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FAIRE RESPECTER LES DISCIPLINES DU MARCHÉ
Au cours de la journée du mercredi 8 Septembre,
troisième journée de la XXII° Université d'Eté
de la Nouvelle Economie, la pensée économique de Hayek était
approfondie par divers intervenants.
Voici un texte de Pascal SALIN qui donne une synthèse
claire et précise de la conception hayekienne de la concurrence
(et du monopole).
Pascal SALIN ancien président de la Société
du Mont Pélerin (il a succédé à Gary BECKER)
est Professeur à l'Université de Paris-Dauphine.
Pascal SALIN - LA CONCURRENCE DANS L’OPTIQUE AUTRICHIENNE
La théorie dominante à notre époque
est la théorie de la concurrence pure et parfaite. La concurrence
pure et parfaite se définit par un certain nombre de critères
qui varient éventuellement selon les auteurs, mais fondamentalement
ce que tous retiennent c’est qu’il y a concurrence pure et parfaite lorsqu’il
y a un grand nombre de producteurs, que l’information est parfaite et,
parfois, on trouve l’idée que l’on doit avoir la liberté
d’entrée sur le marché. Cette dernière condition
est considérée comme secondaire alors qu’elle est la seule
qui mérite attention. Il en est ainsi compte tenu de la manière
de penser de ceux qui défendent la théorie de la concurrence
pure et parfaite.
En effet ce qui les préoccupe implicitement est
l’idée qu’il y aurait des risques de pouvoir excessif de certains
producteurs lorsqu’il n’y a pas concurrence. Cette obsession du pouvoir
est assez ambiguë tout au moins du point de vue du mot, car le fait
d’avoir un pouvoir de marché n’empêche pas que, de toutes
façons, on soit dépendant de ceux qui sont acheteurs. Autrement
dit, le pouvoir est inexistant lorsqu’il y a liberté contractuelle,
liberté d’entrée sur le marché. Il n’y a pouvoir
que lorsqu’il y a coercition. Mais je crois qu’il est grave qu’à
notre époque on mélange deux sens totalement différents
du mot pouvoir.
On peut aussi souligner que, dans cette approche traditionnelle,
la définition de la concurrence se fait à partir des résultats
supposés, autrement dit, la situation d’un grand nombre de producteurs.
Dans l’approche autrichienne, ce qui est important est le processus,
quelque soit le résultat.
Cette théorie s’accompagne également de
l’idée que lorsqu’il y a concurrence pure et parfaite on attend
un optimum qui est l’optimum de Pareto - on ne peut pas changer la situation
d’un individu sans porter tort à la situation d’un autre. Il y
a aussi une déviation du terme parce que le mot " optimum "
doit être réservé purement et simplement au comportement
et aux décisions individuels. L’idée d’un optimum social
est une chose dénuée de sens. Nous savons, particulièrement
si l'on a été nourri de science économique autrichienne,
que l'information parfaite n'existe pas et que, de fait, la réalité
est toujours différente du modèle. Les conditions ne sont
jamais réunies pour qu'il y ait concurrence pure et parfaire. En
conséquence, on est obligé de décider de manière
parfaitement arbitraire si dans telle ou telle situation concrète
il y a ou non concurrence, selon qu’on apprécie qu’il y a une information
plus ou moins parfaite, qu’il y a un plus ou moins grand nombre de participants
au marché etc.
Un des paradoxes de cette théorie traditionnelle
est que finalement alors qu'elle est considérée comme extrêmement
scientifique dans le sens où elle est rigoureuse, qu’elle a des
bases mathématiques ou graphiques, elle aboutit à faire
appel tout simplement aux jugements arbitraires des uns et des autres
et c’est un modèle qui n’est pas explicatif de la réalité.
La théorie de la concurrence pure et parfaite est un jeu intellectuel,
ce n’est pas de l’économie.
