MAIS QU'EST CE QUE LE NEO-CONSERVATISME ?

Yves Roucaute nous a régalé avec La puissance de la liberté, livre consacré à l’Amérique de Bush. Il publie maintenant un autre ouvrage de la même trempe intitulé : Le néo-conservatisme est un humanisme (PUF, 2005). Avec le même but : combattre les idées reçues.

C’est un livre dans lequel le narrateur se confond avec l’auteur. Le « je » est de rigueur, comme pour avertir le lecteur : « Attention, j’en fais partie ». De qui ? Des néo, à ne pas confondre avec les paléo-conservateurs, isolationnistes et nationalistes. Ces néo-conservateurs auraient inspiré la politique de Bush dans plusieurs domaines, pas seulement en politique étrangère. Ils ont développé, autour de ce qu’il appelle le Vieil Homme, une théorie nouvelle de la morale armée afin de protéger les libertés, renverser les tyrans et instaurer des régimes de libertés ou préparer le terrain pour leur avènement.

Héritier du libéralisme classique de John Locke, le néo-conservatisme est surtout l’ennemi des deux totalitarismes, le rouge et le brun. Il n’aime pas les démocrates de gauche mais ne les considère pas comme des ennemis. Car c’est un courant optimiste, en prêchant « l’optimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté ». Ses représentants ? Kristol, Podhoretz sont des transfuges de la gauche, un peu comme Roucaute, ancien responsable national UNEF et Président de l’Institut Gramsci. Mais en parlant avec Althusser, Foucault, Derrida, il a compris. L’homme nouveau ne venait plus (d’ailleurs, si son avènement était inévitable, pourquoi fallait-il agir ?), Roucaute a abandonné l’attente. Il a embrassé la théorie de ceux qui partageaient la même certitude dès les années 1970 : le monde communiste ne pouvait que s’écrouler. Contre le relativisme des Foucault, Derrida et Lyotard, Roucaute oppose le volontarisme et la liberté. Une moralité qui distingue le Bien du Mal, puisée dans la pensée de Saint-Thomas d’Aquin, enrichie avec celles de Locke, Pascal, Kierkegaard et Jean Guitton.

Les droits individuels, c’est le cadre néo-conservateur et le droit à la recherche du bonheur et bel et bien un droit naturel. Les libertés sont les mêmes pour tous. D’abord, les libertés individuelles, « premières » (autonomie, individuelle, sûreté, droit de la propriété) et libertés « secondes » (liberté de la presse, de culte, de croyance, de conscience).

Le néo-conservatisme est-il une idéologie de la religion ? Non, c’est une philosophie de la tolérance et du pardon. Ce ne sont pas les Eglises qui ont produit les pires génocides dans l’histoire de l’Humanité. La Shoah, le goulag communiste, le laogai sont des « produits » d’Etat ! Il n’existe aucun texte de l’Ancien ou du Nouveau Testament appelant l’extermination des hommes, pas plus qu’un texte justifiant la tyrannie.

Nous avons affaire à la dialectique de la liberté : l’individu libre constitue le noyau du droit, il appelle l’Etat seulement à l’occasion, quand cela lui convient. Dans ce monde, les droits politiques sont inférieurs aux droits naturels, ils sont de nature organisationnelle, « technocratique » et ils peuvent être changés, comme les majorités lors des élections. Par contre, le droit naturel est immuable. De même, le néo-conservatisme préserve les droits sociaux et évite leur dérèglement. Il sépare ce qui est avantage social de la règle d’organisation et propose des procédures (négociations, informations).

C’est aussi une philosophie de la responsabilité individuelle et c’est pour cela qu’elle réclame le droit de punir. Il ne s’agit pas d’une vengeance, mais un signe du respect d’autrui, du droit de la personne, du droit de propriété. Punir le coupable est un droit naturel. Et l’Etat dans tous ça ? Pour Yves Roucaute, les néo-conservateurs tendent vers un Etat « minimal et variable ». Minimal, car il ne se mêle que dans les cas extrêmes; variable, car le Prince est toujours sous contrôle de la société civile et il peut être remplacé.  « C’est pourquoi, soutient Roucaute, en raison du même souci de préserver les libertés individuelles, les néo-conservateurs sont partisans d’un Etat. D’un Etat minimal à intervention variable, dans le cadre du respect des droits individuels, sous le contrôle de la raison morale. Un Etat servile pour une liberté souveraine ».

Enfin, le néo-conservatisme est une philosophie du devoir de compassion qui impose d’ailleurs le devoir d’ingérence humanitaire. D’où l’intervention irakienne, mal comprise par nos bien-pensants de gauche et de droite. Aux Etats-Unis, c’est aux professionnels d’assurer la prise en charge des plus pauvres, pas aux administrations ; ailleurs dans le monde, tous les individus devraient avoir les mêmes droits et les mêmes libertés.

Le livre de Roucaute nous laisse un peu sur notre faim. Trop théorique, trop philosophique il peut décourager ceux qui n’y connaissent pas grand-chose et qui le lisent juste pour s’initier. Ceux qui ont déjà des « notions néo-conservatrices » chercheraient en vain une seule référence d’ouvrage dans ce domaine, des citations des grands noms de ce courant. Et quid des fondations, des think-tanks, du marketing politique grâce auxquels ces idées ont pu s’imposer ? Néanmoins, la cible de l’ouvrage est indéniable : briser les tabous.

Bogdan Calinescu

 
 
 

 

 

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