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MISES LE VISIONNAIRE
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Considéré comme l’un des plus importants traités économiques, cet ouvrage reste assez méconnu en France. C’est l’Action humaine (PUF, 1985) qui a eu le plus d’écho. Mais déjà, dans Les Problèmes fondamentaux de l’économie politique, Mises trace les grandes lignes de sa théorie sur la rationalité de l’individu et l’approche subjectiviste de la valeur. Son analyse est pluridisciplinaire et se bâtit autour du concept de praxéologie (sociologie) en réaction aux méthodes historicistes et empiristes. Pour Mises, il n’y a pas de différences entre le comportement économique et non-économique de l’individu, l’action humaine est dirigée par la recherche d’une satisfaction et cela s’observe autant dans le monde des affaires que dans celui de tous les jours. Dans une économie capitaliste, c’est une préférence subjective qui guide le consommateur, tandis que le producteur prend en compte les jugements de valeur et le calcul économique. « L’action humaine est rationnelle, parce qu’elle veut consciemment s’appliquer à des buts. Même le romantique à la recherche de l’oiseau bleu agit de façon rationnelle, car son action aussi reste marquée des exigences nécessaires auxquelles toute action humaine est liée ». Dans sa théorie du cycle et du capital, Mises explique que la production découle du choix des entrepreneurs et des anticipations faites. Contrairement à Keynes, il considère l’épargne essentielle dans le développement économique tout en considérant qu’elle peut être aussi thésaurisée faute d’une meilleure utilisation. En véritable visionnaire, il réfute les thèses sur la cause du chômage des années 1930 due à une révolution technologique trop rapide. On voit bien que dans l’économie d’aujourd’hui, c’est l’innovation technologique qui est à la base de la création d’emplois. Il s’inquiète du cadre de l’action humaine, est attentif aux dérives des pouvoirs et se montre ouvert à toute initiative de l’individu : (…) « Ce qui nous fait défaut, ce ne sont point les moyens militaires de conserver la vie et de la rendre plus belle, c’est un ordre de société qui nous rendrait possible d’utiliser notre puissance technique et nos réserves des moyens de production à augmenter la prospérité et le bonheur. » Cette logique du comportement de l’individu est à la base de l’économie politique : « Notre science tire son point de départ de l’action de l’individu, parce que c’est là le seul type d’action dont nous puissions avoir une connaissance immédiate. L’idée d’une société qui pourrait se faire sentir ou se manipuler en dehors de l’action des individus, est une idée absurde. Dans l’action de l’individu, il doit être possible de retrouver la société toute entière ». De même, sur le plan des idées
politiques, Mises insiste sur les connivences entre les marxistes et les
nationalistes. Anticipation subtile de ce que deviendra le camp communiste
après 1945. « Les deux théories – la sociologie marxiste de la connaissance
et la doctrine nationaliste et raciste – partent ainsi d’une idée commune :
pour eux, l’intérêt de la classe, de la nation ou de la race exige toujours
avec évidence telle attitude à l’exclusion de telle autre ; aucun
membre de la classe, de la nation, de la race, ne saurait sur ce point
hésiter un seul instant ». L’économie capitaliste est la seul viable, les autres économies ne sont que des tromperies : « La science établit, avec une pure et irréfutable logique, que les idéaux prêchés par les ennemis des « affaires » ne sont que théorie creuse, que la société socialiste est irréalisable, qu’une organisation interventionniste est absurde et va contre son propre but, et que l’économie de marché est la seule forme possible d’organisation sociale ». L’Histoire lui a donné raison. Bogdan Calinescu
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