POUR EN FINIR AVEC LA GAUCHE

Serions-nous tous de gauche ? Aurions-nous un complexe qui nous fait préférer la gauche à la droite ? Ou tout simplement, a-t-on peur de se dire de droite ? Pourquoi ? Voici quelques questions auxquelles répond le dernier livre de Thierry Wolton (Comment guérir du complexe de gauche, Plon, 2003).

Auteur de plusieurs livres iconoclastes, (Le KGB en France, Le Grand recrutement, L’Histoire interdite), Thierry Wolton vient de publier un essai qui souligne quelques vérités (trop) longtemps cachées par l’idéologie environnante. Car, en France, le fait de se dire « de gauche » confère à toute personne une légitimité sans limite. Il est toujours valorisant d’être de gauche, mais jamais de droite. Au cours d’un dîner, il vaut mieux affirmer qu’on partage les idées de gauche et non pas de droite. En fait, on est victime d’un véritable complexe de gauche imposé par celle-ci à travers le temps. Ce complexe n’est pas seulement politique, il est tout autant historique, philosophique et artistique. Il s’est répandu grâce au terrorisme marxiste du PCF, avec la complicité des socialistes. Comme le rappelle l’auteur, c’est un procédé utilisé dès l’époque stalinienne, en URSS, quand on poussait les victimes des procès à avouer leur culpabilité et à reconnaître des fautes jamais commises. De même, la gauche d’aujourd’hui, en s’identifiant à la nation, à la laïcité et à la République, accapare le terrain politique et culpabilise la droite. Lorsque Lionel Jospin déclare en janvier 1998, devant l’Assemblée Nationale, que la droite avait été et demeurait anti-dreyfusarde et collaborationniste, ce fut ce mécanisme culpabilisateur qu’il utilisa. Combien furent ceux qui, même dans les rangs de la droite, s’élevèrent contre ces mensonges ?

Loin de la vérité, les propos de l’ancien Premier ministre sont contredits par une histoire que, visiblement, il ne maîtrise pas. La mémoire est-elle si défaillante pour oublier le tandem Mitterrand-Bousquet ? Le collaborationnisme ne fut pas du tout l’apanage de la droite, il a séduit de nombreux hommes venus de la gauche (Doriot, Déat et Laval, les deux derniers anciens de la SFIO). En juillet 1940, la plupart des radicaux, la plus grande partie des socialistes indépendants et la majorité des socialistes de la SFIO se sont ralliés au maréchal. Sans oublier que le grand ami, le PCF, fut le seul parti français à avoir soutenu Hitler. La gauche fut aussi raciste, au moins autant que la droite. Vacher de Lapouge, théoricien de l’antisémitisme qui inspira plus tard Hitler, débuta comme gambettiste dans les années 1880 avant de soutenir le socialisme guesdiste pour s’éloigner des milieux socialistes durant l’affaire Dreyfus. Karl Marx en personne théorisa un antisémitisme féroce. Voici ce qu’il écrit dans La Question juive : « Quel est le fond profane du judaïsme ? Le besoin pratique, l’utilité personnelle. Quel est le culte profane du Juif ? Le trafic. Quel est son dieu profane ? L’argent… Quelle est en soi la base de la religion juive ? Le besoin pratique, l’égoïsme. Le monothéisme du Juif est donc, en réalité, le polythéisme des besoins multiples… L’argent est le dieu jaloux d’Israël devant qui nul autre dieu ne doit subsister… ». Dans Le Capital, il estime que « toutes les marchandises sont de l’argent pour les Juifs intérieurement circoncis ». Pour Proudhon, le Juif « est un entremetteur, toujours frauduleux et parasite, qui opère, en affaires, comme en philosophie, par la fabrication, le maquignonnage ». Pour Bakounine, le « monde juif forme une secte exploitante, un peuple sangsue, un unique parasite dévorant ». Et selon Auguste Blanqui, « le suffrage universel est une chose jugée, c’est l’intronisation définitive des Rothschild, l’avènement des Juifs ».

Pour ce qui est de l’esclavagisme et du colonialisme, la gauche a même devancé la droite dans l’entreprise de « libération des peuples » par la soumission. Quelques exemples suffisent pour tordre le cou à des clichés : Déclaration de Jean Jaurès devant la Chambre des Députés en 1903 : « La France a d’autant plus de droit de prolonger au Maroc son action économique et morale que la civilisation qu’elle représente en Afrique auprès des indigènes est certainement supérieure à l’état présent du régime marocain ». Déclaration de Léon Blum devant la Chambre des Députés en 1925 : « Nous admettons le droit et même le devoir des races supérieures d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture ». François Mitterrand, ministre de l’Intérieur (1954) : « Des Flandres au Congo la loi s’impose et cette loi est française. Telle est notre règle, non seulement parce que la Constitution nous l’impose, mais parce que cela est conforme à nos volontés ». A l’expansionnisme colonial s’ajoutent le négationnisme procommuniste et les fantasmagories sociales, servis à profusion depuis des décennies.

Empêtrée dans ces certitudes, la gauche tarde à se renouveler. A l’occasion du prochain Congrès du PS, une lutte intestine a lieu entre la ligne dogmatique, étatiste ou bien celle plus ouverte, tendance social-démocratie. Mais en instaurant un véritable complexe idéologique à toute la société française, la gauche socialiste ne sait plus comment se réformer. Elle espère un faux pas de la droite pour rebondir.

 

Bogdan Calinescu


 
 
 

 

 

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