Dans l’utilisation pratique de la théorie, on
tire l’idée que la réalité doit se rapprocher de
la théorie. Puisque bien évidemment la réalité
n’est jamais semblable à la théorie, au lieu de changer
la théorie - ce que l’on fait en général - on essaie
de forcer la réalité à entrer dans le moule de ce
modèle parfaitement formel.
Un bon exemple est la législation antitrust, qui
conduit à une situation ambiguë sur le plan politique. Les
interventionnistes disent qu’ils sont en faveur de la concurrence et de
la liberté économique mais que les conditions de la liberté
économique ne sont pas toujours réunies : il faut qu’ils
interviennent pour imposer la concurrence. A mon avis il faut éliminer
cette théorie de la concurrence pure et parfaire parce qu’elle
conduit à un interventionnisme sans limites.
Le pendant traditionnel de la théorie de la concurrence
pure et parfaite est évidemment la théorie du monopole qui
consiste à dire que, lorsqu’il y a un seul producteur sur un marché,
l’offre est raréfiée et le producteur obtient un super-profit.
L’idée du super-profit est absurde a priori car on ne peut pas
parler de super-profit que par rapport à une situation de référence
qui par hypothèse est inexistante, puisque précisément
les conditions du marché sont telles qu’il n’y a pas un grand nombre
de producteurs. Là encore nous sommes dans la fantaisie.
On demande à la théorie de la concurrence
pure et parfaite que, à plus ou moins long terme, tous les producteurs
convergent vers une même position, qu'ils adoptent tous les mêmes
techniques de production. Le résultat est que le profit est nul.
Pourquoi la théorie de la concurrence pure et
parfaite et la théorie du monopole sont fausses ?
La théorie de la concurrence pure et parfaite
s’inspire d'une vision purement mécaniciste et technologique ;
on considère que la connaissance existe et que les entrepreneurs
n’ont qu’à apprendre cette connaissance d'une manière optimale
du point de vue technique.
Elle évacue ce qui est essentiel dans la vie économique,
dans la vie humaine en général, qui est précisément
la dimension temporelle et l’existence de l’incertitude. Nous savons bien
qu’il y a de ce point de vue un personnage important qui est l’entrepreneur.
L’entrepreneur est quelqu’un qui prend le risque en charge. Le profit
est uniquement une rémunération résiduelle lorsqu’on
a honoré tout le contrat de l’entreprise.
Nous sommes tous des entrepreneurs, nous sommes entrepreneurs
de notre vie, nous faisons des paris sur le futur dans une situation qui
est radicalement une situation d’incertitude. La théorie traditionnelle
oublie totalement cette dimension majeure, celle qui nous permet de comprendre
le fonctionnement véritable des économies telles qu'elles
existent.
La vision traditionnelle nous conduit aussi à
considérer les entrepreneurs comme des gens qui se chargent de
réaliser l’allocation optimale des facteurs des production, sur
demande du centre planificateur. J’ai souvent l’impression que la théorie
de la concurrence pure et parfaite est en fait la théorie de la
planification centralisée : tous les producteurs convergent vers
la même situation, ils adoptent les mêmes techniques de production,
ils essaient d'être semblables.
Le grand mérite de la concurrence est au contraire
de laisser les producteurs se différencier, avoir de meilleurs
produits, moins chers etc.
Nous devons définir la concurrence purement et
simplement comme le fait qu’il existe la liberté d’entrée
sur le marché. Hayek définissait la concurrence comme un
processus de découverte, un processus d’apprentissage où
chacun crée sa propre connaissance et essaie de créer quelque
chose de nouveau.
Il ne faut pas oublier qu’il est insuffisant de s’intéresser
à la concurrence : nous pouvons avoir liberté d’entrée
sur le marché entre des producteurs qui ne sont pas libres. Si
par exemple nous avons un système fiscal qui confisque la totalité
du produit de l’activité humaine, il est bien évident que
les processus de découverte ne fonctionnent plus car plus personne
n’a intérêt à entrer sur le marché puisqu’il
sait que tous les efforts qu’il fera seront confisqués.
La théorie traditionnelle du monopole constitue
une théorie qui est formellement exacte, mais à condition
de l’appliquer à un autre contexte que celui qu’on utilise habituellement.
