| LA GRANDE FAMILLE
HUMAINE |
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Du point de vue de Bastiat
le libre-échange n’a pas que des vertus économiques. Il n’est pas
seulement un instrument de développement et de promotion des gens
les plus pauvres.
Le libre échange est
aussi une façon de prendre conscience de l’appartenance de chaque
individu à une grande famille humaine.
Dans
cette famille, les disputes sont le fait des puissants, de ceux
qui règnent sur les Etats avec le seul souci de conserver et élargir
leur pouvoir. Au contraire, les gens simples sont amenés à se rencontrer,
à se rapprocher et à se comprendre à travers l’échange marchand.
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| UNE ETHIQUE
HUMANISTE ET PERSONNALISTE |
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Cette
vision d’une harmonie mondiale repose en fait sur deux grandes idées
chères à Bastiat, mais aussi à la plupart des libéraux :
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la capacité des hommes à s’organiser entre eux, et la supériorité
des ordres sociaux spontanés sur les ordres créés ;
-
la nature de l’être humain qui épanouit sa personnalité dans
la liberté et la paix plutôt que dans la servitude et la violence.
Toute
la pensée de Bastiat est immergée dans cette éthique humaniste et
personnaliste.
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| LA MAIN DE LA
PROVIDENCE |
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Peut-on
aller plus loin et parler de Bastiat comme d'un économiste chrétien ?
Certes, ses références à Dieu sont fréquentes dans ses écrits et
ses pensées. Mais son Dieu est-il toujours celui des Chrétiens ?
A vrai dire, les options religieuses de Bastiat n'ont pas été toujours
très nettes. Il a reçu à Sorèze, chez les Bénédictins, une solide
instruction religieuse. Mais il est ensuite un jeune "libre
penseur" plutôt qu'un fervent pratiquant. Ce n'est qu'au terme
de son existence qu'il retrouvera la plénitude de sa foi catholique,
et il mourra à Rome muni des derniers Sacrements de l'Eglise.
En
fait, plus que le Dieu de l'Ancien et du Nouveau Testament, ce qui
le retient dans sa philosophie et son éthique, c'est la divine Providence,
c'est l'idée d'une Harmonie qui s'inscrit dans le cœur de l'homme
et dans l'ordre des sociétés. Le thème de la main providentielle,
présente chez les Scolastiques, repris par les philosophes écossais
(et Adam Smith en particulier), est le décor naturel de l'Harmonie
exposée par Bastiat.
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| L'ORDRE SPONTANE
IGNORE DES CONSTRUCTIVISTES |
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Pour
Bastiat, la Providence fait son œuvre quand des individus si nombreux
et si différents, libres de leurs décisions, parviennent à se coordonner
sans qu'il soit besoin d'une organisation centralisée et hierarchisée.
Dans la tradition aristotélicienne et thomiste, après Smith et avant
Hayek, il est un théoricien de l'ordre spontané. Il croit que l'expérience
de la vie en société amène les hommes à trouver les règles de leurs
interrelations.
Sa
société d'harmonie n'est pas une société construite, une Cité idéale
fondée rationnellement sur la "présomption fatale" des
socialistes et des communistes, incapables de comprendre que l'erreur
est humaine, poursuivant l'utopie d'une société parfaite, sans inégalité
ni déséquilibre.
Pour
Bastiat, la perfection est une aspiration de l'homme, mais il ne
l'atteint jamais. C'est l'aptitude des hommes à tolérer et gérer
leurs différences, leurs imperfections, qui leur permet de trouver
par tâtonnements les règles sociales de nature à coordonner leurs
comportements.
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| LE MARCHE PROVIDENTIEL |
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Le
marché est, pour Bastiat, l'un des exemples les plus convaincants
de cet ordre spontané. Ce qui s'y passe est au-delà de tout entendement
humain, en ce sens que nul ne saurait le cerner globalement, nul
ne saurait l'anticiper totalement, voire partiellement. Le marché
demeure une découverte. Voilà ce qui faisait dire aux Scolastiques
qu'il était "providentiel" : seule une intelligence divine
pourrait l'appréhender. La Providence réussit là où les ordinateurs
des planificateurs ont échoué.
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| L'ETRE HUMAIN CREATEUR |
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Mais ne nous y trompons pas : la main de la Providence
a des doigts bien visibles : ce sont les hommes eux-mêmes. |
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Ils
sont les artisans de ces ordres spontanés dont ils ont tant besoin.
Derrière la sociologie de l'harmonie il y a l'anthropologie de l'individu
libre. BASTIAT conçoit l'être humain comme un être créateur, responsable
et convivial.
