1. LA DIMENSION
HUMAINE DE LA MONDIALISATION Au-delà
de ses implications politiques et économiques, la mondialisation
a une dimension humaine considérable : elle peut changer la vie de millions
d’être humains. Grâce au développement
et à la croissance qu’elle déclanche la mondialisation libère les hommes de la
misère, de la maladie et de l’ignorance. Mais
les hommes ainsi libérés sont aussi les acteurs de leur libération : ce sont
leurs efforts, leurs initiatives et aussi leurs sacrifices qui leur permettent
d’entrer dans le concert mondial. Enfin
et non le moindre les relations intimes qu’elle crée au-delà des frontières fait
que la mondialisation est un facteur de compréhension et de paix, elle reconstitue
la grande famille humaine inutilement et trop longuement déchirée. Ainsi
la mondialisation fait-elle des hommes libérés, des hommes acteurs, des hommes
rassemblés. 2.
LA CONDITION HUMAINE DANS UNE ECONOMIE MONDIALISEE La
condition ouvrière fruit de la Révolution Industrielle au 19ème siècle
a été celle du travail pénible, du déracinement social et parfois de la détresse
physique et morale. Bien que les historiens aient souvent noirci le trait, puisque
le progrès social n’a cessé d’accompagne la croissance économique, il n’en demeure
pas moins que nombreux sont ceux qui pensent que l’on peut éviter aux plus pauvres
de la planète une grande partie des souffrances endurées jadis par les ouvriers
d’industrie en Europe. Pour
les adversaires déclarés de la mondialisation et du marché, la condition humaine
dans les pays pauvres est le fruit de l’exploitation capitaliste. Le succès sur
le marché mondial s’obtiendrait grâce au
« dumping social », c'est-à-dire aux bas salaires et à l’absence de
couverture sociale pour les travailleurs asiatiques, africains, latino américains.
En Europe même le dumping social serait systématiquement pratiqué par les pays
d’Europe Centrale et de l’Est. D’autres
observateurs de la mondialisation, plus modérés, ne manquent pas de relever les
souffrances et dégradations vécues par les femmes et les enfants au travail. 3.
LA REGLEMENTATION DU TRAVAIL Ces
critiques de la mondialisation, au nom de la justice sociale ou de la dignité
des êtres humains, appellent aux yeux de certains une
réglementation mondiale du travail Le
doute est permis et sur la pertinence et sur la sincérité de cette réglementation.
D’une part il n’est guère possible d’imaginer que les niveaux de vie des plus
pauvres puissent être alignés en une génération sur ceux atteints dans les pays
anciennement développés. Dans des zones de misère où l’essentiel est de survivre,
le maigre salaire est une manne pour un travailleur sans connaissance ni formation.
Progressivement, l’expérience, la qualification et la mobilité aidant, il sera
possible de constituer une maigre épargne qui permettra d’avoir un toit et d’investir
dans les enfants. Puis viendra la constitution d’une classe moyenne, puis les
inégalités s’estomperont. Ce processus, qui a demandé un siècle d’efforts aux
Européens, est en train de se dérouler sous nos yeux en moins de dix ans parfois
Pour montrer l’importance de l’environnement institutionnel, ce sont les pays
pauvres les plus libres qui se sont développés, tandis que les pays les moins
libres se sont encore appauvris. D’autre
part les intentions des « réglementeurs »
ne sont pas toujours avouables. Au prétexte de protéger les pauvres, on cherche
souvent à se protéger contre la concurrence de leur travail. La
réglementation du travail aboutit en fait à nier la liberté du contrat de travail
et, parfois, la liberté de travailler elle-même. Dans les pays développés incapables
de s’adapter à la concurrence des pays émergents, un fossé se creuse entre productivité
et rémunération. Au lieu de répondre au défi de la main d’oeuvre non qualifiée
par une meilleure formation et une productivité accrue, on veut conserver un pouvoir
d’achat à un niveau économiquement injustifié. La compétitivité disparaît et avec
elle des millions d’emplois. 4.
LA COUVERTURE SOCIALE Contrairement
à ce que soutiennent les dénonciateurs du dumping social, la couverture des risques
de la vie et du métier n’est pas une priorité, mais un progrès lentement acquis. L’aversion
pour le risque est faible pour des gens sans ressource, qui vivent au jour le
jour. Pou eux, les risques courants sont souvent assumés par la solidarité familiale
ou communautaire. Le besoin de sécurité et les services d’assurance ne seront
satisfaits qu’après d’autres exigences : se nourrir, se vêtir, se loger.
Ils ne seront accessibles qu’une fois une épargne constituée. A
l’autre bout de l’échelle, dans les pays où règne l’Etat Providence, on observe
une dépense considérable en couverture sociale. La thèse du dumping social exige
que tous les pays s’alignent peu à peu sur les normes maximales – ce qui est évidemment
utopique et ruinerait toute chance de progrès social mondial.