Il faut en premier lieu se demander s’il y a un pouvoir de coercition.
Lorsqu’il y a un privilège d’origine étatique qui interdit
l’entrée sur un marché, à ce moment là il
y a une situation de pouvoir. Les seuls monopoles sont les entreprises
qui bénéficient d’un privilège d’origine étatique,
qu’elles soient privées ou publiques. A ce moment-là on
peut exploiter effectivement le consommateur en raréfiant le marché.
C’est ce que l’Etat fait continuellement avec la protection douanière
: par son pouvoir de coercition, il raréfie la quantité
des biens importés et par conséquent il tire un profit de
monopole.
On parle aussi des fameux monopoles naturels : les situations
ou les techniques sont telles qu’on ne peut produire qu’à une grande
échelle pour avoir un niveau de production optimal. Si on ne peut
avoir qu’un seul producteur sur le marché, il y a le risque d’exploitation
de consommateur.
Cette théorie du monopole naturel est une pseudo-théorie,
une théorie alibi qui est extrêmement dangereuse. Elle procède
de cette vision technologique que j’ai critiquée tout à
l’heure. Dire qu’il y a monopole naturel c’est prétendre qu’il
y a une technique et UNE SEULE pour produire un bien.
Le problème majeur n’est pas un problème
technique - les techniques sont découvertes par des êtres
humains qui sont incités à le faire. Le problème
que nous devons nous poser est plutôt celui-ci : quelles sont les
structures de marché qui permettent la création de nouvelles
connaissances ?
Autrement dit, si à un moment donné du
temps on a le sentiment qu’il y a un monopole naturel parce que, à
ce moment-là, la technique la meilleure est celle qui nécessite
une unité de production de très grande dimension, nous ne
savons pas dans quelle mesure d’autres techniques ne seront pas possibles
dans l'avenir. Pour l’électricité par exemple, on a cru
pendant longtemps qu’on avait besoin d'unités de plus en plus grandes,
de l’énergie nucléaire. Depuis que la liberté est
intervenue sur le marché on s’aperçoit que de petites unités
sont tout aussi concurrentielles. Le problème majeur est la création
de la connaissance.
Je voudrais terminer mon exposé sur la concurrence
par le problème du cartel, parce que le cartel est une mauvaise
expression. On croit en général que le cartel est fait pour
exploiter le consommateur, qu'il se crée lorsque plusieurs producteurs
s’entendent et essaient de produire le même bien et par conséquent
créent une situation de monopole.
Pour ma part j’ai une vue tout à fait différente
: le cartel répond à un besoin du marché, qui nait
spontanément dans les cas où il y a liberté d’entrée.
En effet la concurrence conduit à la différenciation
mais se pose le problème du degré optimum de différenciation
compte tenu des besoins des utilisateurs. Il existe certains biens (par
exemple la monnaie, les télécommunications etc.) pour lesquels
il y a au contraire un besoin d’homogénéisation. Le cas
de la monnaie est tout à fait clair : les travaux sur la banque
libre montrent que dans certains systèmes de la banque libre, par
exemple au XVIIIème siècle, nous avons un grand nombre de
producteurs différents mais tous produisaient la même monnaie
parce qu'il y avait une demande pour un bien homogène. S’il y avait
un nombre infini de monnaies dans le monde, la monnaie ne jouerait pas
son rôle. Comme il est évident que nous ne pouvons pas avoir
dans le monde un grand nombre de systèmes de télécommunications
ou de standards informatiques.
La réponse optimale n’est certainement pas le
monopole. Le cartel est une réponse bien supérieure car
il implique un grand nombre de producteurs, chacun ayant ses propres stratégies
de recherche de connaissances. Par conséquent, si de nouvelles
techniques apparaissent, le cartel peut éclater.
Le cartel répond à ce besoin d’homogénéisation
tout en assureant une coordination et parfois même une coopération.
A ce titre, il doit être réhabilité dans la mesure
où la liberté d’entrée est respectée.
