ALAIN LAURENT : LA PHILOSOPHIE LIBERALE

On parle aujourd’hui de libéralisme de droite et de gauche, de libéralisme politique et économique, catholique et national, de néo et ultra-libéralisme, de mondialisation libérale et de libéralisme sauvage. Mais ces qualificatifs accolés au terme libéral sont-ils pertinents ? Existent-t-ils en réalité ? Ou bien ne s’agit-il que de pure invention sortie directement de l’imagination des contempteurs étatistes ?Alain Laurent nous monte le vrai visage du libéralisme.

Dans son dernier livre (La philosophie libérale, Les Belles Lettres, 2002), Alain Laurent veut justement rétablir la portée exacte de la référence libérale dévoyée par une méconnaissance profonde du sujet. Depuis le début des années 1980, le camp anti-libéral, par son incapacité d’argumenter par elle-même, s’est fait un devoir de monopoliser les interprétations du libéralisme. En méprisant royalement les écrits libéraux, ils ont constitué leur propre lecture du libéralisme qui s’est imposée habilement dans les médias. Pour leur donner la réplique (mais comment répondre à une idéologie ?), Alain Laurent retourne aux sources, fouille dans les textes, déterre quelques ouvrages et auteurs passés aux oubliettes, nous rappelle que le libéralisme est avant tout une philosophie d’origine autant anglaise que française.

C’est en replongeant dans le corpus classique (Locke, Montesquieu, Turgot, Kant, Jefferson, J-B Say, Constant, Bastiat, Tocqueville, Stuart Mill et Spencer) ou bien en « découvrant » Mises, Hayek et M. Friedman que le lecteur peut apprendre que la pensée libérale se fonde sur l’individu en coopération ou en concurrence avec d’autres individus dans des contextes économiques, politiques et culturels variés. Ce n’est donc pas l’individu communautarien de la société close, ni le citoyen rousseauiste, esclave d’un Etat tentaculaire.

Une autre caractéristique du libéralisme est la primauté de la liberté, vue comme un facteur fondamental d’accomplissement moral et social. « La liberté est une » dit Hayek ; elle est « une et indivisible » renchérit Vargas Llosa. Il n’y a pas de différence entre la liberté économique et la liberté politique, elles sont liées l’une à l’autre comme deux sœurs siamoises. La liberté des libéraux conduit à la plus grande diversité possible de choix : prendre sa retraite à sa convenance, travailler pour la durée de son choix, éduquer et faire instruire ses enfants selon ses préférences propres, se protéger de la violence dans les meilleures conditions…

Mais sans l’obligation de la responsabilité, la liberté individuelle s’autodétruit. Pour Bastiat, « La responsabilité c’est l’enchaînement naturel qui existe, relativement à l’être agissant, entre l’acte et ses conséquences : c’est un système complet de peines et de récompenses fatales, qu’aucun homme n’a inventé, qui agit avec toute la régularité des grandes lois naturelles ». Respecter la liberté humaine, c’est « laisser faire la responsabilité », soutiennent les libéraux. Et contrairement à ce qu’affirment les anti-libéraux, la solution libérale ne surgit pas de la « main invisible », elle dépend de la détermination préalable et réfléchie de règles communes du jeu, gouvernées par la norme de l’égale liberté pour tous. Les libéraux ne connaissent que les droits individuels et rejettent toute idée de  droits collectifs.

Pour tous les libéraux, le jugement de Bastiat est universel : « Propriété et liberté, c’est à nos yeux une seule et même chose. Les mots Propriété, Liberté n’expriment que deux aspects d’une même idée ». En effet, la propriété privée constitue le meilleur support et la meilleure expression possible de la liberté individuelle dans un contexte concurrentiel.

Après avoir tracé les grandes lignes du libéralisme, Alain Laurent s’attaque aux déviations et fait quelques mises au point (un excellent chapitre est consacré aux « ultra-libéraux » qui sont dénoncés depuis Stendhal). A la fin, il propose au lecteur quelques (nouvelles) lectures de plusieurs libéraux méconnus (Constant, Spencer) ou bien inconnus (Proudhon, Mill).

Inutile d’insister sur le caractère salubre et bénéfique de cet ouvrage. C’est en même temps un manuel pour l’apprenti libéral et un livre pour l’initié qui souhaite réactualiser ses connaissances.


 

 

 

Alain Laurent : La philosophie libérale