concurrence, du public au privé, de l’administratif
au marchand, est un progrès décisif, mais aussi une vraie révolution.
Cette transition a cependant
des exigences. La première est évidemment de ne pas entraîner une perte ou un recul pour les assurés. La faillite
inéluctable des monopoles publics n’amène pas pour autant les gens
à renoncer définitivement aux « droits sociaux » qu’on
leur avait promis. Cela est surtout évident pour les retraites :
ceux qui ont cotisé toute leur existence ne peuvent pas être exclus
par le passage à un nouveau système. On leur expliquera difficilement
que l’argent qu’ils ont donné s’est envolé en fumée, même si c’est
la vérité. Le passage de la répartition à la capitalisation doit
donc être géré avec soin ; on connaît maintenant les techniques
les plus appropriées.
La deuxième exigence
est politique : elle consiste à délester l’Etat-Providence,
et à rendre la protection sociale au secteur privé. Qu’une « socialisation »
des risques soit nécessaire, et qu’il soit plus efficace de diviser
les risques plutot que de les assumer tout seul, c’est certain.
Mais cela n’implique pas l’intervention des pouvoirs publics :
les mécanismes de la mutualité et de l’assurance, dans un contexte
concurrentiel , y pourvoient.
Enfin la troisième exigence
est psychologique : l’assuré passe de la condition d’assisté,
mieux : d’assujetti, à celle de consommateur, de gestionnaire.
Les individus et les familles retrouvent la responsabilité de leur
patrimoine, de la conduite de leurs affaires sur leur vie entière.
C’est une libération, mais c’est aussi une charge. Sans doute peuvent-ils
compter sur les conseils, gratuits ou payants, d’intermédiaires
divers. Mais ils doivent accepter d’abandonner la sécurité d’une
« servitude consentie » pour assumer les risques de la
vie.
|
| |
|
6. Repenser l’éducation
nationale
|
|
Assumer
ses responsabilités est affaire d’éducation. Or, dans ce domaine
également, le monopole public est en totale décomposition. Et si
en France certains veulent à juste titre « repenser l’Education
Nationale », la question intéresse la plupart des pays.
Le monopole public débouche en effet sur un échec scolaire (les enfants
ne maîtrisent pas le savoir de base), sur un échec économique (les
budgets scolaires sont explosifs, la charge fiscale qu’ils représentent
est exponentielle), sur un échec pédagogique (les enfants ne sont
pas préparés à la vie active), sur un échec moral et éducatif (la
violence, les déviances ont envahi les établissements, le travail
et le mérite ne sont plus reconnus), sur un échec social (l’arbitraire
syndical).
On incriminera volontiers le comportement des parents. Mais de quelle marge
de manœuvre disposent-ils ? Quels sont les choix qu’on leur
propose ? L’idée d’un service public de l’éducation leur laisse
croire que l’Etat peut s’occuper de leurs enfants à leur place .
De leur côté l’Etat et les maîtres sont persuadés que les enfants
sont leur propriété, la matière première qu’ils doivent transformer :
les parents ne fournissent que la matière première.
Repenser les systèmes éducatifs, c’est revenir à la subsidiarité :
l’éducation relève de la compétence des familles et du secteur privé,
les administrations publiques n’intervenant qu’en complément.
|
| |
| 7. Du service public à l’école familiale |
|
Pour l’instant dans de nombreux pays il n’y a aucune place pour une réelle
concurrence. Non seulement l’Etat paye, mais il enseigne, il répartit,
et il délivre les diplômes. En France l’enseignement dit « privé »
n’est que le sous-traitant de l’Education Nationale et n’a aucune
autonomie pédagogique ni financière. Cependant, la seule existence
de ces établissements privés introduit un degré de liberté et de
concurrence tout à fait salutaire. Les parents sont plus participatifs,
les enseignants sont plus motivés et les résultats sont meilleurs.
Un degré supplémentaire de concurrence serait obtenu si l’on admettait la
concurrence entre établissements publics, c’est à dire la suppression
des cartes scolaires. Un autre degré conduit à « l’option de
sortie » proposée en Angleterre : les établissements publics
obtiennent une marge d’autonomie dans leur recrutement, leur gestion
et leur sélection.
Mais le pas décisif consiste à obtenir le retrait de l’Etat de la mission
d’enseigner, l’Etat n’intervenant qu’au niveau du financement. Ici
le financement peut être général ou réservé à des familles dans
le besoin ; le chèque éducation permet aux parents de choisir
l’établissement privé de leur convenance. On peut franchir un pas
supplémentaire et exclure tout financement public, donc exclure
tout impôt destiné à l’enseignement ; l’argent ainsi libéré
permet aux familles de payer les études voulues. Enfin les, parents
peuvent refuser des écoles ouvertes à tous pour organiser entre
eux des écoles familiales. Le « Home schooling » fait
des progrès spectaculaires aux Etats Unis. On observe l’extraordinaire
créativité pédagogique de ces écoles à domicile.
