L'UNION DES REPUBLIQUES SOCIALISTES EUROPEENNES

Les coups de colère de l’un des plus célèbres dissidents soviétiques sont connus. Dans L’Union européenne, une nouvelle URSS ?, Editions du Rocher, 2005 Vladimir Boukovsky dénonce le lent mais sûr glissement de l’Europe vers le socialisme.

Quel est ce monstre bureaucratique qui a pris corps à Bruxelles ? D’après Valdimir Boukovsky, ce n’est rien d’autre qu’une nouvelle URSS, différente de l’ancienne, plus soft mais aussi adepte d’un système liberticide. Comme l’avait très bien montré Revel dans La Grande Parade, la plupart des communistes et socialistes européens, surtout français, n’ont pas tiré les leçons de l’écroulement du mur de Berlin et de l’échec de l’économie planifiée. Ils continuent à croire au Grand Soir en s’opposant systématiquement à l’économie libérale et aux valeurs de liberté individuelle. Leur aveuglement les a poussé à soutenir l’URSS jusqu’au bout et à croire en la perestroïka en l’arrosant de milliards de dollars : au cours de ses sept dernières années d’existence, l’URSS a reçu 45 milliards de dollars (à titre de comparaison, l’aide du FMI et de la Banque mondiale à la Russie entre 1991 et 1999 s’est élevée à 23 milliards de dollars).  Ceux qui furent déçus de la chute de l’URSS font aussi partie des bâtisseurs de l’Europe communautaire et les « experts » du communisme (comprendre les admirateurs de cette idéologie) sont devenus des analystes incontournables de la société russe d’aujourd’hui.

La mauvaise compréhension de cet échec les a rendus nostalgiques d’un ordre bureaucratique dont les défauts ne pouvaient que cacher une réalité bien plus agréable et « malheureusement » décrite par les thuriféraires de la société libérale. C’est pourquoi ils ont essayé d’imaginer  cette Europe comme un ensemble d’Etats soumis à un centre administratif basé à Bruxelles. Pour l’instant, ils n’ont réussi que partiellement et, comme le dit Boukovsky, l’Europe « souffre aujourd’hui d’un syndrome brejnévien ». Dès qu’un pays réfute le socialisme ambiant, il est voué aux gémonies. On a pu le voir avec l’arrivée au pouvoir en Autriche, en 2000, d’une coalition de droite dirigée par l’ÖVP, le parti populaire de Wolfgang Schüssel (cette coalition est à l’origine de nombreuses réformes libérales qui expliquent l’impressionnant décollage économique de ce pays). Cela a été le cas avec l’élection de George W. Bush en 2004 lorsque de nombreuses « personnalités » européennes, en s’appuyant sur des organisations « progressistes », ont contesté la légitimité du président américain.

Tout comme au Politburo on virait ceux qui s’écartaient de la ligne du parti, les commissaires européens ont poussé vers la sortie Rocco Buttglione, l’intellectuel catholique dont les prises de position sur le mariage étaient trop loin du moule « politiquement correct ». Toujours comme au sein de l’ancienne URSS, certains sont « plus égaux que d’autres ». La preuve, le non-respect des critères de stabilité par l’Allemagne et la France alors que les pays plus petits sont obligés de s’en tenir au Pacte sous peine de sanctions. Autres ressemblances : l’absence de limites, de frontières, à cette Europe, ses leaders veulent aller le plus loin possible ; la corruption étatiste qui la ronge (la France étant la plus touchée) ainsi que l’idéologie socialisante soutenue par les « conseillers » français mais heureusement combattue par les représentants anglo-saxons.

Cette Europe s’est bâtie durant la période de la détente, euphémisme correspondant en fait aux phases qui permettaient aux Soviétiques de reprendre des forces et de consolider leurs « acquis » afin de mieux préparer de nouveaux coups. Seuls Reagan et Thatcher ne sont pas tombés dans ce piège. Plus tard, au temps de Gorbatchev, les Européens ont aveuglement soutenu son idée de « maison commune », une façon habile d’intégrer l’URSS moribonde dans un ensemble d’Etats « partageant les mêmes valeurs » de…. paix, protection sociale, de respect des frontières, des droits collectifs. C’est-à-dire une Europe intégrant l’Empire soviétique avec ses caractéristiques les plus déplorables. Boukovsky livre au lecteur des citations des archives russes qui en disent beaucoup sur le penchant des dirigeants de plusieurs pays démocratiques vers le socialisme économique et politique. Très instructives les déclarations de Mitterrand et de son « conseiller idéologique », Jacques Attali, sur cette « maison européenne » : « une grande idée pour converger les deux mondes socialistes » (Mitterrand). Cette « construction » s’est heureusement interrompue après l’écroulement de l’empire soviétique ce qui n’empêche pas le dissident Boukovsky de nous mettre en garde contre ses futures dérives.

Bogdan Calinescu
Le 12 Mai 2006

 
 
 

 

 

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