AU SOMMAIRE 19 FEVRIER 2000 - DU N° 615 :
EDITORIAL : Préfets ou gouverneurs p.1-2
CONJONCTURE : Peut-on "régler" le marché ? p.2-3
SPÉCIAL UNIVERSITÉ D'ÉTÉ : Faire respecter les disciplines du marché p.6-8
ACTUALITÉ QUI NOUS FAIT RÉFLÉCHIR : Les oies se laissent plumer p. 4
  Le dessin de Plantu p.5
  Les Autrichiens enfin reconnus ? p.5


 

 





FAIRE RESPECTER LES DISCIPLINES DU MARCHÉ

Au cours de la journée du mercredi 8 Septembre, troisième journée de la XXII° Université d'Eté de la Nouvelle Economie, la pensée économique de Hayek était approfondie par divers intervenants.

Voici un texte de Pascal SALIN qui donne une synthèse claire et précise de la conception hayekienne de la concurrence (et du monopole).

Pascal SALIN ancien président de la Société du Mont Pélerin (il a succédé à Gary BECKER) est Professeur à l'Université de Paris-Dauphine.

 

 

Pascal SALIN - LA CONCURRENCE DANS L’OPTIQUE AUTRICHIENNE

La théorie dominante à notre époque est la théorie de la concurrence pure et parfaite. La concurrence pure et parfaite se définit par un certain nombre de critères qui varient éventuellement selon les auteurs, mais fondamentalement ce que tous retiennent c’est qu’il y a concurrence pure et parfaite lorsqu’il y a un grand nombre de producteurs, que l’information est parfaite et, parfois, on trouve l’idée que l’on doit avoir la liberté d’entrée sur le marché. Cette dernière condition est considérée comme secondaire alors qu’elle est la seule qui mérite attention. Il en est ainsi compte tenu de la manière de penser de ceux qui défendent la théorie de la concurrence pure et parfaite.

En effet ce qui les préoccupe implicitement est l’idée qu’il y aurait des risques de pouvoir excessif de certains producteurs lorsqu’il n’y a pas concurrence. Cette obsession du pouvoir est assez ambiguë tout au moins du point de vue du mot, car le fait d’avoir un pouvoir de marché n’empêche pas que, de toutes façons, on soit dépendant de ceux qui sont acheteurs. Autrement dit, le pouvoir est inexistant lorsqu’il y a liberté contractuelle, liberté d’entrée sur le marché. Il n’y a pouvoir que lorsqu’il y a coercition. Mais je crois qu’il est grave qu’à notre époque on mélange deux sens totalement différents du mot pouvoir.

On peut aussi souligner que, dans cette approche traditionnelle, la définition de la concurrence se fait à partir des résultats supposés, autrement dit, la situation d’un grand nombre de producteurs. Dans l’approche autrichienne, ce qui est important est le processus, quelque soit le résultat.

Cette théorie s’accompagne également de l’idée que lorsqu’il y a concurrence pure et parfaite on attend un optimum qui est l’optimum de Pareto - on ne peut pas changer la situation d’un individu sans porter tort à la situation d’un autre. Il y a aussi une déviation du terme parce que le mot " optimum " doit être réservé purement et simplement au comportement et aux décisions individuels. L’idée d’un optimum social est une chose dénuée de sens. Nous savons, particulièrement si l'on a été nourri de science économique autrichienne, que l'information parfaite n'existe pas et que, de fait, la réalité est toujours différente du modèle. Les conditions ne sont jamais réunies pour qu'il y ait concurrence pure et parfaire. En conséquence, on est obligé de décider de manière parfaitement arbitraire si dans telle ou telle situation concrète il y a ou non concurrence, selon qu’on apprécie qu’il y a une information plus ou moins parfaite, qu’il y a un plus ou moins grand nombre de participants au marché etc.