Ainsi l'école autrichienne nous propose-t-elle
une vue plus réaliste et plus opérationnelle de la concurrence,
du monopole et des cartels. On devrait la prendre en compte notamment
dans le "droit de la concurrence", car pour l'instant textes et juges
sont imprégnés de la théorie traditionnelle et débouchent
sur des comportements et des solutions contraires au dynamisme économique
voire à la justice.
Le 14 Mars est un mercredi. C'est aussi la date de l'Assemblée
Générale de l'ALEPS dont le lieu et le déroulement
vous seront précisés dès la semaine prochaine.
PREFETS OU GOUVERNEURS ?
" Je veux que les Français datent leur bonheur
du jour de l'instauration des préfets". Ainsi s'exprimait Napoléon
au moment où il faisait cadeau à son peuple de ce bonheur,
il y a deux cents ans.Cette seamine, Jacques CHIRAC a rendu hommage à
ce corps préfectoral dont on fêtait le bicentenaire.
Que ne devons-nous pas en effet aux préfets ?
La préfectorale nous a légué deux Présidents
de la République, Sadi Carnot et Deschanel, l'un assassiné
l'autre dément. Elle nous a valu des innovations majeures, avec
Poubelle et Lépine, de la poésie avec le sous-préfet
aux champs d'Alphonse Daudet, Quelques martyrs aussi : Jean Moulin, Claude
Erignac. Puis enfin quelques traitres authentiques. Des hommes comme les
autres, tous comptes faits.
Ce ne sont pas les hommes, mais c'est l'institution qui
pose des problèmes aux libéraux.
Car, avec l'instauration des préfets, l'Etat Français
a atteint le niveau de centralisme le plus élevé possible,
le dernier avant le totalitarisme. La monarchie réputée
"absolue" avant 1789 n'a jamais pu avoir un tel réseau de serviteurs
intelligents, zélés, inconditionnels du pouvoir en place.
Sous l'Ancien Régime les contre-poids locaux étaient considérables,
à commencer par les Parlements de province, toujours en rébellion
contre le pouvoir royal. Seul Louis XIV, pour une brève période,
avait pu réduire au silence une opposition dont il avait mesuré
tout jeune les méfaits avec la Fronde. Mais avec la Régence
le pouvoir de Versailles ne cessera de diminuer, accompagné de
la débâcle des finances publiques, des débordements
et scandales de la Cour, de la faillite du système de Law, etc.
Depuis Napoléon, les préfets vont servir
aveuglément tous les régimes, y compris les pires. Papon
et quelques autres ont été de "bons préfets" : on
ne leur demandait pas d'avoir la garde de la morale et du droit. Le devoir
moral est la raison d'Etat, dont on sait depuis MACHIAVEL qu'elle peut
et doit s'affranchir des règles que tous les sujets du Prince doivent
respecter. Quant au droit, c'est le droit administratif, une caricature
de législation arbitraire qui soustrait la puissance publique au
juge et aux obligations de droit commun. Ainsi l'existence du corps préfectoral
est-elle un défi à l'état de droit.
L'évolution des missions des préfets depuis
deux siècles a changé leur domaine, mais pas leur principe.
Au départ, les préfets avaient surtout pour rôle de
veiller à la "bonne politique" dans chaque département,
la politique conforme aux décrets du pouvoir central. Jusqu'à
la Troisième République, il existe des candidats "officiels"
dans les élections : les préfets doivent assurer leur succès.
Il faut attendre la V° République pour que le poids politique local
du préfet soit sensiblement allégé. Mais en même
temps le préfet va se voir investi d'une tâche économique
et sociale considérable : l'Etat est devenu l'Etat Providence,
nous aurons désormais des Préfets-Providence.
