L'EUROPE DE LA DIVERSITE :

CONCURRENCE INSTITUTIONNELLE ?

QUELLES INSTITUTIONS EUROPEENNES ?

 

 

Le Professeur Angelo Petroni, professeur à l’université de Turin et directeur de l’école supérieure d’administration publique italienne,  nous rappelle d’abord que l’union européenne devrait être un outil de concurrence alors qu’elle est un outil d’ouverture du marché intérieur et de fermeture au marché extérieur, et globalement ce n’est pas exactement ce dont les Européens ont besoin. Il analyse les deux racines du « projet européen », puis explique l’adhésion de la gauche et de la droite à un ce dernier dans les récentes années et nous donne enfin son appréciation du sentiment italien à l’égard de l’Europe de Bruxelles.

  

ANGELO PETRONI : LE POINT DEVUE DE L’ITALIE SUR L’EUROPE

 

Les deux racines du « projet européen »

Il faut se souvenir d’où vient l’Europe unie. Premièrement, elle vient de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA). Les pères fondateurs de l’Europe avaient pour but d’éliminer la guerre. L’idée fondamentale là-derrière était que les deux guerres mondiales étaient nées premièrement du problème du contrôle des ressources naturelles. Donc le but de l’Europe c’était d’éliminer la concurrence quant aux ressources naturelles et de les mettre en commun. Il faut donc bien comprendre que l’Europe naît pour éliminer la concurrence, celle-ci étant donc mauvaise par définition.

Deuxièmement, les partisans du fédéralisme européen des années trente (Spinelli et autres - qui voulaient une Europe unie) étaient des socialistes. Selon eux l’Europe unie ne pouvait se faire qu’en élargissant le secteur public. Ils partaient d’une idée : qu’il fallait faire un Etat européen fort, sans quoi les Etats nationaux se seraient encore fait la guerre. Aujourd’hui la rhétorique européenne est complètement opposée : puisque les Etats européens ne « valent rien » chacun de leur côté, il faut s’unir pour former la grande Europe face à la Chine et aux Etats-Unis.

Ces deux racines de l’Europe ne correspondent pas à la vision libérale d’une société de marché. Le slogan des socialistes – et malheureusement de certains conservateurs souvent - est d’ailleurs aujourd’hui que « l’on veut une économie de marché mais une de société de marché ». Or, les deux ne sont pas séparables, et les libéraux savent bien que pour avoir une économie de marché il faut une société de marché. Et la tentative de l’Europe est justement de séparer les deux éléments. Ceci a été réussi jusqu’à un certain point, mais pas jusqu’au bout et c’est sans doute la raison principale du malaise autour du projet constitutionnel européen.

L’Italie et le projet européen

L’Italie est entrée dans l’Europe des Six dans une position particulière, celle de pays le plus pauvre après la guerre. L’Europe a donc représenté dès le début pour l’Italie une sorte de « club de promotion ». Evidemment de nombreuses années se sont écoulées et les choses ont changé, mais les gens restent encore largement persuadés que l’Italie tire de l’Europe plus que ce qu’elle y met, ce qui n’est pas absolument vrai. Les Italiens restent encore dans les statistiques un pays largement européiste mais le pourcentage diminue cependant régulièrement : le « taux d’européisme » de l’Italie est en effet passé en dessous de la moyenne des 15.

La gauche est de plus en plus européiste, notamment les communistes. Quelle est la raison de cette « prise de contrôle » du projet européen par la gauche ? Ralf Dahrendorf s’est aussi posé cette question et sa réponse semble très juste : les socialistes se sont retrouvés sans idéal après la chute du communisme et ont eu besoin d’un nouveau projet. En effet, il y a une vingtaine d’années les socialistes étaient encore tous chez nous contre l’Europe, qu’ils voyaient comme une Europe de marchands, l’Europe capitaliste. Ceux qui ne voulaient pas l’Europe de Bruxelles pouvaient donc compter à l’époque sur les socialistes et les communistes ! Mais l’Europe unie, l’Europe « sociale » est devenu leur nouveau cheval de bataille.

Pourquoi les forces des partis conservateurs, démocrates-chrétiens et même les libéraux sont favorables à l’Europe de Bruxelles ? En fait il y a une ambiguïté fondamentale dans l’Europe de Bruxelles : d’un côté elle a initié une vague de déréglementations et privatisations, ce qui constitue une premier temps ; et d’un autre côté elle a engagé une « re-régulation » (de manière directe ou indirecte – par les directives), parfois beaucoup plus lourde que la réglementation nationale qui existait auparavant.

En Italie le Parlement a ratifié très rapidement le traité établissant une constitution pour l’Europe. Mais du fond de leur cœur, beaucoup de gens de centre droite qui ont voté favorablement n’étaient en fait pas d’accord. Une petite anecdote à ce sujet : le traité a été porté par Giscard d’Estaing à Rome, l’Italie présidant à l’époque pour six mois la commission. La cérémonie se déroulait à la « Villa Madama » à Rome. C’était en juillet. Alors que Giscard parlait à côté de Monsieur Berlusconi, une mouche vint à perturber le panel. Le premier ministre Berlusconi se saisit du bel exemplaire du traité, relié en cuir bleu, et écrasa la mouche avec. Et monsieur Giscard d’Estaing qui est un homme d’esprit dit : « Voilà la première victime de la constitution européenne ! ». Et Monsieur Berlusconi avait évalué exactement la valeur du traité…


 

 

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