Un des paradoxes de cette théorie traditionnelle est que finalement alors qu'elle est considérée comme extrêmement scientifique dans le sens où elle est rigoureuse, qu’elle a des bases mathématiques ou graphiques, elle aboutit à faire appel tout simplement aux jugements arbitraires des uns et des autres et c’est un modèle qui n’est pas explicatif de la réalité. La théorie de la concurrence pure et parfaite est un jeu intellectuel, ce n’est pas de l’économie.

Dans l’utilisation pratique de la théorie, on tire l’idée que la réalité doit se rapprocher de la théorie. Puisque bien évidemment la réalité n’est jamais semblable à la théorie, au lieu de changer la théorie - ce que l’on fait en général - on essaie de forcer la réalité à entrer dans le moule de ce modèle parfaitement formel.

Un bon exemple est la législation antitrust, qui conduit à une situation ambiguë sur le plan politique. Les interventionnistes disent qu’ils sont en faveur de la concurrence et de la liberté économique mais que les conditions de la liberté économique ne sont pas toujours réunies : il faut qu’ils interviennent pour imposer la concurrence. A mon avis il faut éliminer cette théorie de la concurrence pure et parfaire parce qu’elle conduit à un interventionnisme sans limites.

Le pendant traditionnel de la théorie de la concurrence pure et parfaite est évidemment la théorie du monopole qui consiste à dire que, lorsqu’il y a un seul producteur sur un marché, l’offre est raréfiée et le producteur obtient un super-profit. L’idée du super-profit est absurde a priori car on ne peut pas parler de super-profit que par rapport à une situation de référence qui par hypothèse est inexistante, puisque précisément les conditions du marché sont telles qu’il n’y a pas un grand nombre de producteurs. Là encore nous sommes dans la fantaisie.

On demande à la théorie de la concurrence pure et parfaite que, à plus ou moins long terme, tous les producteurs convergent vers une même position, qu'ils adoptent tous les mêmes techniques de production. Le résultat est que le profit est nul.

Pourquoi la théorie de la concurrence pure et parfaite et la théorie du monopole sont fausses ?

La théorie de la concurrence pure et parfaite s’inspire d'une vision purement mécaniciste et technologique ; on considère que la connaissance existe et que les entrepreneurs n’ont qu’à apprendre cette connaissance d'une manière optimale du point de vue technique.

Elle évacue ce qui est essentiel dans la vie économique, dans la vie humaine en général, qui est précisément la dimension temporelle et l’existence de l’incertitude. Nous savons bien qu’il y a de ce point de vue un personnage important qui est l’entrepreneur. L’entrepreneur est quelqu’un qui prend le risque en charge. Le profit est uniquement une rémunération résiduelle lorsqu’on a honoré tout le contrat de l’entreprise.

Nous sommes tous des entrepreneurs, nous sommes entrepreneurs de notre vie, nous faisons des paris sur le futur dans une situation qui est radicalement une situation d’incertitude. La théorie traditionnelle oublie totalement cette dimension majeure, celle qui nous permet de comprendre le fonctionnement véritable des économies telles qu'elles existent.

La vision traditionnelle nous conduit aussi à considérer les entrepreneurs comme des gens qui se chargent de réaliser l’allocation optimale des facteurs des production, sur demande du centre planificateur. J’ai souvent l’impression que la théorie de la concurrence pure et parfaite est en fait la théorie de la planification centralisée : tous les producteurs convergent vers la même situation, ils adoptent les mêmes techniques de production, ils essaient d'être semblables.

Le grand mérite de la concurrence est au contraire de laisser les producteurs se différencier, avoir de meilleurs produits, moins chers etc.

Nous devons définir la concurrence purement et simplement comme le fait qu’il existe la liberté d’entrée sur le marché. Hayek définissait la concurrence comme un processus de découverte, un processus d’apprentissage où chacun crée sa propre connaissance et essaie de créer quelque chose de nouveau.

