MONDIALISATION : LA COURSE VERS LE BAS ?

La mondialisation déboucherait sur le dumping social : salaires abaissés pour satisfaire aux exigences de compétitivité. Vrai ou faux ? C'est la question abordée par le Professeur Pierre GARELLO (Université Paul Cézanne) au cours de la dernière journée de la XXX° Université d'Été (mercredi 29 août).

 

Pierre Garello : La « course vers le bas » ?

Les anti-mondialistes ont répandu l’idée de la « course vers le bas » (« race to the bottom »), expression qui a un contenu émotif très important mais qui n’en est pas moins erronée. L’argument est que lorsqu’on fait tomber les barrières de protection commerciale, les facteurs de production et en particulier le capital se dirigeraient vers le territoire où ils peuvent être les plus productifs ou les plus profitables. Cela peut être pour des raisons de fiscalité moindre, de moindres réglementations environnementales ou sociales, des salaires plus bas. Les réglementations existantes dans le pays d’origine ne pourraient alors plus perdurer parce que le capital dans le pays d’origine s’est enfui, y réduisant d’autant les recettes fiscales et les biens publics financés par celles-ci : les standards sociaux seraient donc menacés.

Premièrement : ce scénario est-il réaliste ? S’il y a de la vérité dans le processus décrit, il n’y a pas toute la vérité. Le rendement n’est pas la seule variable prise en compte par les investisseurs : il y a aussi le risque. Par ailleurs, les coûts du travail plus bas s’accompagnent aussi d’une productivité beaucoup plus basse. De même il y a le problème des coûts de transport entre la production et son marché. D’ailleurs les pays recevant le plus d’investissements étrangers sont les pays les plus développés !

Deuxièmement, la théorie du cycle international du produit nous enseigne qu’il est normal qu’un produit innovant fasse son apparition dans les pays développés, puis que pour des raisons de coûts, de possibilités d’apprentissage et de concurrence, il soit peu à peu fabriqué dans des pays moins développés. Cela est juste l’expression de la division du travail. Il serait donc stupide de vouloir interrompre ce cycle naturel du produit.

Troisièmement, supposons que Danone veuille délocaliser ses usines de France vers la Roumanie. Que se passe-t-il ? En Roumanie la demande de travail va augmenter, entraînant une hausse des salaires. Donc : plus d’emploi et des salaires plus élevés : cela semble plutôt aller vers le « haut » que vers le « bas »… Les actionnaires de Danone devraient gagner plus. Les clients de Danone aussi. Les employés français de Danone en revanche n’ont pas été préparés au changement. Une plus grande flexibilité du marché du travail en France signifierait-elle une course vers le bas ? Puisqu’elle génèrerait plus d’emploi et une concurrence entre employeurs et donc une hausse des salaires, on voit mal comment. Il faut noter que les recherches empiriques ne montrent pas de « course vers le bas ».

Mais quelle serait l’alternative ? L’harmonisation ? Que tous les pays soient au même salaire minimum par exemple ? On imagine les conséquences catastrophiques dans les pays moins développés ! Ce qui est paradoxal c’est que nos États promeuvent simultanément, d’un côté la recherche et l’innovation qui forceront à un moment ou à un autre l’adaptation des gens et d’un autre côté s’opposent à l’ouverture qui entraînera de nécessaires adaptations. Évidemment dans le premier cas il est difficile de voir qui devra s’adapter alors que dans le deuxième c’est beaucoup plus facile…

 

 

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