Geste symbolique : la première initiative de Jacques
CHIRAC dans la lutte contre le chômage sera de réunir les
préfets. Le Président, sans le savoir sans doute, reprenait
une pratique instaurée par René BEULIN, ministre du travail
du Maréchal PETAIN, ancien socialiste venu à Vichy dans
le train des doriotistes. Que ne demanderait-on pas aux Préfets
? Les voici investis de l'aménagement du territoire, les voici
chefs des services départementaux d'une vingtaine de ministères,
depuis l'Equipement jusqu'à la Culture en passant par les transports,
la santé publique et l'aide sociale. Enfin, avec la loi DEFFERRE,
ils sont les partenaires des Conseils Régionaux et de leurs Présidents,
puisqu'entre temps certains d'entre eux sont devenus IGAME, puis plus
tard "préfets de région".
La loi DEFFERRE leur a cependant enlevé la maîtrise
du Conseil Général. Le résultat sera de juxtaposer
au niveau du département deux structures administratives, celle
du Conseil Général et celle de la Préfecture : gaspillage
et confusion.
La France est un des rares pays au monde à avoir
instauré ce système d'administration centrale délocalisée
(on dit de "déconcentration"). La déconcentration est évidemment
le contraire de la décentralisation, elle prive les citoyens de
tout contrôle, elle n'a pour but que de renforcer l'emprise du pouvoir
central sur les citoyens. La démocratie locale est réduite
à son minimum, les compétences financières, législatives
et culturelles locales n'existent pas.
Au XIX° siècle, Alexis de Tocqueville faisait
facilement la comparaison avec les Etats Unis. Il admirait cz que nous
appellerions aujourd'hui le "principe de subsidiarité" . Les Américains
essayent de régler leurs problèmes dans le cadre de la société
civile, ce n'est qu'à défaut qu'ils recourent à la
société politique. Et, au sein de la société
politique, ils se tournent d'abord vers les pouvoirs locaux, puis éventuellement
vers l'Etat fédéré, puis en dernier ressort vers
le pouvoir fédéral de Washington. C'est un schéma
qui garantit l'indépendance et la démocratie.Ici, il n'y
a pas de préfet, il y a des gouverneurs, soumis à réélection,
rendant des comptes sans cesse à l'opinion publique, maîtres
du budget de leur Etat (et notamment des taxes à la consommation),
veillant à la conservation des particularismes juridiques de leur
Etat (en matière pénale, environnementale, sociale, économique).
La construction politique européenne, mais plus
sûrement encore la vie économique et sociale de l'Europe,
feront sûrement disparaître les départements. Il serait
souhaitable que les préfets disparaissent avec eux. Les Européens,
et singulièrement les Français, pourraient retrouver la
plupart des franchises et de l'indépendance locales, perdues avec
la centralisation et l'Etat Providence. C'est en tout cas un grand projet
libéral pour l'Europe et la France.
Jacques GARELLO
PEUT-ON REGLER LE MARCHE ?
Le gouvernement JOSPIN se propose de présenter
au Parlement un ensemble de textes tendant à "régler le
marché". Le détail de ces textes fera l'objet de communications
dans les prochaines Lettres, au fur et à mesure que le débat
se poursuivra et s'infléchira à l'Assemblée et au
Sénat. Ce qui peut être discuté dès maintenant,
c'est le principe-même de la régulation. Pourquoi réguler
? Les déséquilibres économiques actuels ne doivent
rien au marché, et tout à l'Etat, il peut donc paraître
paradoxal de confier au pyromane le soin d'éteondre le feu. Comment
réguler ? Les pompiers sont certainement mal équipés,
et jetteront de l'huile sur le feu au lieu de le calmer. Tout cela est
bien connu depuis les années trente au moins, mais il n'est pas
inutile de le rappeler.
LE MARCHE SE DEREGLE-T-IL TOUT SEUL ?
C'est une sorte de question préalable. Elle a
agité les économistes tout au long du XIX° siècle,
et ne semble pas encore tranchée aujourd'hui.
D'un côté les "pessimistes", amenés par MALTHUS, suivis
par Ricardo, Marx et Keynes, soutiennent qu'une économie de marché
ne peut éviter de traverser régulièrement des "crises".