|
| |
|
8. Renaissance du sens communautaire
|
|
|
Ce dernier exemple démontre que loin de plonger les individus dans l’égoïsme
et le repli sur soi, la concurrence fait renaître des sentiments de solidarité, et donne une prime
à la vie communautaire. |
|
Jusqu’à présent, sous le règne de l’Etat Providence et des monopoles publics,
les individus sont tentés de ne plus faire aucun effort pour organiser
et faciliter la vie en société, puisque les administrations s’en
chargent. La solidarité publique et obligatoire a progressivement
effacé la solidarité privée et volontaire. S’il y a des pauvres,
des malheureux, des enfants déshérités, des malades sans soin, des
vieillards isolés, ce n’est pas l’affaire de chacun d’entre nous,
puisque c’est l’affaire de l’Etat. « Chacun pour soi, l’Etat
pour tous » disait Philippe BENETON, et BASTIAT, déjà « La
fraternité ? Les avantages pour moi, les charges pour
les autres ».
De plus, s’il reste encore et fort heureusement quelques élans de générosité
au cœur des individus, les moyens dont ils disposent font défaut,
ils ont été confisqués par les prélèvements obligatoires.
Le retrait de l’Etat-Providence permet aux individus de retrouver le sens
et les moyens de la vie en commun. Ils sont amenés à s’organiser
entre eux, à prendre leurs responsabilités ensemble, et à relever
le défi de l’Harmonie sociale.
|
| |
|
9. Développement des talents personnels
|
|
Ce
n’est pas l’égoisme, mais bien au contraire l’esprit de service
que développe la concurrence. Ce qui fait en effet l’enjeu de la
compétition, c’est d’obtenir les faveurs de la clientèle, des citoyens,
des assurés, des familles. Dans un monde de concurrence il n’y a
pas de succès immérité aux yeux des autres ; ce sont les autres
qui font le succès.
Pour arriver à ce résultat, chacun de nous est appelé à développer ses talents.
Au lieu de vivre passivement et en parasite social, comme un rentier
de la société, il faut désormais etre actif, créatif, comme un serviteur
de la société, comme un pionnier du progrès général.
Voilà comment on peut faire le lien entre concurrence et qualité des hommes,
entre progrès et capital humain. Les chances de promotion au niveau
individuel, mais aussi au niveau des nations, dépendent de l’aptitude
à former et exploiter le capital humain. Le bénéfice n’est pas seulement
matériel, il apporte aussi le sens d’un épanouissement personnel,
d’un accomplissement de soi-même.
Tout homme porte en lui les ferments de son progrès personnel. Il
ne s’agit pas d’aller le plus loin possible, mais d’aller au plus
loin de ses capacités. Pour faire la preuve de ces capacités, pour
prendre sa propre mesure. « Deviens ce que tu es », disait
Saint Jean de la Croix.
Un tel dépassement, un tel achèvement, ne peut être atteint dans des structures
massifiantes, obsédées par l’égalitarisme de façade.
|
| |
| 10. Une certaine idée de l’être humain et de sa liberté |
|
Il
est vrai que nombreux sont ceux qui ne jettent pas le même
regard ni sur l’homme ni sur la société. Dans la grande tradition
de Hobbes, ou de Malthus, ou de Marx, l’homme est un loup
pour l’homme, et les relations entre les hommes sont dominées
par le combat pour la survie.
|
|
|
|
A l’instar des animaux, dont un darwinisme primaire veut que nous descendions,
il y a les gagnants et les perdants, les dominants et les esclaves.
Dans cette optique, la concurrence n’est qu’une des formes de ce
combat, et par définition s’il y a des vainqueurs, c’est nécessairement
au détriment des perdants. Nous serions dans un monde de pénurie,
les ressources s’épuisent et il faut les piller avant que les autres
ne le fassent. La concurrence serait une course au pillage.
Par contraste, croire aux vertus de la concurrence, c’est croire aux capacités
de création et d’organisation des hommes libres et responsables.
Parce qu’il est créé à l’image de Dieu, diront les croyants, parce
qu’il est autre chose qu’un animal supérieur, diront les humanistes,
l’homme cherche la concorde, il a conscience qu’il a besoin des
autres, besoin de leur apporter quelque chose, pour qu’il puisse
satisfaire ses propres besoins. Son principe d’organisation est
l’échange, et Adam Smith dans la Théorie des Sentiments Moraux décrivait
ce mouvement qui nous porte à nous mettre à la place des autres.
Se mettre à la place des autres, ce n’est pas prendre la place des
autres. Echanger ce n’est pas dépouiller. Concurrencer ce n’est
pas écraser. Concurrencer c’est servir.
La concurrence est ici une pièce maîtresse de la civilisation de l’échange,
d’une civilisation universelle qui respecte tous les êtres humains
dans la diversité de leur culture, d’une civilisation de la liberté
et de la paix, pour mieux dire enfin : d’une civilisation de
l’amour.
|
| |
|
|
|