Créateur,
il est à la recherche du progrès, de son progrès matériel, de l'accomplissement
de son œuvre aussi bien que de l'épanouissement de lui-même. C'est
ce qui le pousse à l'initiative. C'est son "effort" (dit
Bastiat) et seulement son effort, entendu au sens "d'activité",
qui crée la valeur. Il y a dans l'effort créatif une marque indélébile
de la liberté. Car être libre, c'est affirmer sa personnalité, c'est
marquer sa différence. C'est montrer ce dont on est soi-même capable.
Et Bastiat de proposer cette démonstration époustouflante : la liberté
a pour finalité de démontrer les capacités, et celles-ci ne sont
reconnues qu'à travers un système de propriété, qui rend à chacun
le fruit de son œuvre. La trilogie – liberté-capacité-propriété-
est la pierre angulaire d'une société conforme à la dignité de la
personne. "Les facultés ne sont que le prolongement de la personne
; la propriété n'est que le prolongement des facultés. Séparer l'homme
de ses facultés, c'est le faire mourir ; séparer l'homme du produit
de ses facultés, c'est encore le faire mourir".
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| L'ETRE HUMAIN RESPONSABLE |
| La propriété est une forme de la responsabilité.
Elle permet à chacun de répondre de ses œuvres. L'homme libre
est un homme responsable. |
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La
responsabilité a en fait deux mérites, en apparence contradictoires
:
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elle garantit l'autonomie personnelle, l'individualité
-
elle établit les bases de l'intéraction sociale, la sociabilité.
La
responsabilité évite de fondre l'individu dans un collectif qui
le dispenserait de toute initiative, de toute sanction – mais qui
le priverait aussi de toute promotion, de toute reconnaissance de
ses vertus propres.
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L'IRRESPONSABILITE ENTRAINE L'INDIGNITE
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Bastiat
avait bien compris que la fuite devant la responsabilité impliquait
à coup sûr la servitude. Imaginant avec un siècle et demi d'avance
les systèmes de Sécurité sociale publique, fondés sur la répartition
et les prélèvements obligatoires, il établissait un diagnostic lucide
: "Les abus iront toujours croissant, et on en reculera le
redressement d'année en année, comme c'est l'usage, jusqu'à ce que
vienne le jour d'une explosion. Mais alors on s'apercevra qu'on
est réduit à compter avec une population qui ne sait plus agir par
elle-même, qui attend tout d'un ministre ou d'un préfet, même la
subsistance, et dont les idées sont perverties au point d'avoir
perdu jusqu'à la notion du Droit, de la Propriété, de la Liberté
et de la Justice".
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| L'ETRE
HUMAIN CONVIVIAL |
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Assumer
ses propres responsabilités, répondre de soi-même sans se reposer
sur les autres, ne signifie pas ignorer les autres. Car l'action
humaine, libre et autonome, a nécessairement une dimension sociale,
puisque chacun ne peut atteindre ses propres objectifs qu'en tenant
compte des autres, et même plus précisément en se mettant au service
des autres.
Bastiat
était convaincu des bienfaits de la libre association, du libre
contrat. Pour reprendre l'exemple de la protection sociale, il avait
de l'admiration pour les société de secours mutuel qui se multipliaient
à son époque. Certes l'individu prévoyant peut se couvrir des risques
par son épargne personnelle, mais il est bien vite apparent que
la mutualisation des risques, base des principes de l'assurance,
est une recette plus efficace, à condition qu'elle n'efface pas
la responsabilité individuelle.
Dans
le contrat, l'échange est rendu possible par le respect des engagements
auxquels s'obligent les contractants.
Au
niveau des règles sociales enfin, la vie en commun est possible
par le respect de l'éthique commune, qui correspond à une commune
vision des droits et devoirs, à ce que d'aucuns appellent le "bien
commun".
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| EDUCATION MORALE
ET HARMONIE SOCIALE |
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BASTIAT
n'ignore pas que le respect des autres, le sens de la responsabilité,
le sentiment de dignité personnelle, le goût de l'initiative et
du service, dont le jeu d'ensemble débouche sur une société d'harmonie,
sont des vertus innées pour une part, mais qu'il est nécessaire
d'éduquer et d'honorer.
Bastiat
est bien d'accord pour reconnaître la faillibilité de l'action humaine,
reflet de l'imperfection de l'être humain lui-même. Mais comme tous
les libéraux qui font finalement confiance à l'homme, il insiste
sur la nécessité de l'éducation et de la culture. Les hommes ont
besoin d'être "éduqués, moralisés et perfectionnés".
Il
reproche justement aux systèmes sociaux fondés sur la politique
et l'organisation administrative de pousser les hommes à l'intrigue,
à la corruption, à la nonchalance, au parasitisme.
A l'heure
où la science économique retrouve cette évidence "Il n'y a
de richesse que l'homme", la pensée de Bastiat rappelle que
non seulement la qualité des hommes est un gage de progrès et d'efficacité,
mais qu'elle est aussi la condition du bien commun et de l'harmonie
sociale.
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