POURQUOI LE RETOUR VERS LE SOCIALISME ?

 Elena Leontieva dirige le Lithuanian Free Market Institute depuis une quinzaine d’année à Vilnius. Le travail de recherche économique et sa diffusion ont permis d’aboutir à de nombreuses réformes économiques en Lituanie, notamment en matière bancaire.

Je suis le « plombier polonais » de cette université d’été ! Mon avantage comparatif est que j’ai vécu sous le joug d’un empire collectiviste et que j’ai pu d’autant mieux apprécier la liberté depuis 1989, pour en faire même mon métier qui est de véhiculer la pensée libérale. Depuis 1989 cependant, j’ai pu craindre que mon pays ne tombe à nouveau sous la férule socialiste.

Il ne faut sans doute pas oublier que la paix est le résultat le plus important de l’UE. Cependant il y a aussi de nombreuses tensions, par exemple en matière de politiques de migration ou en matière de négociations pour l’harmonisation ou la redistribution. Ceci me rappelle ma jeunesse lorsque nous vivions à cinq familles dans la même maison : c’était une source de tensions car nous étions trop « prêts » les uns des autres, et devions partager « trop » de choses. Nos relations sont devenues bien meilleures lorsque chaque famille a pu habiter seule ! C’est la même chose en Europe aujourd’hui.

Après 1990 nous avions le rêve de vivre dans un ordre marchand. Nous avons alors construit de nouvelles règles, de nouvelles institutions. Malheureusement l’harmonisation de l’Union Européenne a influencé la mise en place de ces nouvelles règles du jeu, nous forçant à nous aligner, avec par exemple 8000 pages d’« acquis communautaires ». Par contre, il nous restait de nombreuses règles très peu transparentes, qui induisent de la corruption, et nous nous attendions à ce que l’influence communautaire les supprime : mais pas du tout !

De la même manière, les gens attendaient beaucoup de l’agenda de Lisbonne. Nous pensions qu’accroître la compétitivité des pays européens était un point crucial. Laissez-moi donc citer quelques bonnes intentions : « L’on s’attend à ce qu’en une décennie l’Union européenne devienne l’économie fondée sur la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable de croissance durable avec plus d’emplois et de meilleure qualité, et plus de cohésion  sociale ». Inutile de mentionner que l’agenda est une contradiction dans les termes. Le langage est ici perverti, exactement comme il l’était sous le régime soviétique.

 

Pourquoi être critique des institutions européennes de redistribution ? Après tout, les subventions versées par l’UE paraissent être une bonne chose pour les nouveaux pays entrants. C’est parce que l’impact économique mais aussi moral de l’obtention de ces transferts de redistribution est énorme sur ces nouvelles économies. L’impact négatif moral est sans doute le plus important. Après 1990 on ne pensait qu’à se débarrasser des subventions, on aspirait à la liberté et à l’autonomie ; aujourd’hui on ne pense qu’à leur courir après.

Beaucoup de gens soutiennent que cet argent nous permet de nous développer mais ne serait-il pas plus simple de supprimer toutes les réglementations qui empêchent les investisseurs de venir s’implanter chez nous et à nous aider directement à nous développer ? A commencer par le salaire minimum ? Car en effet, les investisseurs sont prêts à investir dans la capitale mais certainement pas dans les zones reculées. Les réglementations elles-mêmes empêchent donc les régions de provinces reculées de se développer.

De plus, il faut voir ce qui a été fait de ces fonds ! Dans mon pays, il était clair qu’une « allocation juste des ressources » serait une chimère, et que c’est surtout la corruption qui allait présidait au partage. Le nombre de gens entrant en politique pour mettre la main sur l’argent de l’Union Européenne a évidemment explosé, et ils forment aujourd’hui notre gouvernement ! Nous avons pu cependant engager des poursuites judiciaires à l’encontre d’un certain nombre d’entre eux, pour des pourcentages qu’ils auraient touchés sur les transferts de fonds européens.

Je me demandais s’il n’était pas possible de rester un partenaire économique de l’UE, avec des accords de libre échange, au même titre que la Suisse ou le Liechtenstein, mais ne surtout pas entrer dans le jeu dangereux de la redistribution et de la bureaucratie européennes. Mais le processus était irrésistible. Je me dois cependant de mentionner que « l’argent de l’UE » était la dernière raison pour laquelle les gens de bonne foi ont voté en faveur du projet de rejoindre l’UE. Cette addiction au socialisme et à la redistribution doit nous tenir en alerte. Même des gens qui ne supportaient plus la férule socialiste d’avant 1989 se sont en définitive tourné à nouveau vers le socialisme de l’Union Européenne.

L’économie de mon pays croît à un taux de 8 % par an. Les prix de l’immobilier et du travail augmentent. Nous avons beaucoup de migration et un chômage de 3%. Il y a eu beaucoup de faillites dans le processus d’ajustement, mais les résultats sont là.

L’agenda de Lisbonne reflétait correctement les « intuitions » des gens sur ce qu’il y a à faire, mais il ne s’est pas traduit par des politiques rationnelles. Le verrouillage bureaucratique européen a empêché le progrès dans la bonne direction.

 

 

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