Il ne faut pas oublier qu’il est insuffisant de s’intéresser à la concurrence : nous pouvons avoir liberté d’entrée sur le marché entre des producteurs qui ne sont pas libres. Si par exemple nous avons un système fiscal qui confisque la totalité du produit de l’activité humaine, il est bien évident que les processus de découverte ne fonctionnent plus car plus personne n’a intérêt à entrer sur le marché puisqu’il sait que tous les efforts qu’il fera seront confisqués.

La théorie traditionnelle du monopole constitue une théorie qui est formellement exacte, mais à condition de l’appliquer à un autre contexte que celui qu’on utilise habituellement. Il faut en premier lieu se demander s’il y a un pouvoir de coercition. Lorsqu’il y a un privilège d’origine étatique qui interdit l’entrée sur un marché, à ce moment là il y a une situation de pouvoir. Les seuls monopoles sont les entreprises qui bénéficient d’un privilège d’origine étatique, qu’elles soient privées ou publiques. A ce moment-là on peut exploiter effectivement le consommateur en raréfiant le marché. C’est ce que l’Etat fait continuellement avec la protection douanière : par son pouvoir de coercition, il raréfie la quantité des biens importés et par conséquent il tire un profit de monopole.

On parle aussi des fameux monopoles naturels : les situations ou les techniques sont telles qu’on ne peut produire qu’à une grande échelle pour avoir un niveau de production optimal. Si on ne peut avoir qu’un seul producteur sur le marché, il y a le risque d’exploitation de consommateur.

 

Cette théorie du monopole naturel est une pseudo-théorie, une théorie alibi qui est extrêmement dangereuse. Elle procède de cette vision technologique que j’ai critiquée tout à l’heure. Dire qu’il y a monopole naturel c’est prétendre qu’il y a une technique et UNE SEULE pour produire un bien.

Le problème majeur n’est pas un problème technique - les techniques sont découvertes par des êtres humains qui sont incités à le faire. Le problème que nous devons nous poser est plutôt celui-ci : quelles sont les structures de marché qui permettent la création de nouvelles connaissances ?

Autrement dit, si à un moment donné du temps on a le sentiment qu’il y a un monopole naturel parce que, à ce moment-là, la technique la meilleure est celle qui nécessite une unité de production de très grande dimension, nous ne savons pas dans quelle mesure d’autres techniques ne seront pas possibles dans l'avenir. Pour l’électricité par exemple, on a cru pendant longtemps qu’on avait besoin d'unités de plus en plus grandes, de l’énergie nucléaire. Depuis que la liberté est intervenue sur le marché on s’aperçoit que de petites unités sont tout aussi concurrentielles. Le problème majeur est la création de la connaissance.

Je voudrais terminer mon exposé sur la concurrence par le problème du cartel, parce que le cartel est une mauvaise expression. On croit en général que le cartel est fait pour exploiter le consommateur, qu'il se crée lorsque plusieurs producteurs s’entendent et essaient de produire le même bien et par conséquent créent une situation de monopole.

Pour ma part j’ai une vue tout à fait différente : le cartel répond à un besoin du marché, qui nait spontanément dans les cas où il y a liberté d’entrée.

En effet la concurrence conduit à la différenciation mais se pose le problème du degré optimum de différenciation compte tenu des besoins des utilisateurs. Il existe certains biens (par exemple la monnaie, les télécommunications etc.) pour lesquels il y a au contraire un besoin d’homogénéisation. Le cas de la monnaie est tout à fait clair : les travaux sur la banque libre montrent que dans certains systèmes de la banque libre, par exemple au XVIIIème siècle, nous avons un grand nombre de producteurs différents mais tous produisaient la même monnaie parce qu'il y avait une demande pour un bien homogène. S’il y avait un nombre infini de monnaies dans le monde, la monnaie ne jouerait pas son rôle. Comme il est évident que nous ne pouvons pas avoir dans le monde un grand nombre de systèmes de télécommunications ou de standards informatiques.

