| QUEL PROGRES ? |
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L'un des tournants
décisifs de la vie et de l'œuvre de BASTIAT fut sa découverte de la Ligue de Richard
COBDEN, car la Ligue et ses objectifs lui révélaient deux principes fondamentaux
de l'économie : | | -
le progrès consiste à mieux servir la communauté -
le progrès réside dans le libre-échange. Ces
deux principes sont à l'opposé de la pensée dominante à l'époque (et encore aujourd'hui),
pour laquelle le progrès est avant tout affaire de technique, de science, d'organisation
et de productivité. | | | | L'ECHANGE
: SERVIR LES AUTRES |
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Tout comme Cobden,
et en rupture totale avec les économistes de son temps, BASTIAT va mettre le consommateur
au cœur de la vie économique. | | |
Adam Smith, Jean-Baptiste
Say, Ricardo s'étaient complus à voir l'activité économique du côté du travail,
de l'entreprise, du capital : bref, du côté des producteurs. L'économie de BASTIAT
est délibérément marchande. Elle n'est ni productiviste, ni entrepreneuriale,
ni capitaliste. C'est
le marché, c'est l'échange qui fonde la valeur. Créer
de la richesse, ce n'est pas fabriquer des produits, c'est satisfaire des besoins.
Toute recherche de progrès s'amorce par une interrogation décisive : Quel service
dois-je rendre aux autres pour obtenir d'eux à mon tour les services que j'attends
? | | | | BASTIAT
PRECURSEUR DE L'ECOLE AUTRICHIENNE |
| En
posant le problème de l'activité économique en ces termes, BASTIAT met à jour
trois grandes lois que la science économique redécouvre enfin aujourd'hui, notamment
grâce à l'école autrichienne : | 
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| | -
La loi de mutuelle dépendance : les uns ne peuvent atteindre leurs objectifs
qu'en complémentarité avec les autres. L'économie robinsonienne n'existe pas. -
La loi de demande de services : on ne consomme pas des produits mais des
services. Dans son désir de satisfaire ses besoins, l'individu demande non pas
un produit, matériel ou immatériel, mais les services qui peuvent être rendus
par ce produit (ou un autre). -
La loi de subjectivité : chacun évalue à sa façon la valeur des services
qui lui sont offerts et la valeur des services qu'il doit lui-même offrir. Le
marché scelle un accord de choix subjectifs entre plusieurs personnes et en un
moment donné. Les classiques du XIXe siècle confondront subjectivité et utilité
(ou "valeur d'usage"), seul Carl Menger aura une claire vision de la
subjectivité. Ces trois lois expliquent les bienfaits de la libre entreprise et
du libre échange. | | | | LA
VALORISATION PAR LA COORDINATION |
| La
libre entreprise ne se limite pas à "transformer" des ressources par
des techniques appropriées. Ce qu'on voit, c'est le producteur réunissant des
"facteurs de production" (travail, capital) et les combinant de la façon
la plus efficace possible pour mettre sur le marché un produit valorisé par ce
processus de transformation. Ce qu'on ne voit pas c'est que la valeur du produit
est indépendante de celle des coûts de production, et qu'elle dépend du prix que
le client est décidé à payer. Ce qu'on ne voit pas c'est que le véritable rôle
de l'entrepreneur n'est pas de produire, mais comme le dit Israel Kirzner, de
coordonner. L'entrepreneur est celui qui propose un service qui n'est pas actuellement
rendu : il comble un fossé entre ressources existantes et besoins à satisfaire. Pour
ce faire, l'entrepreneur doit bien sûr posséder les qualités évoquées par Jean-Baptiste
Say : sens de l'innovation, de la création, connaissance des techniques et
des produits existants. Mais il est avant tout un marchand – au sens plein du
terme : celui qui pense au client. | | |
| L'ADAPTATION ELIMINE
LA CRISE |
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Créer des richesses,
c'est donc participer à l'échange de services : produits par les uns, consommés
par les autres. | | |
Mais cette création
est marquée du signe de l'incertitude, parce que les choix étant subjectifs, les
termes de l'échange peuvent se modifier en permanence sur le marché. BASTIAT suggère
donc une approche micro-économique et dynamique de l'échange. Quand on dit, comme
Jean-Baptiste SAY, "les services s'échangent contre des services", ce
n'est pas pour en rester à la simple égalité comptable et statique que suggère
une lecture macro-économique de la loi des débouchés, c'est pour rappeler qu'il
appartient au producteur, à l'entrepreneur de gérer sans cesse l'adaptation des
services offerts aux services demandés pour que l'échange soit toujours possible
aux meilleures conditions. Avec
Bastiat, on est dans le domaine du qualitatif, du changement qualitatif. L'adaptation
permanente exclut l'éventualité d'une crise générale. | | |
LA CONCURRENCE CREE L'HARMONIE |
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Cette obligation
d'adaptation permanente est lourde à assumer pour le producteur. Se soumettre
en permanence à la loi de l'échange contrarie la volonté du producteur d'être
le premier, voire le seul béneficiaire du progrès dont il s'estime l'artisan.
