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LE BLOC-NOTES DE DRUON
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J’avais recensé avec plaisir, en 2000 et 2002, les deux premiers pamphlets de l’auteur (La France aux ordres d’un cadavre et Ordonnances pour un Etat malade). Dans le premier, il dénonçait avec férocité et humour l’emprise du gauchisme sur la société française, tandis que le second apportait les remèdes qu’il estimait nécessaires au redressement de notre pays. Loin d’être un vrai libéral, Maurice Druon avait montré une excellente compréhension des dysfonctionnements et des gaspillages de l’Etat et même de ses limites dans la gestion des affaires. Ce volume qui vient de paraître laisse entrevoir un auteur lassé d’une France en queue de peloton et qui se met à espérer une nouvelle ère lors du changement de majorité (les chroniques commencent les 29 avril, une semaine après le premier tour des présidentielles). Il y croit, d’abord dans sa « Lettre ouverte à Jacques Chirac », ensuite, avec les bonnes notes accordées à quelques ministres de droite dans les premiers mois du nouveau gouvernement. Malgré la bureaucratie du ministère de la Culture, il pense que le ministre fait du bon travail, de même pour le ministre de la défense, une femme qu’il croit capable de revigorer une gloire perdue, ainsi que de Nicolas Sarkozy, une personnalité qui aime donner des ordres qui soient suivis. Dans cette situation optimiste, à quoi bon les centristes, ennemis d’une « ardente politique nationale » ? Ce sont des gens qu’on ne peut situer ni a droite, ni à gauche, alors pourquoi s’encombrer ? Une merveilleuse chronique est consacrée au mot « libéral ». « Les glissements de sens, les modifications sémantiques, les variations du langage sont révélateurs de l’état d’esprit, et de santé, d’un peuple », affirme Druon avec raison. C’est ce qui s’est passé avec ce mot tant honni. Paradoxalement, le terme a été confisqué par la gauche qui l’a déformé à son avantage justement pour qu’il soit employé seulement à des fins dangereuses pour la société. Une réforme libérale ? Ce n’est qu’une dérive extrêmement inquiétante. Une loi libérale ? Ce n’est qu’une « loi scélérate ». Alors que, même pour le novice en la matière, il suffit de lire dans le Robert les contraires du mot : dictatorial, dirigiste, totalitaire. Tout est dit. Pourtant, malgré ces pages réconfortantes, on a du mal à suivre Druon sur un certain nombre d’idées. D’abord, il y a cette méfiance envers le rôle des juges dans la lutte contre la corruption. En ce qui nous concerne, on pense qu’ils sont plutôt timides dans un pays où les « affaires » occupent une place importante. Les prisons ne regorgent pas vraiment de politiques malgré de nombreuses mises en examen et ceux-ci ne se bousculent pas, contrairement à leurs homologues anglo-américains, pour démissionner ou abandonner la politique après avoir été mêlés à des affaires. Ensuite, il y a cet espoir que l’auteur a en la construction européenne et sa méfiance envers le marché. Le récent échec autour de la Constitution, les mésententes avec les prochains membres et, en particulier, l’arrogance avec laquelle la France et l’Allemagne ont bafoué des traités qu’ils avaient signés ont largement montré les limites d’une Europe bureaucratique sous la coupe d’une autorité suprême. Ce n’est pas en créant une présidence que les problèmes seront résolus. Au contraire, il sera impossible de contenter tout le monde. L’Europe est un grand espace ouvert aux libertés économiques, politiques et culturelles. Ce n’est pas un Etat. Enfin, inexplicable est la position de Druon sur la guerre en Irak. Qu’il soit contre l’intervention américaine, c’est son droit, mais qu’il transforme cette opinion en position antiaméricaine et, surtout, en soutien à la diplomatie française, ceci nous semble incompréhensible. Comment un esprit éclairé comme le sien peut-il reprendre le poncif marxiste (largement utilisé par Le Monde diplomatique) sur le pétrole comme cause de la guerre ? Ou bien l’affirmation selon laquelle Ben Laden serait une création des Américains alors qu’il est le résultat des années de dictature communiste et de terreur envers la population afghane (à cet égard, (re)lire le chapitre éclairant sur l’Afghanistan de Pierre Rigoulot dans Le livre noir du communisme) ? En quoi la France aurait retrouvé sa place à la tête de la communauté internationale en s’opposant aux Etats-Unis ? Dépourvue de moyens et de solutions, incapable de régler le moindre conflit, la France n’est forte que lorsqu’elle s’oppose à l’ogre américain. Elle le payera chèrement et elle le mérite (dans le conflit irakien, elle n’a pas été neutre comme d’autres nations, elle s’y est opposée ouvertement). Quel dommage que de nombreux
intellectuels français gardent toujours cette attirance pour une autorité
forte, d’en haut, qui impose ses règles à toute la société sous prétexte
de faire rayonner la nation. Bogdan Calinescu
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