Crises de surproduction, crises de sous-consommation, de sous-consommation
ouvrière, de sur-épargne ou de sous-investissement des entrepreneurs,
tout cela converge vers une conclusion commune: le marché et le
capitalisme sont porteurs de déséquilibres inéluctables.
Mais tandis que les uns poussaient le pessimisme jusqu'à dire qu'il
n'y a rien à faire sinon attendre que cela se passe (Malthus, Ricardo),
d'autres estimaient qu'il y avait une solution, qui passe par l'Etat (Keynes)
ou par l'abandon du marché (Marx).
De l'autre côté, nous avons les "optimistes"
comme Adam Smith, père fondateur de la science économique,
et deux Français:Jean Baptiste SAY et Frédéric BASTIAT.
Avec sa "loi des débouchés", SAY a démontré
l'impossibilité d'une crise durable et généralisée,
ce qui n'exclut pas des difficultés dues aux inadaptations provisoires
de l'offre au marché, de la production aux besoins du consommateur.
Une raison pour laisser plus de liberté aux entrepreneurs, dont
la mission est précisément de réduire les déséquilibres
qui peuvent se produire à tout moment. Ainsi le marché s'accommpagne-t-il
de changements, de remises en cause, donc de difficultés permanentes,
mais par de crise majeure et apocalyptique. Les conclusions des économistes
rejoignaient ainsi celles des philosophes de la liberté, qui croyaient
à l'aptitude des êtres humains à s'auto-organiser
sans avoir besoin de recourir à un ordre social créé
de toutes pièces et dirigé par un pouvoir central.
QUI A CASSE LE VASE DE SOISSONS ?
Il n'en demeure pas moins que les crises ont existé,
et existent. Cela ne donne-t-il pas raison aux pessimistes ?
En réalité, aucun pays n'a jamais vécu
dans un système de marché libre et responsable. On a connu
des marchés contrôlés par l'Etat, avec le dirigisme,
le planisme, etc. On a connu des marchés irresponsables, soumis
à la loi de la jungle qui consacre la victoire des maffias (comme
actuellement en Russie, et dans tous les pays où la dictature a
disparu (approximativement) mais où la corruption continue à
sévir
Le Français Coquelin avait pu démontrer
que les "crises" en Europe et en Amérique au XIX° siècle
ne devaient rien ni à l'industrie ni au capitalisme, mais s'expliquaient
par les erreurs des banques publiques, centrales ou autres. Au XX° siècle
on sait que la Grande Dépression a été causé
par les manipulations monétaires et financières de Hoover
et Roosevelt. Plus près de nous la crise de 1997 en Asie, au Brésil
et en Russie a été due à l'incurie et la malversation
des banquiers proches du pouvoir, encouragés par le Fonds Monétaire
International.Parallèlement on sait que le chômage et l'inflation
sont des fléaux dus uniquement aux décisions gouvernementales
en matière de budget et de monnaie.
Les crises sont
donc l'apanage de la société d'économie mixte, de
l'Etat Providence et du socialisme,
et le meilleur moyen de
les prévenir est de réduire
l'Etat: on retourne à la loi de Say.
L'IMPOSSIBLE REGULATION
Au demeurant, quand les hommes de l'Etat ont voulu régler
l'économie, ils ont été dans l'impossibilité
technique de le faire. Pour deux séries de raisons :
- il faut d'abord compter avec la différence de
rythme de la vie économique et de la vie politique. Celle-ci est
jalonnée par les échéances électorales, et
se situent dans le court terme. Celle-là a des modes de fonctionnement
autonomes, ni saisonniers ni réguliers. La conjoncture est tellement
volatile et incertaine que nul gouvernement ne saurait l'observer, l'analyser
et l'infléchir dans des délais suffisamment efficaces :
l'impossibilité d'une "politique conjoncturelle a aété
démontére par Miton FRIEDMAN (théiorie des "lags").