La réponse optimale n’est certainement pas le monopole. Le cartel est une réponse bien supérieure car il implique un grand nombre de producteurs, chacun ayant ses propres stratégies de recherche de connaissances. Par conséquent, si de nouvelles techniques apparaissent, le cartel peut éclater.

Le cartel répond à ce besoin d’homogénéisation tout en assureant une coordination et parfois même une coopération. A ce titre, il doit être réhabilité dans la mesure où la liberté d’entrée est respectée.

Ainsi l'école autrichienne nous propose-t-elle une vue plus réaliste et plus opérationnelle de la concurrence, du monopole et des cartels. On devrait la prendre en compte notamment dans le "droit de la concurrence", car pour l'instant textes et juges sont imprégnés de la théorie traditionnelle et débouchent sur des comportements et des solutions contraires au dynamisme économique voire à la justice.

Le 14 Mars est un mercredi. C'est aussi la date de l'Assemblée Générale de l'ALEPS dont le lieu et le déroulement vous seront précisés dès la semaine prochaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PREFETS OU GOUVERNEURS ?

" Je veux que les Français datent leur bonheur du jour de l'instauration des préfets". Ainsi s'exprimait Napoléon au moment où il faisait cadeau à son peuple de ce bonheur, il y a deux cents ans.Cette seamine, Jacques CHIRAC a rendu hommage à ce corps préfectoral dont on fêtait le bicentenaire.

Que ne devons-nous pas en effet aux préfets ? La préfectorale nous a légué deux Présidents de la République, Sadi Carnot et Deschanel, l'un assassiné l'autre dément. Elle nous a valu des innovations majeures, avec Poubelle et Lépine, de la poésie avec le sous-préfet aux champs d'Alphonse Daudet, Quelques martyrs aussi : Jean Moulin, Claude Erignac. Puis enfin quelques traitres authentiques. Des hommes comme les autres, tous comptes faits.

Ce ne sont pas les hommes, mais c'est l'institution qui pose des problèmes aux libéraux.

Car, avec l'instauration des préfets, l'Etat Français a atteint le niveau de centralisme le plus élevé possible, le dernier avant le totalitarisme. La monarchie réputée "absolue" avant 1789 n'a jamais pu avoir un tel réseau de serviteurs intelligents, zélés, inconditionnels du pouvoir en place. Sous l'Ancien Régime les contre-poids locaux étaient considérables, à commencer par les Parlements de province, toujours en rébellion contre le pouvoir royal. Seul Louis XIV, pour une brève période, avait pu réduire au silence une opposition dont il avait mesuré tout jeune les méfaits avec la Fronde. Mais avec la Régence le pouvoir de Versailles ne cessera de diminuer, accompagné de la débâcle des finances publiques, des débordements et scandales de la Cour, de la faillite du système de Law, etc.

Depuis Napoléon, les préfets vont servir aveuglément tous les régimes, y compris les pires. Papon et quelques autres ont été de "bons préfets" : on ne leur demandait pas d'avoir la garde de la morale et du droit. Le devoir moral est la raison d'Etat, dont on sait depuis MACHIAVEL qu'elle peut et doit s'affranchir des règles que tous les sujets du Prince doivent respecter. Quant au droit, c'est le droit administratif, une caricature de législation arbitraire qui soustrait la puissance publique au juge et aux obligations de droit commun. Ainsi l'existence du corps préfectoral est-elle un défi à l'état de droit.

L'évolution des missions des préfets depuis deux siècles a changé leur domaine, mais pas leur principe. Au départ, les préfets avaient surtout pour rôle de veiller à la "bonne politique" dans chaque département, la politique conforme aux décrets du pouvoir central. Jusqu'à la Troisième République, il existe des candidats "officiels" dans les élections : les préfets doivent assurer leur succès. Il faut attendre la V° République pour que le poids politique local du préfet soit sensiblement allégé. Mais en même temps le préfet va se voir investi d'une tâche économique et sociale considérable : l'Etat est devenu l'Etat Providence, nous aurons désormais des Préfets-Providence.