5. CHARGES SOCIALES ET COMPETITIVITE
On
devrait par contraste s’interroger sur ces dépenses sociales qui handicapent certains
pays dans la compétition mondiale. S’il
s’agit d’un choix volontaire des individus et des familles, il n’y a sans doute
rien à dire, sauf à préciser qu’ils doivent assumer eux-mêmes le coût d’une meilleure
couverture des risques. Mais,
précisément, ce sont des décisions politiques qui imposent ce niveau élevé de
couverture et décident de prélèvements obligatoires sans cesse croissants. Les
systèmes publics de protection sociale, loin d’aider les assurés, les conduisent
à la ruine, au moins pour deux raisons : la première c’est leur mode de gestion
sans contrôle, sans stimulation, sans responsabilité, la deuxième c’est leur choix
en faveur de la « répartition », une option ingérable pour des populations
vieillissantes. La mondialisation
va sérieusement remettre en cause ces systèmes de sécurité sociale. Pour sauver
« leur » Sécurité Sociale certains Etats n’hésiteront pas à accepter
les déficits croissants, et la dette sociale s’accumulera – elle est en France
supérieure à la dette de l’Etat. Ils
utiliseront des artifices, en augmentant les cotisations, en diminuant la couverture,
en révisant unilatéralement les conditions de l’assurance, voire en faisant supporter
une partie de la note par les étrangers.. Ces mesures
n’empêcheront pas l’explosion des systèmes, là où aucune réforme véritable n’aura
été réalisée. 6.
TOUS ENNEMIS OU TOUS ENSEMBLE ? Finalement,
les débats autour du dumping social sont assez déprimants, car ils laissent penser
que les intérêts des peuples sont opposés, puisque la guerre économique mondiale
serait engagée. C’est une nouvelle version de la lutte des classes, déplacée au
niveau mondial. Elle en est tout autant critiquable et haïssable, parce qu’elle
dresse les peuples les uns contre les autres, exacerbe un « patriotisme »
qui tourne rapidement à la xénophobie, et parce qu’elle nie cette réalité fondamentale :
les échanges marchands sont de nature à apporter un bénéfice substantiel à tous
ceux qui les pratiquent, à enrichir les pauvres sans appauvrir les riches. La
mondialisation est en réalité l’occasion de constituer un espace de rencontre
des hommes et des cultures, d’effacer l’histoire des incompréhensions et des guerres.
Les changements institutionnels qu’elle implique se ramènent à la reconnaissance
de droits individuels conformes à la nature et à la dignité de la personne humaine.
La mondialisation donne à chacun la chance de son épanouissement au service des
autres. La mondialisation est l’occasion de rendre les hommes plus humains, créateurs,
serviteurs, libres et responsables. L’« homo globalis » est
bien plus sympathique que « l’homo oeconomicus ». C’est le même
Adam Smith qui a expliqué comment naissait la richesse des nations et pourquoi
elle exigeait des sentiments moraux : les sentiments moraux font la richesse
des nations. ! 7.
LIBERTE, RESPONSABILITE ET SUBSIDIARITE Certes
les sentiments moraux se découvrent et se cultivent mieux dans des environnements
institutionnels favorables : c’est ce que l’on appelle le bien commun, la
commune reconnaissance du bien. Mais quelles que soient les réformes institutionnelles
de natureà mettre les hommes en situation de liberté
et de responsabilité, les comportements individuels demeureront toujours déterminants.
Quels que soient les mérites
de l’ordre marchand, ils ne peuvent effacer la nécessité d’un ordre communautaire.
La solidarité volontaire trouve dans la mondialisation l’occasion de s’exprimer,
elle accompagne les efforts de ceux qui sont encore en panne de développement.
La solidarité s’organise suivant le principe de subsidiarité. Un monde nouveau
peut se construire, plus proche des aspirations de l’être humain. Le
système éducatif prépare-t-il les jeunes à construire ce monde nouveau ?
La tradition des universités, les rencontres internationales leur offrent
l’occasion de la découverte, de la compréhension. La vie familiale et associative
leur permet d’acquérir et de cultiver l’esprit de service. La plupart des jeunes sont
ouverts à la différence, et respectueux de la diversité. Ils sont aujourd’hui
bien placés pour réaliser à travers la mondialisation l’espoir d’une humanité
retrouvant l’harmonie et la dignité que cherchent les hommes de bonne volonté,
de tous les pays. 8.
CONCLUSION : LIBERTE ET DIGNITE DE LA EERSONNE HUMAINE Notre
réflexion sur la mondialisation et les réformes institutionnelles qui l’accompagnent
nécessairement s’achève sur des considérations éthiques. C’est
une tradition de l’Université d’Eté de la Nouvelle Economie. Voilà trente
ans maintenant que nous essayons, dans les mêmes locaux, parfois avec les mêmes
interlocuteurs, de diffuser les idées de la liberté. Et voilà trente ans qye
nous avons fait le choix de terminer nos Universités sur une note éthique. Il
y a à cela une raison fondamentale : c’est avant tout pour des considérations
éthiques que nous sommes libéraux. Le
libéralisme est souvent présenté et défendu sur le terrain purement économique,
comme une recette d’efficacité, et il est bien certain que le libre échange et
la libre entreprise sont bien plus performants que l’économie
dirigée et la planification. Les considérations scientifiques établissent la supériorité
du libéralisme. Mais beaucoup
de personnes sont moins soucieuses d’efficacité que de justice et de paix. C’est
occulter un pan entier du libéralisme que de le ramener à une simple doctrine
économique. Le libéralisme c’est avant tout une vision de l’homme et des relations
entre les hommes. Notre vingtième
Université avait pour thème « liberté des actes, dignité des personnes ».
La liberté est offerte à chaque homme, il la porte dans sa nature même Mais elle
n’est pas le but ultime. Elle a pour mission de permettre aux hommes d’épanouir
leur personnalité, de participer à cette civilisation de l’amour qu’évoquait Jean
Paul II.. C’est sans doute en donnant toute sa dimension
à la pensée libérale que nous vaincrons l’ignorance ou le mépris dont elle souffre
aujourd’hui, particulièrement en France. Il
appartiendra sans doute à d’autres, plus jeunes et plus talentueux de prolonger
ce travail amorcé depuis trente ans : faire savoir que c’est la dignité de
l’homme que nous défendons à travers sa liberté. |