L'EUROPE DE LA DIVERSITE :

CONCURRENCE INSTITUTIONNELLE ?


Chercheur au Cato Institute , ancien Directeur du Centre d'étude sur le commerce international à la Fondation Heritage, ancien vice-président de la Banque fédérale de Dallas, et co-auteur avec Mario Rizzo de l'ouvrage incontournable " The Economics of Time and Ignorance ", nous a offert un rappel des contributions de trois économistes autrichiens à la théorie de la concurrence : Ludwig von Mises, Joseph Schumpeter Friedrich von Hayek. Chacun a en effet éclairé un aspect du processus concurrentiel.

 

Gerald O' Driscoll : Concurrence, diversité et découverte

 

Nous sommes tous habitués à parler de concurrence en matière de biens et services, mais il existe aussi la concurrence en matière d'institutions. Et nous devons mentionner aussi la concurrence entre les idées. Sans doute celle-ci nous permettra de mieux saisir les enjeux présents : en effet, pourquoi croyons nous en Occident en la liberté de pensée et d'expression, en l'importance du débat public et du désaccord ? Sûrement parce nous reconnaissons le fait que personne, aucun génie, aucun professeur, aucun prix Nobel, ne peut savoir tout ce qu'il y a à savoir sur un sujet. Par essence les êtres humains sont ignorants et possèdent des opinions différentes. Et c'est justement de la diversité de nos connaissances respectives, de nos expériences respectives et du conflit entre idées que nous pouvons parvenir au consensus, à l'accord, et éventuellement, à la vérité. Ceci est vrai du conflit entre idées dans le domaine de l'économie politique et de la politique publique ou plus généralement dans les sciences. Par exemple, il y a quelques semaines les astronomes se sont enfin accordés sur le fait que Pluton n'est pas une planète. Les débats ont permis de révéler de l'information quant aux caractéristiques de ce qui constitue cette entité scientifique qu'est une " planète ".

Joseph Schumpeter : la concurrence comme " destruction créatrice "

Dans la bataille des idées, certaines d'entre elles sont écartées. D'une certaine manière ceci constitue une " destruction " de certaines idées, qui sont fausses. Le point important est que cette destruction nous permet d'étendre notre connaissance. En effet, de cette destruction quelque chose de nouveau est créé. Dans notre exemple, les débats scientifiques autour de Pluton on détruit en quelque sorte de la connaissance pour en révéler une meilleure. Cette idée de " destruction créatrice " est généralement associée à Joseph Schumpeter.

Ludwig von Mises : la concurrence comme harmonie

Ludwig von Mises préférait insister sur le fait que la concurrence amène l'harmonie. Ceci est vrai pour tous les domaines auxquels s'applique la concurrence : ce n'est qu'en écartant l'erreur, en se débarrassant de ce qui est contradictoire ou incohérent, qu'on arrive à une plus grande harmonie, par exemple dans une science. De la " destruction " de certaines idées naît l'harmonie entre les scientifiques. Cette notion d'harmonie est sûrement à la racine du concept d'équilibre en économie.

Friedrich von Hayek : la concurrence comme processus de découverte

Le troisième Autrichien, Friedrich Hayek, a opéré une synthèse entre ces deux visions en matière de concurrence économique. Il insistait sur le processus par lequel cette harmonie était atteinte, un véritable processus de découverte selon lui. Mais qu'est-ce qui est découvert dans ce processus ?

Premièrement, les producteurs découvrent les préférences et les besoins des consommateurs. Dans les sociétés traditionnelles et statiques, ces préférences ne changent guère. Mais dans une société de plus en plus complexe, ouverte sur le monde et commerçant avec le reste du monde, non seulement de nouveaux biens apparaissent, mais les revenus augmentent, permettant l'émergence d'une nouvelle " classe ", celle des consommateurs, ayant de nouveau besoins, de nouvelles préférences qui - contrairement à ce que beaucoup d'économistes supposent - ne sont pas " données " (qui aurait pu vouloir un " i-pod " avant qu'ils ne soit conçu, par exemple !). Le marché de l'ère moderne permet donc de révéler la diversité des préférences qui changent en permanence.

Deuxièmement, les consommateurs découvrent de nouveaux moyens de satisfaire leurs besoins. Il y a donc une dynamique de volonté à essayer des nouveaux produits de la part des consommateurs. Et ceci est une force de l'Amérique. Les entrepreneurs ont profité de ce dynamisme des consommateurs américains. Nous devons alors envisager l'innovation au sens large : ce n'est pas simplement l'invention de nouveaux gadgets, de nouvelles technologies. L'innovateur envisage comment une invention peut représenter un nouveau produit, un nouveau service pour les consommateurs. Les firmes doivent donc se demander en permanence comment traduire une nouvelle technologie en un nouveau produit potentiellement désiré par les consommateurs.

Un élément crucial ces quatre dernières décennies aux Etats-Unis a été l'accroissement du temps de loisir, c'est-à-dire du temps pour consommer. Et la force majeure derrière ce phénomène a été l'invention de toutes sortes de procédés techniques (machines à laver, fours à micro-ondes) et commerciaux (hypermarchés, livraisons à domicile) qui ont libéré du temps dans la " production à la maison " soit pour consommer plus, pour avoir plus de loisirs ou - en ce qui concerne les femmes au foyer - pour aller travailler et générer des revenus supplémentaires qui permettront de consommer d'autant plus. On estime que ce temps de loisir supplémentaire gagné en quarante ans est équivalent à entre cinq et dix semaines de " vacances " par an.

Evidemment d'autres pays ont adopté ce système concurrentiel et ont rattrapé les Etats-Unis. D'autres pays encore ont choisi la troisième voie, et la Suède est sûrement l'exemple le plus célèbre. Il n'est alors pas étonnant de voir qu'en l'espace de trente ans la Suède est passé du quatrième au quatorzième rang mondial en termes de PIB par tête. Si la Suède était un Etat des Etats-Unis, elle serait le cinquième Etat le plus pauvre aujourd'hui. Il y a donc des conséquences à ne pas choisir le système concurrentiel !

C'est bien la concurrence dans les institutions qui permet la découverte des meilleures solutions institutionnelles et débouche en définitive sur plus de concurrence au plan économique et donc, à plus de croissance économique. Concurrence institutionnelle et concurrence économique sont donc intimement liées.

 

 

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