- il faut surtout compter avec l'impossibilité
pour les gouvernants de réunir et d'interprêter l'information
nécessaire à la bonne prise de décision. La vie économique
est marquée par l'incertitude radicale. L'information nécessaire
n'est ni connue, ni même susceptible d'être imaginée
par quiconque. Les bribes d'information dont on dispose peuvent être
captées au niveau décentralisé par des gens qui ont
intérêt direct à faire cette recherche (les entrepreneurs)
mais ne sauraient être obtenues par des administrateurs, fussent-ils
préfets. Vouloir régler le marché, c'est vouloir
fausser un système de découverte permanente, de recherche
assidue et responsable de solutions nouvelles. Ludwig von MISES et Friedrich
HAYEK l'avaient démontré dès 1930, et ils annonçaient
la disparition inéluctable du plan en même temps qu'ils réclamaient
la libération complète des marchés. Libération
oui, régulation non.
LES OIES SE LAISSENT PLUMER
Les oies, ce sont les Français. Tels du moins
que les voyait COLBERT qui expliquait au roi Louis XIV qu'on peut facilement
plumer ces bestioles, à condition qu'elles ne s'en aperçoivent
pas.
Le magazine américain "FORBES " dans son numéro
du 10 Février, reprend les conclusions d'un cabinet d'études,
Ernst et Young, installé à Paris pour y faire l'audit de
l'économie française.
Les conclusions sont hélas sans appel : en faisant
la somme de toutes les fiscalités et para-fiscalités (prélèvements
sociaux) que supportent les Français dans leur ensemble, on constate
qu'en cet an de grâce 2.000 la France est le pays le plus ponctionné.
Mais les Français ne le savent pas. D'abord parce
que tous ne payent pas tous les impôts : l'impôt sur la fortune
et même l'impôt sur le revenu ne concernent que les plus "riches"
(moins d'un foyer français sur deux paye l'IRPP). Ensuite parce
que la grande majorité de ces impôts et cotisations est tantôt
prélevée à la source (cotisations sociales, CSG)
tantôt intégrée dans le prix d'achat des produits
(TVA, TIPP). Les impôts qui "font mal" sont peu nombreux (taxes
locales par exemple) : les oies se laissent donc plumer.
Du tableau présenté ci-dessous, on retiendra
encore plusieurs enseignements :
- la position "de faveur" de la France s'obtient surtout
grâce aux prélèvements de Sécurité Sociale
: on est "bons" sur la partie de droite du graphique (pénultième
et anté-pénultienne données).
- les Allemands envisagent de réduire leurs prélèvements,
et de les ramener de 143 à 123 : c'est l'objet de la réforme
fiscale dont la Nouvelle Lettre a parlé la semaine dernière
- Entre les Etats Unis et la France la proportion est
du simple au double. Cela s'explique bien sûr par le fait que nous
avons une conception extensive du secteur public et des "biens publics"
(par exemple la santé ou la culture), mais pour autant les Américains
ont-ils des services publics de moindre qualité ? Ils n'ont à
envier ni notre école ( la leur n'est pas fameuse) ni notre justice,
notre police ou notre solidarité.
- Les pays ayant les chiffres "les meilleurs" sont aussi
ceux qui ont le plus de chômage, France en tête.
- Enfin, on trouve en bas du classement des pays comme
l'Angleterre, l'Irlande ou la Pologne : jadis socialisés, voire
planifiés, ces pays témoignent qu'il n'est jamais trop tard
pour bien faire. La France n'a qu'à suivre leur exemple ou celui
des Allemands.
- Le reste de l'article de Forbes met en garde les Français
contre le danger d'une telle situation dans un contexte d'ouverture à
l'Europe et à la mondialisation.
LE DESSIN DE PLANTU
L'Express de ce jour propose un dessin de Plantu que
nous ne reproduisons pas pour des raisons et de place et de copyright,
mais que nous allons vous aider à imaginer.
Le dessin superpose deux tables rondes - style table
de conférence.
