LA LECON DE CAPITALISME

Dans un livre d’entretiens (Ils vont tuer le capitalisme, Editions Plon) avec Philippe Manière, le créateur d’AXA, Claude Bébéar, passe en revue les ennemis – et les amis – du capitalisme. Une véritable leçon d’économie.

D’après Manière, cela le tracassait depuis longtemps. Face à quelques dérives ces dernières années, à la baisse de la Bourse, aux scandales financiers, Claude Bébéar avait envie d’en parler. Lui, le « praticien du capitalisme » parti de rien et bâtisseur d’empire, exemple parfait de l’inanité de la théorie de Bourdieu sur la « reproduction des élites », se met à critiquer les aspects d’un système dont il a profité au maximum. Mais ses raisons sont nobles : il ne s’agit pas d’une critique à la Forrester ou Bové, qui tient plus de l’hystérie que de l’analyse constructive, c’est un regard de l’intérieur d’un système qu’il connaît très bien et qu’il voudrait sauver et améliorer.

L’angle d’attaque n’est pas celui d’un théoricien imbu d’économie et de philosophie. Car le capitalisme n’est pas une idéologie, c’est un instrument économique aux mains de la liberté. Il existe depuis que l’homme est né ; d’ailleurs, il a disparu seulement dans les pays où des dictatures ont voulu l’anéantir, sinon, les hommes l’ont toujours préféré spontanément à tout autre système économique. Il a fonctionné d’abord grâce à la confiance.

Le premier ennemi ? L’impôt et surtout ceux qui le prélèvent et qui gèrent les fonds publics. Ils ne se rendent pas compte combien il est difficile de gagner de l’argent en tant qu’entrepreneur. L’ISF est parmi les plus injustes, d’ailleurs il coûte à l’Etat plus qu’il ne rapporte et il fait fuir à l’étranger des dizaines de milliers de Français en détruisant des centaines de milliers d’emplois. Quelle importance, idéologiquement et politiquement, il faut le garder.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire d’un libéral comme lui, Bébéar se méfie du marché. Du moins à court terme. Il n’aime pas les spéculations, les rumeurs et l’impatience. Il préfère raisonner à long terme, sans pour autant faire confiance aux vrais-faux conseillers, comme ces analystes financiers qui agissent à l’instinct et terrorisent les investisseurs. Comme les agents de notation dont les avis débordent largement le cercle des spécialistes et provoquent une réaction perverse des marchés. Sans parler des auditeurs qui ne voient pas tout (affaire Enron) ou qui voient trop et mal (Vivendi). Et tout cela dans un contexte boursier dégradé depuis quelques années. La Bourse fonctionne mal, aujourd’hui, ce qui fait les prix ce n’est plus la confrontation des ordres donnés par les investisseurs finaux, mais les opérations réalisées pour traduire ou solder les positions prises par les grandes gestions sur les instruments dérivés. Ces opérations gonflent artificiellement l’offre et la demande d’un titre et nuisent à la formation du cours de la Bourse et contribuent à la volatilité des marchés. Même si la spéculation et l’arbitrage sont utiles à l’investisseur car il peut se « couvrir ».

Toutefois, ce sont les réglementations les grandes ennemies du capitalisme. A vouloir trop bien faire, on a compliqué la vie et empêché le système de fonctionner comme il faut. Certaines réglementations, justifiées au début, sont devenues complètement dépassées et dangereuses et, le comble, on ne s’est pas donné la peine de les réformer, de les actualiser alors que tout le monde voit qu’elles ne sont plus efficaces. Les décrets de la COB sont dépassés par le fonctionnement du marché, même si son rôle, d’après Bébéar, est utile. Une réglementation n’est bonne que si elle est adaptée à la situation existante ; malheureusement, les politiques ne la connaissent pas et, dépourvus d’informations et de connaissances, décrètent à côté de la plaque.

Tous ces ennemis, sont-ils capables de « tuer le capitalisme » ? Bébéar croit à l’immortalité du capitalisme et Manière à sa capacité de se réformer tout seul. En somme, à la solution libérale à ses « problèmes ». 

Bogdan Calinescu


 
 
 

 

 

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