Geste symbolique : la première initiative de Jacques CHIRAC dans la lutte contre le chômage sera de réunir les préfets. Le Président, sans le savoir sans doute, reprenait une pratique instaurée par René BEULIN, ministre du travail du Maréchal PETAIN, ancien socialiste venu à Vichy dans le train des doriotistes. Que ne demanderait-on pas aux Préfets ? Les voici investis de l'aménagement du territoire, les voici chefs des services départementaux d'une vingtaine de ministères, depuis l'Equipement jusqu'à la Culture en passant par les transports, la santé publique et l'aide sociale. Enfin, avec la loi DEFFERRE, ils sont les partenaires des Conseils Régionaux et de leurs Présidents, puisqu'entre temps certains d'entre eux sont devenus IGAME, puis plus tard "préfets de région".

La loi DEFFERRE leur a cependant enlevé la maîtrise du Conseil Général. Le résultat sera de juxtaposer au niveau du département deux structures administratives, celle du Conseil Général et celle de la Préfecture : gaspillage et confusion.

La France est un des rares pays au monde à avoir instauré ce système d'administration centrale délocalisée (on dit de "déconcentration"). La déconcentration est évidemment le contraire de la décentralisation, elle prive les citoyens de tout contrôle, elle n'a pour but que de renforcer l'emprise du pouvoir central sur les citoyens. La démocratie locale est réduite à son minimum, les compétences financières, législatives et culturelles locales n'existent pas.

Au XIX° siècle, Alexis de Tocqueville faisait facilement la comparaison avec les Etats Unis. Il admirait cz que nous appellerions aujourd'hui le "principe de subsidiarité" . Les Américains essayent de régler leurs problèmes dans le cadre de la société civile, ce n'est qu'à défaut qu'ils recourent à la société politique. Et, au sein de la société politique, ils se tournent d'abord vers les pouvoirs locaux, puis éventuellement vers l'Etat fédéré, puis en dernier ressort vers le pouvoir fédéral de Washington. C'est un schéma qui garantit l'indépendance et la démocratie.Ici, il n'y a pas de préfet, il y a des gouverneurs, soumis à réélection, rendant des comptes sans cesse à l'opinion publique, maîtres du budget de leur Etat (et notamment des taxes à la consommation), veillant à la conservation des particularismes juridiques de leur Etat (en matière pénale, environnementale, sociale, économique).

La construction politique européenne, mais plus sûrement encore la vie économique et sociale de l'Europe, feront sûrement disparaître les départements. Il serait souhaitable que les préfets disparaissent avec eux. Les Européens, et singulièrement les Français, pourraient retrouver la plupart des franchises et de l'indépendance locales, perdues avec la centralisation et l'Etat Providence. C'est en tout cas un grand projet libéral pour l'Europe et la France.

Jacques GARELLO

 

 

 

 

 

PEUT-ON REGLER LE MARCHE ?

Le gouvernement JOSPIN se propose de présenter au Parlement un ensemble de textes tendant à "régler le marché". Le détail de ces textes fera l'objet de communications dans les prochaines Lettres, au fur et à mesure que le débat se poursuivra et s'infléchira à l'Assemblée et au Sénat. Ce qui peut être discuté dès maintenant, c'est le principe-même de la régulation. Pourquoi réguler ? Les déséquilibres économiques actuels ne doivent rien au marché, et tout à l'Etat, il peut donc paraître paradoxal de confier au pyromane le soin d'éteondre le feu. Comment réguler ? Les pompiers sont certainement mal équipés, et jetteront de l'huile sur le feu au lieu de le calmer. Tout cela est bien connu depuis les années trente au moins, mais il n'est pas inutile de le rappeler.

LE MARCHE SE DEREGLE-T-IL TOUT SEUL ?