| | | Le
producteur n'aime pas la concurrence, car elle le place en situation d'infériorité
par rapport au consommateur. BASTIAT avait parfaitement analysé ce conflit entre
intérêts des producteurs et des consommateurs. "L'intérêt personnel est cette
indomptable force individualiste qui nous fait chercher le progrès, qui nous le
fait découvrir, qui nous y pousse l'aiguillon dans le flanc, mais qui nous porte
aussi à le monopoliser. La concurrence est cette force humanitaire non moins indomptable
qui arrache le progrès, à mesure qu'il se réalise, des mains de l'individualité,
pour en faire l'héritage commun de la grande famille humaine. Ces deux forces
qu'on peut critiquer quand on les considère isolément, constituent dans leur ensemble,
par le jeu de leurs combinaisons, l'Harmonie sociale". |
| | | LIBRE
ECHANGE OU BALANCE COMMERCIALE ? |
| A
travers cette dernière citation, on comprend que pour BASTIAT le progrès ne vaut
que s'il est partagé, diffusé. Il vise le bien-être de l'humanité entière, et
pas seulement de quelques-uns, quels que soient leurs mérites. C'est
une première raison qui le fait militer pour le libre-échange. La
mondialisation est pour lui la façon d'élargir le niveau des échanges. Il n'y
voit pas, comme Adam Smith et Ricardo, une vertu technique, une procédure de spécialisation
"internationale". Car pour lui les échanges sont interpersonnels et
non pas internationaux. Il
n'a eu qu'amusement à propos de la balance des paiements, ce document statistique
qui veut que le naufrage d'un bateau anglais chargé de marchandises à destination
de la France échangées contre des exportations françaises de vins, soit une bonne
affaire. Les produits sont sortis de France et nul produit n'est revenu en France
: grande amélioration de la balance ! | | |
| LE
LIBRE ECHANGE, UNE FORME DE LA PROPRIETE |
| Une
autre raison en faveur du libre-échange interpersonnel c'est qu'il est une forme
de la liberté patrimoniale, et du droit de propriété individuelle. Chacun fait
ce qu'il veut des fruits de son effort, et utilise son bon droit à sa guise, en
recherchant l'échange qui lui procure les services qu'il attend. Obliger un individu
à n'échanger qu'à l'intérieur du cercle finalement étroit de la province ou de
la nation, c'est le priver de la libre disposition de ses biens. |
| | | LA
MONDIALISATION BRISE LES CORPORATISMES | |
Enfin et surtout,
BASTIAT est pour le libre-échange parce que c'est la meilleure – et peut-être
la seule – façon de briser les menées corporatistes des producteurs, et de façon
plus générale de tous ceux qui vivent de rentes de situation, de privilèges, au
détriment du grand peuple des consommateurs. Car protections, rentes et privilèges
ne peuvent exister durablement que par le soutien de l'Etat. La
mondialisation fait perdre aux Etats leur souveraineté économique. Les législations
nationales volent en éclats, les politiques monétaires et budgétaires deviennent
inopérantes, impôts et prélèvements obligatoires se réduisent. Le marché concurrentiel
reprend complètement ses droits face aux menées des groupes de pression et des
politiciens. On
comprend pourquoi les adversaires du marché, les inconditionnels de l'Etat, les
corporatistes et les privilégiés se liguent si naturellement contre la mondialisation. |
| | | L'ESPOIR
D'UN PROGRES PARTAGE | |
A l'inverse dans
une économie sans frontières, sans ingérence politique, le jeu de la concurrence
diffuse le progrès, et permet à des gens fort modestes et à des peuples fort dépourvus
d'accéder à des niveaux de vie plus élevés. Loin de pénaliser les peuples et les
gens pauvres, l'intégration dans les réseaux de l'échange mondial est la plus
sûre chance de vaincre la misère et d'amorcer un développement harmonieux. Au
XIXe siècle, COBDEN et BASTIAT se rangeaient du côté des petites gens, de ceux
qui avaient besoin d'améliorer leur sort, ils leur démontraient qu'ils devaient
souhaiter le libre-échange. Pour les mêmes raisons, au XXIe siècle, mener une
croisade pour le libre échange c'est donner l'espoir d'un monde ouvert où se partage
le progrès. | | | |
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