LES FAUX PRIX DU MARCHE DU TRAVAIL

George LANE enseigne l'économie à l'Université PARIS DAUPHINE. Il nous expose ici dans quelle mesure la concurrence sur le marché du travail est faussée par les cotisations obligatoires.

Il existe sans doute une dénominateur commun aux pays de l’UE : celui de l'ignorance entretenue à propos du prix du travail. Or, ceci génère une répression originale de la concurrence. Le marché du travail européen est le fruit de trois arbres :

- celui du droit positif en augmentation permanente

- celui de la théorie : la théorie néoclassique du marché du travail avec processus d’ajustement entre offre et demande vers un prix d’équilibre et dans laquelle le chômage n’est pas pris en considération. La théorie keynésienne et néo-keynésienne critique cette première analyse est mauvaise car il n’existerait pas d’offre sur le marché du travail, juste une demande de travail de la part des employeurs, sur la base de l’égalité du salaire et de la productivité marginale du travail. L’analyse socialo-marxiste de son côté consiste à dire que le travail n’est pas une marchandise.

Laissons de côté ces analyses pour nous tourner vers l’analyse d’école autrichienne pour qui le marché du travail n’est rien d’autre qu’un processus de marché parmi d’autres dont le moteur est cette réduction de l’ignorance des individus. L’originalité de cette école de pensée « autrichienne » est qu’elle peut remonter au Français Bastiat ou à l’Italien Pareto. Les trois autres théories reposent sur l’hypothèse de la certitude et débouchent alors sur de faux concepts.

Le marché du travail européen se trouve justement être analysé par les politiques ou les autres économistes sur la base ce des trois théories qui ne nous satisfont pas. La conséquence est une approche statistique qui consiste à chercher des données sur cette disparité, cette segmentation du marché du travail. C’est ainsi qu’est invoqué l’argument du « dumping social » sous prétexte que le prix du travail est inférieur dans certains pays par rapport à d’autres.

Or, l’aspect « réduction de l’ignorance » est alors mis de côté. Il y a une homogénéité cachée du marché du travail, derrière

En fait il n’existe pas un prix du travail connu. Il existe en pratique trois prix du travail, quelque soit le pays où l’on se trouve. Le premier, le vrai prix du travail, est celui qui amène le dirigeant d’entreprise à embaucher sur la base de la productivité marginale de l’employé. Ce vrai prix du travail est ignoré, sauf des employeurs, d’abord à cause des systèmes de protection sociale.

Le prix qui va être connu plus ou moins de l’employé c’est ce que l’on appelle le salaire brut. Quelle différence existe-t-il entre le vrai prix du travail et le salaire brut ? Les cotisations sociales obligatoires employeur, à la charge certes des employeurs, mais aussi des employés. Mais ces derniers l’ignorent. Et les médias font tout pour établir une distinction entre les cotisations obligatoires employeur et ce qu’on appelle les cotisations sociales obligatoires employé. Le salaire brut est dans le meilleur des cas égal au vrai prix du travail quand il n’existe pas cette cotisation employeur.Et dans le pire des cas, comme par exemple le système français, il y a un salaire brut inférieur au vrai prix du travail.

Dans le cadre européen, le plus bas salaire brut annuel moyen des industries manufacturières et des services selon l’INSEE est celui de la Bulgarie (1635 € annuels). Le plus élevé c’est le Danemark (44.682 €). En France : 28.642 €, soit en onzième position. La moyenne des pays européens (Europe des quinze) : 31.188 €. Autrement dit le salaire brut en France est inférieur à la moyenne des pays de l’Europe des Quinze.

Mais qu’en est-il des cotisations sociale obligatoires employeurs (en pourcentage du salaire brut) ? On observe que le taux de cotisation sociale employeur est à Malte (8,2%). Le taux les plus élevé est en Suède (44,5%). La France se trouve à 41,4 %, à la troisième position après l’Italie. La moyenne des Quinze est à 28,4 %.

Ceci signifie qu’en France le salaire brut est inférieur au salaire brut moyen de l’Europe des Quinze mais que le taux de cotisations obligatoires sociales employeur se y trouve être supérieur de 16 points par rapport au taux moyen européen.

Peu importe ces disparités. Le point important est que personne ne sait cela ! On ne peut pas comprendre les décisions des employeurs, ni le processus du marché du travail.

Le troisième prix du travail est le seul connu des salariés, soit le net payé », c'est-à-dire le salaire brut diminué des cotisations sociales obligatoires employé. Entre le vrai prix du travail est ce que nous connaissons en tant qu’employé, il y a une sous-estimation de la valeur que l’employeur donne à notre travail ; et une sous-estimation à deux composantes que tout employé devrait connaître et surtout additionner (puisque c’est lui qui paie) : les cotisations sociales obligatoires employeur et les cotisation sociales obligatoires employé.

Et dès l’instant qu’il va y avoir une augmentation des cotisations sociales obligatoires employeurs, imposée aux employeurs, que va-t-il se passer ? L’employeur continuera à faire valoir l’égalité du prix du travail à la productivité. Une augmentation des cotisations sociales obligatoires employeur induit donc une augmentation du vrai prix du travail. L’employeur ne peut alors que licencier ou délocaliser, soit implanter une filiale dans un pays où le prix du travail se trouve inférieur à celui du pays où lui se trouve.

Il y a une distinction entre les travailleurs à forte et ceux à faible productivité. Il y a alors des pays où le pays du travail est « jugé trop » bas (pour des raisons d’organisation économique et sociale) et d’autres, trop élevé.

Cela étant, cette situation ne tombe pas du ciel. Elle est tout à fait maîtrisée par le législateur, mais surtout par les leaders syndicaux qui mettent l’accent sur le salaire brut et qui, dans le cadre des prétendues négociations salariales, font croire aux employés que le salaire brut est effectivement la valeur de leur travail. Et ils ont le culot d’évoquer le pouvoir d’achat du salaire brut. Mais d’un point de vue économique digne de ce nom, le pouvoir d’achat est nul et non avenu. C’est le pouvoir d’achat de la productivité du travail qui est important, mais que personne ne connaît. Les syndicats dupent les employés sur l’importance du salaire brut et en mâtinant ce salaire brut des cotisations sociales obligatoires employeur. Et ils vont dire qu’ils ont établi un dialogue social avec certains dirigeants d’entreprise.

Dans ce marché du travail détruit, nous avons trop protagonistes : le législateur via les parlementaires, les syndicats prétendument représentatifs, et un certain nombre de dirigeants d’entreprise qui trouve ça bien et qui vont négocier sur les cotisations employeurs et sur les cotisations employés. En d’autres termes, il existe un marché du travail européen, il y a une concurrence sur ce marché du travail européen, mais qu’il n’y a pas de dumping sur ce marché du travail européen, mais cette concurrence est entravée et le principal résultat de cette entrave ce n’est pas le chômage mais plutôt la non évolution du marché du travail.

 

 

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