C'est une sorte de question préalable. Elle a agité les économistes tout au long du XIX° siècle, et ne semble pas encore tranchée aujourd'hui.
D'un côté les "pessimistes", amenés par MALTHUS, suivis par Ricardo, Marx et Keynes, soutiennent qu'une économie de marché ne peut éviter de traverser régulièrement des "crises". Crises de surproduction, crises de sous-consommation, de sous-consommation ouvrière, de sur-épargne ou de sous-investissement des entrepreneurs, tout cela converge vers une conclusion commune: le marché et le capitalisme sont porteurs de déséquilibres inéluctables. Mais tandis que les uns poussaient le pessimisme jusqu'à dire qu'il n'y a rien à faire sinon attendre que cela se passe (Malthus, Ricardo), d'autres estimaient qu'il y avait une solution, qui passe par l'Etat (Keynes) ou par l'abandon du marché (Marx).

De l'autre côté, nous avons les "optimistes" comme Adam Smith, père fondateur de la science économique, et deux Français:Jean Baptiste SAY et Frédéric BASTIAT.

Avec sa "loi des débouchés", SAY a démontré l'impossibilité d'une crise durable et généralisée, ce qui n'exclut pas des difficultés dues aux inadaptations provisoires de l'offre au marché, de la production aux besoins du consommateur. Une raison pour laisser plus de liberté aux entrepreneurs, dont la mission est précisément de réduire les déséquilibres qui peuvent se produire à tout moment. Ainsi le marché s'accommpagne-t-il de changements, de remises en cause, donc de difficultés permanentes, mais par de crise majeure et apocalyptique. Les conclusions des économistes rejoignaient ainsi celles des philosophes de la liberté, qui croyaient à l'aptitude des êtres humains à s'auto-organiser sans avoir besoin de recourir à un ordre social créé de toutes pièces et dirigé par un pouvoir central.

QUI A CASSE LE VASE DE SOISSONS ?

Il n'en demeure pas moins que les crises ont existé, et existent. Cela ne donne-t-il pas raison aux pessimistes ?

En réalité, aucun pays n'a jamais vécu dans un système de marché libre et responsable. On a connu des marchés contrôlés par l'Etat, avec le dirigisme, le planisme, etc. On a connu des marchés irresponsables, soumis à la loi de la jungle qui consacre la victoire des maffias (comme actuellement en Russie, et dans tous les pays où la dictature a disparu (approximativement) mais où la corruption continue à sévir

Le Français Coquelin avait pu démontrer que les "crises" en Europe et en Amérique au XIX° siècle ne devaient rien ni à l'industrie ni au capitalisme, mais s'expliquaient par les erreurs des banques publiques, centrales ou autres. Au XX° siècle on sait que la Grande Dépression a été causé par les manipulations monétaires et financières de Hoover et Roosevelt. Plus près de nous la crise de 1997 en Asie, au Brésil et en Russie a été due à l'incurie et la malversation des banquiers proches du pouvoir, encouragés par le Fonds Monétaire International.Parallèlement on sait que le chômage et l'inflation sont des fléaux dus uniquement aux décisions gouvernementales en matière de budget et de monnaie.

Les crises sont donc l'apanage de la société d'économie mixte, de l'Etat Providence et du socialisme, et le meilleur moyen de les prévenir est de réduire l'Etat: on retourne à la loi de Say.

L'IMPOSSIBLE REGULATION

Au demeurant, quand les hommes de l'Etat ont voulu régler l'économie, ils ont été dans l'impossibilité technique de le faire. Pour deux séries de raisons :

- il faut d'abord compter avec la différence de rythme de la vie économique et de la vie politique. Celle-ci est jalonnée par les échéances électorales, et se situent dans le court terme. Celle-là a des modes de fonctionnement autonomes, ni saisonniers ni réguliers. La conjoncture est tellement volatile et incertaine que nul gouvernement ne saurait l'observer, l'analyser et l'infléchir dans des délais suffisamment efficaces : l'impossibilité d'une "politique conjoncturelle a aété démontére par Miton FRIEDMAN (théiorie des "lags").

