CHRISTIAN JULIENNE : Le diable est-il libéral ?

Connu surtout grâce aux révélations concernant la SNCF, Christian Julienne revient aujourd’hui avec un livre (Le diable est-il libéral, Les Belles Lettres, 2001) qui s’attaque avec force et habileté à la pensée dominante : l’antilibéralisme.

C’est un livre qu’on attendait depuis longtemps. Argumenté, précis, bien écrit, il devrait convaincre même ceux qui continuent à douter. Car Christian Julienne se donne la peine de prendre l’une après l’autre les inepties de nos gauchistes et de les démolir à l’aide de chiffres, statistiques et exemples concrets. L’exercice est difficile, s’attaquer à Viviane Forrester, Pierre Bourdieu, René Passet, Bernard Marris, ATTAC, Le Monde diplomatique n’a rien d’une promenade de santé. Ils truquent les rares statistiques qu’ils utilisent, font appel à la langue de bois, leur discours (il s’agit de défendre les pauvres) vise l’émotionnel, l’affectif, la corde sensible de la population (le tirage des livres de Viviane Forrester atteint les 300 000 exemplaires). De plus, ils ne se considèrent pas socialistes, ni marxistes et encore moins communistes. Alors, que sont-ils ? Ils condamnent l’ultralibéralisme, la dictature du marché, le profit et les patrons ; ils sont étatistes et proletcultistes.

Comment parler d’ultralibéralisme dans une société d’économie mixte où l’Etat confisque plus de 50 % de la richesse du pays ? Où est cette dictature du marché lorsque nos gouvernements augmentent les impôts au gré de leur humeur, décident de notre temps de travail, subventionnent à tout va des pans entiers de l’économie (même privée), arrosent à coups de milliards l’enseignement, le social, les associations et embauchent tous les ans des fonctionnaires supplémentaires ? La France d’aujourd’hui est une Société d’Economie Mixte dans laquelle l’Etat est le plus gros promoteur immobilier, celui qui dicte, par l’intermédiaire de l’inspection des Finances et de la Banque de France, la politique monétaire à suivre. C’est aussi la SEM qui s’occupe de nos retraites et refuse de les réformer malgré le déficit de financement et une dette publique de 5 400 milliards de francs début 2001, assure un SMIC quel que soit le travail effectué, paye le RMI sans aucune contrepartie, finance des syndicats complètement déphasés, préoccupés seulement par la défense des « acquis sociaux » dans la fonction publique. C’est ça la dictature des marchés ?

Mais Christian Julienne ne se contente pas seulement de démontrer les bêtises de nos pseudo-sociologues et faux économistes, il s’en prend aussi à leurs solutions. Ils veulent plus d’Etat. Lequel ? Celui qui est dirigé par une poignée de personnes, dans lequel le Parlement n’a aucun pouvoir de contrôle et où la Cour des Comptes est traitée avec un mépris royal. Ce soi-disant Etat protecteur est rongé par la corruption à tous les niveaux, incapable de financer la justice, la police et les prisons sordides, défenseur, non pas des pauvres, mais des copains (les nominations dans les postes importants se font plus par affinités que par concours administratif). Au contraire, il est temps de se débarrasser de cet Etat mafieux, le réformer serait pratiquement impossible.

Même si nous savons que ce livre ne remportera jamais le succès des opuscules de Forrester ou Bourdieu, il est urgent de le faire connaître. S’attaquer à l’idéologie dominante et lui opposer des arguments et non pas des opinions est plus qu’un travail indispensable mais aussi une mise en garde concernant la tentation totalitaire qui se cache derrière le délire idéologique de ces étatistes.

Bogdan Calinescu

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