Sur la table du haut, on voit Lionel JOSPIN et Martine
AUBRY levant leur verre " à la Tchéchénie", ils ont
l'air visiblement heureux. Leurs commensaux sont d'héroïques
soldats de l'Armée Rouge, brandissant un couteau et en train d'éventrer
une dame (tchétchène), deux autres soldats de la non moins
héroïque Armée du Peuple Chinois, avec couteau anguinolant
et éventration d'une chinoise, un dictateur-général
africain décoré, et une paysanne russe hagarde. Tout le
monde boit et chante.
Autour de la table du bas ont pris place des représentants
des divers pays de l'Union, le drapeau de l'Europe est dressé sur
la table. Ces diplomates ont l'air agité, ou pas d'air du tout.
Devant le drapeau de l'Autriche, Jorg HEIDER, en uniforme et l'air assez
nazillon. Il fait la proposition suivante "Qui veut des places gratuites
pour le prochain festival Mozart à Salzbourg?". La proposition
est renversante au point qu'un conférencier roule sous la table,
un autre proteste en disant "Ah non, pas çà!". Et enfin,
Lionel JOSPIN et Martine AUBRY quittent la table , lui avec un dossier
"boycott" sous le bras , Elle s'exclamant "Trop, c'est trop ! ".
Peut-être faut-il interprêter ce dessin au
deuxième ou troisième degré. Mais à première
vue, il semble peu indulgent pour la bonne conscience européenne,
qui est prise de panique et ne cesse de protester pour une affaire autrichienne
qui est encore dans le domaine du virtuelle, tandisqu'elle a totalement
oublié ce qui se fait en Tchétchénie, et les atrocités
bien réelles de la Chine, de l'Afrique.
S'agissant de la Tchétchénie, on a vu bien
peu de défenseurs des Droits de l'Homme mener campagne : il ne
faut pas critiquer les "amis" russes. Les visiteurs du site www.libres.org
auront au contraire apprécié que notre presse libérale
sur Internet ait salué la "libération" de Grozny comme il
convenait : en se scandalisant de la conspiration du silence.
LES AUTRICHIENS ENFIN RECONNUS
Autre bonne surprise dans la presse de cette semaine
: sous la plume d'Emmanuel LECHYPRE, l'Expansion consacre deux pages aux
"Autrichiens" : pas les gens au pouvoir en Autriche bien sûr, mais
les économistes qui, derrière Carl MENGER (et non pas Joseph
SCHUMPETER comme le dit à tort Emmanuel LECHYPRE), ont été
les fondateurs de la véritable "Nouvelle Economie".
Le titre de l'article : "Messieurs, la Nouvelle Economie
vous dit merci"
Le thème de l'article : les fondateurs de l'Ecole
Autrichienne ont insisté sur les mérites des entrepreneurs
et ont expliqué comment l'action entrepreneuriale, sur des marchés
libres, conduit à l'innovation et à la croissance permanentes
- bref à ce que les Etats Unis connaissent aujourd'hui.
SCHUMPETER et HAYEK sont présentés comme les fleurons de
l'école autrichienne. L'auteur rappelle qu'HAYEK est aussi le "père
spirituel des politiques ultralibérales menées par Reagan
et Thatcher". Divine surprise : Israël KIRZNER? complètement
inconnu en Franc (il n'a jamais été traduit en français),
qui est incontestatblement le nouveau lesader des Autrichiens après
la disparition de HAYEK et MISES. Ce Professeur à l'Université
de New York est interviewé, et explique pourquoi KEYNES a eu dans
le passé plus d'infliuence qu'HAYEK et les autres Autrichiens,
dont les idées "se prêtaient mal à la mise en équations
mathématiques de l'économie, très en vogue à
l'époque".
Il est dommage qu'Emmanuel LECHYPRE, en conclusion, assimile
la pensée autrichienne à une "mode" (qui pourrait donc disparapîyre
avec une nouvelle monde), et se croye obligé de faire référence
à Kondratieff dont le moins qu'on puisse dire est que ses "cycles
" et son oeuvre sont aux antipodes de la pensée autrichienne...
Mais on n'arrête pas le progrès : le libéralisme
scientifique progresse...
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