- il faut surtout compter avec l'impossibilité pour les gouvernants de réunir et d'interprêter l'information nécessaire à la bonne prise de décision. La vie économique est marquée par l'incertitude radicale. L'information nécessaire n'est ni connue, ni même susceptible d'être imaginée par quiconque. Les bribes d'information dont on dispose peuvent être captées au niveau décentralisé par des gens qui ont intérêt direct à faire cette recherche (les entrepreneurs) mais ne sauraient être obtenues par des administrateurs, fussent-ils préfets. Vouloir régler le marché, c'est vouloir fausser un système de découverte permanente, de recherche assidue et responsable de solutions nouvelles. Ludwig von MISES et Friedrich HAYEK l'avaient démontré dès 1930, et ils annonçaient la disparition inéluctable du plan en même temps qu'ils réclamaient la libération complète des marchés. Libération oui, régulation non.

 

 

 

 

 

LES OIES SE LAISSENT PLUMER

Les oies, ce sont les Français. Tels du moins que les voyait COLBERT qui expliquait au roi Louis XIV qu'on peut facilement plumer ces bestioles, à condition qu'elles ne s'en aperçoivent pas.

Le magazine américain "FORBES " dans son numéro du 10 Février, reprend les conclusions d'un cabinet d'études, Ernst et Young, installé à Paris pour y faire l'audit de l'économie française.

Les conclusions sont hélas sans appel : en faisant la somme de toutes les fiscalités et para-fiscalités (prélèvements sociaux) que supportent les Français dans leur ensemble, on constate qu'en cet an de grâce 2.000 la France est le pays le plus ponctionné.

Mais les Français ne le savent pas. D'abord parce que tous ne payent pas tous les impôts : l'impôt sur la fortune et même l'impôt sur le revenu ne concernent que les plus "riches" (moins d'un foyer français sur deux paye l'IRPP). Ensuite parce que la grande majorité de ces impôts et cotisations est tantôt prélevée à la source (cotisations sociales, CSG) tantôt intégrée dans le prix d'achat des produits (TVA, TIPP). Les impôts qui "font mal" sont peu nombreux (taxes locales par exemple) : les oies se laissent donc plumer.

Du tableau présenté ci-dessous, on retiendra encore plusieurs enseignements :

- la position "de faveur" de la France s'obtient surtout grâce aux prélèvements de Sécurité Sociale : on est "bons" sur la partie de droite du graphique (pénultième et anté-pénultienne données).

- les Allemands envisagent de réduire leurs prélèvements, et de les ramener de 143 à 123 : c'est l'objet de la réforme fiscale dont la Nouvelle Lettre a parlé la semaine dernière

- Entre les Etats Unis et la France la proportion est du simple au double. Cela s'explique bien sûr par le fait que nous avons une conception extensive du secteur public et des "biens publics" (par exemple la santé ou la culture), mais pour autant les Américains ont-ils des services publics de moindre qualité ? Ils n'ont à envier ni notre école ( la leur n'est pas fameuse) ni notre justice, notre police ou notre solidarité.

- Les pays ayant les chiffres "les meilleurs" sont aussi ceux qui ont le plus de chômage, France en tête.

- Enfin, on trouve en bas du classement des pays comme l'Angleterre, l'Irlande ou la Pologne : jadis socialisés, voire planifiés, ces pays témoignent qu'il n'est jamais trop tard pour bien faire. La France n'a qu'à suivre leur exemple ou celui des Allemands.

- Le reste de l'article de Forbes met en garde les Français contre le danger d'une telle situation dans un contexte d'ouverture à l'Europe et à la mondialisation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE DESSIN DE PLANTU

L'Express de ce jour propose un dessin de Plantu que nous ne reproduisons pas pour des raisons et de place et de copyright, mais que nous allons vous aider à imaginer.

Le dessin superpose deux tables rondes - style table de conférence.

