L'EUROPE DE LA DIVERSITE :

CONCURRENCE INSTITUTIONNELLE ?


QUELLES INSTITUTIONS EUROPEENNES ?

 

 

Le Professeur Patrick Minford de l’Université de Cardiff nous a offert un exposé de la perspective britannique de l’Europe à l’occasion de la XXIX° Université d’Eté de la Nouvelle Economie (Aix-en-Provence, 27-30 Août 2006). Le Royaume-Uni était entré dans le marché commun pour profiter du libre échange et de la concurrence. Or le protectionnisme qui y règne, non seulement en matière d’agriculture mais aussi d’industrie, en fait réellement une « Europe forteresse ». Par ailleurs, en matière de services c’est bien le protectionnisme qui règne au niveau des différentes nations de l’union. Tout ceci fait que le projet européen a déçu les attentes des Britanniques.

 

PATRICK MINFORD : LE POINT DE VUE BRITANNIQUE SUR L’EUROPE

 

Concentrons nous sur l’économie de la centralisation et des institutions européennes. L’Union Européenne est devenue de plus en plus centralisée. Elle dispose d’un pouvoir économique en termes de monopole de fixation des protections tarifaires (pour le commerce de l’agriculture mais aussi bien sûr, de l’industrie). Et ceci est un ensemble important de pouvoirs. Cependant, durant les années 1990 elle a reçu un nouvel ensemble de pouvoirs, ceux qu’elle peut exercer sur le marché unique.

L’ironie de l’histoire est que la personne principale qui a donné de tels pouvoirs à l’Union Européenne est Madame Thatcher. Elle pensait en effet que ces pouvoirs seraient utilisés pour la cause du marché libre. Elle dirait sans doute aujourd’hui que cela a été sa plus grosse erreur. Les pouvoirs pour créer un marché unique en Europe ont été en définitive utilisés pour créer un niveau plus élevé de réglementations harmonisées et n’ont pas permis de générer la concurrence. Le seul domaine dans lequel l’Europe n’a pas de véritable pouvoir est celui de la fiscalité.

 

Quels sont les résultats de ces pouvoirs ?

 

L’Europe a un des plus hauts niveaux de protection dans le monde, en particulier en matière d’agriculture. Cette protection correspond à une taxe sur le consommateur de l’ordre de 50% ! Et l’équivalent d’une subvention au producteur de 100% ! Ces chiffres proviennent de l’OCDE et sont relativement connus.

Ce qui est moins connu est que le niveau de protection de l’industrie manufacturière est en fait presque aussi haut. Une étude en particulier, celle de Scott Bradford, se reposant sur les données de l’OCDE en matière de prix pour comparer les parités de pouvoirs d’achat, montre que la protection moyenne (l’équivalent moyen en droits de douane) dans l’industrie est de 40%. Ce chiffre est exceptionnellement élevé.

L’explication en est l’utilisation de protection tarifaire « anti-dumping » et de menace de telle protection tarifaire. En effet, une firme chinoise qui désire exporter son produit vers l’Europe en proposant des prix très bas reçoit immédiatement une « menace » de la part de l’Europe consistant à la forcer à proposer un prix plus élevé pour avoir le droit de vendre en Europe. Ce type de protection est en fait invisible pour le consommateur. Donc entre les droits « anti-dumping » et la menace de l’établissement de tels droits, ainsi que d’autres « accords », les prix sont supérieurs de 40% à ce qu’ils devraient être.

En ce qui concerne les services, la déréglementation promise par le marché commun est loin d’être en place, en dehors du trafic aérien sans doute. Le Royaume-Uni et l’Irlande sont intégrés au marché atlantique de ce point de vue. Il y a donc des parties de l’Europe qui sont dans la concurrence mondiale, notamment dans les services financiers. En dehors de ces choix de libre  échange  dans  ces pays, on trouve des niveaux très élevés de protection. Des études de l’OCDE montrent que les niveaux de protection en matière de services varient au niveau national en Europe. L’Union Européenne n’a donc pas eu d’impact dans le domaine des services.

En matière de fiscalité, l’absence de pouvoir de l’Union Européenne a mené à une grande variété de taux, de la Slovaquie avec une flat tax de 19% sur les revenus, jusqu’aux pays scandinaves avec des taux très élevés, en passant par le Royaume-Uni avec un taux marginal à 40%. Il y a donc une concurrence en matière fiscale mais une harmonisation en matière de protection. Dans le domaine des services nous avons une UE qui a le pouvoir de créer la concurrence mais qui n’en a rien fait jusqu’ici.

 

La conclusion britannique

 

Au Royaume-Uni nous pensons qu’il ne faut surtout pas donner plus de pouvoirs centralisateurs à l’Union Européenne, bien au contraire. En donnant trop de pouvoirs à l’Union Européenne, cette dernière a créé une Europe forteresse qui n’a aucun intérêt à déréglementer et instaurer la concurrence. La conclusion pour nous est de rapatrier les pouvoirs.

Les coûts de la protection au Royaume-Uni sont estimés à 3% du revenu national, c’est à dire 60 milliards de dollars par an, ce qui est colossal. En utilisant ses pouvoirs en matière de services, l’Union Européenne risque d’accroître la protection au Royaume-Uni (qui est pour le moment très concurrentielle) et de réglementer la City de Londres. Cela serait très dangereux.

Nous sommes aussi inquiets parce que le coût de la protection est élevé dans l’industrie. Nous importons par exemple énormément de la Chine. Or, l’Union Européenne a récemment établi que certaines importations textiles de la Chine n’étaient pas équitables, du fait d’un lobbying intense de la part du Portugal, de l’Italie. Ca a été la « guerre des soutiens-gorge » : Marks & Spencer’s voulait des soutiens-gorge chinois et non pas italiens !

Nous débattons donc en ce moment au Royaume-Uni pour rapatrier ces pouvoirs et établir nos propres politiques commerciales. Nous avons été ravis que la constitution ait été un échec. Beaucoup de Britanniques se sentent floués par le projet européen : en lieu et place de libre échange et de concurrence nous avons une Europe forteresse et nous voulons nous en retirer.


 

 

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