MONDIALISATION ET EPANOUISSEMENT DE L'INDIVIDUALITE

Douglas Rasmussen de St John's University à New York et Douglas Den Uyl du Liberty Fund critiquent ici la version démocrate de la théorie de l'épanouissement de l'individualité, et replacent le dépassement qu'ils offrent dans le contexte du phénomène social qu'est la mondialisation.

La mondialisation offre des occasions innombrables pour chacun de s’épanouir, et pas simplement de manière égoïste, mais au service direct ou indirect des autres. Elle met les individus de peuples différents en contact, et rend ainsi l’homme plus humain, plus créatif, plus libre, plus responsable. L’homo globalis est bien plus complet que le simple homo oeconomicus. Le libéralisme classique s’accorde parfaitement avec cette vision de l’épanouissement individuel (et sociétal).

Pourtant il existe une autre école de pensée, très social-démocrate, qui utilise aussi l’argument de l’épanouissement individuel, mais pour en tirer des conséquences différentes de celles des libéraux classiques. Martha Nussbaum et Amartya Sen en sont les principales figures de proue. Leur influence est grande au sein d’organisations telles que l’ONU et toute une foule d’ONG positionnées plutôt à gauche. Selon eux, pour que les gens puissent s’épanouir ils doivent avoir accès à certains biens au préalable, biens que l’Etat doit fournir. Il y a trois prémisses dans leur raisonnement :

a)      Le politique doit assurer l’épanouissement et le bien-être des individus.

b)      Pour s’épanouir l’individu a besoin d’accéder à certains biens et services

c)      Donc c’est le processus politique qui doit fournir ces biens et services.

En réalité il y a deux façons de répondre à la nécessité de procurer les biens  en question. Il y a une façon statique : les biens sont déjà là « quelque part » et doivent être distribués d’une certaine manière ; la distribution de ces biens est alors le problème politique majeur. Par contraste il y a une façon dynamique, productive : les biens n’existent pas en eux-mêmes, en-dehors de l’effort de cognition humain. C’est ici la production qui vient en premier lieu, la production de la part de l’individu avec son activité et son initiative, ce que l’anglais nomme « self-direction ». Ici, le problème politique est de faire en sorte que les individus soient de véritables agents actifs, en prenant des initiatives qui leur permettent de s’épanouir.

Il y a donc une différence anthropologique : pour les sociaux-démocrates les hommes sont des êtres passifs et doivent « recevoir » les biens. Pour les libéraux, les individus sont actifs et doivent construire leur épanouissement grâce à leurs « initiatives ». Dans cette optique, l’épanouissement est affaire de raison, de jugement, de volonté, d’observation, de projets individuels. L’épanouissement d’une personne se traduit par sa capacité à effectuer des choix appropriés dans des circonstances particulières. Mais les circonstances étant différentes pour chacun, et puisque nous avons tous des buts différents, un choix approprié pour l’un ne le sera pas pour l’autre. L’individualité est donc cruciale ici. Seule la philosophie du libéralisme classique s’articule avec cette conception, car son but est de concilier la diversité des individualités avec le respect par tous de l’ordre social. Il faut évacuer  un principe universel d’ordre social qui sacrifierait certains types d’épanouissements au profit d’autres. A ce titre les libéraux voient dans la mondialisation l’occasion de l’ « initiative » indispensable à l’épanouissement de l’individu et demandent au politique de garantir ce droit à l’initiative.

 

 

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