Sur la table du haut, on voit Lionel JOSPIN et Martine AUBRY levant leur verre " à la Tchéchénie", ils ont l'air visiblement heureux. Leurs commensaux sont d'héroïques soldats de l'Armée Rouge, brandissant un couteau et en train d'éventrer une dame (tchétchène), deux autres soldats de la non moins héroïque Armée du Peuple Chinois, avec couteau anguinolant et éventration d'une chinoise, un dictateur-général africain décoré, et une paysanne russe hagarde. Tout le monde boit et chante.

Autour de la table du bas ont pris place des représentants des divers pays de l'Union, le drapeau de l'Europe est dressé sur la table. Ces diplomates ont l'air agité, ou pas d'air du tout. Devant le drapeau de l'Autriche, Jorg HEIDER, en uniforme et l'air assez nazillon. Il fait la proposition suivante "Qui veut des places gratuites pour le prochain festival Mozart à Salzbourg?". La proposition est renversante au point qu'un conférencier roule sous la table, un autre proteste en disant "Ah non, pas çà!". Et enfin, Lionel JOSPIN et Martine AUBRY quittent la table , lui avec un dossier "boycott" sous le bras , Elle s'exclamant "Trop, c'est trop ! ".

Peut-être faut-il interprêter ce dessin au deuxième ou troisième degré. Mais à première vue, il semble peu indulgent pour la bonne conscience européenne, qui est prise de panique et ne cesse de protester pour une affaire autrichienne qui est encore dans le domaine du virtuelle, tandisqu'elle a totalement oublié ce qui se fait en Tchétchénie, et les atrocités bien réelles de la Chine, de l'Afrique.

S'agissant de la Tchétchénie, on a vu bien peu de défenseurs des Droits de l'Homme mener campagne : il ne faut pas critiquer les "amis" russes. Les visiteurs du site www.libres.org auront au contraire apprécié que notre presse libérale sur Internet ait salué la "libération" de Grozny comme il convenait : en se scandalisant de la conspiration du silence.










LES AUTRICHIENS ENFIN RECONNUS

Autre bonne surprise dans la presse de cette semaine : sous la plume d'Emmanuel LECHYPRE, l'Expansion consacre deux pages aux "Autrichiens" : pas les gens au pouvoir en Autriche bien sûr, mais les économistes qui, derrière Carl MENGER (et non pas Joseph SCHUMPETER comme le dit à tort Emmanuel LECHYPRE), ont été les fondateurs de la véritable "Nouvelle Economie".

Le titre de l'article : "Messieurs, la Nouvelle Economie vous dit merci"

Le thème de l'article : les fondateurs de l'Ecole Autrichienne ont insisté sur les mérites des entrepreneurs et ont expliqué comment l'action entrepreneuriale, sur des marchés libres, conduit à l'innovation et à la croissance permanentes - bref à ce que les Etats Unis connaissent aujourd'hui.
SCHUMPETER et HAYEK sont présentés comme les fleurons de l'école autrichienne. L'auteur rappelle qu'HAYEK est aussi le "père spirituel des politiques ultralibérales menées par Reagan et Thatcher". Divine surprise : Israël KIRZNER? complètement inconnu en Franc (il n'a jamais été traduit en français), qui est incontestatblement le nouveau lesader des Autrichiens après la disparition de HAYEK et MISES. Ce Professeur à l'Université de New York est interviewé, et explique pourquoi KEYNES a eu dans le passé plus d'infliuence qu'HAYEK et les autres Autrichiens, dont les idées "se prêtaient mal à la mise en équations mathématiques de l'économie, très en vogue à l'époque".

Il est dommage qu'Emmanuel LECHYPRE, en conclusion, assimile la pensée autrichienne à une "mode" (qui pourrait donc disparapîyre avec une nouvelle monde), et se croye obligé de faire référence à Kondratieff dont le moins qu'on puisse dire est que ses "cycles " et son oeuvre sont aux antipodes de la pensée autrichienne...

Mais on n'arrête pas le progrès : le libéralisme scientifique progresse...