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S’il est un sujet propice à la désinformation, c’est bien ce qui concerne
les Etats-Unis. Le livre de Guy MILLIERE (L’Amérique monde.
Les derniers jours de l’empire américain) permet de rectifier
un certain nombre d’erreurs et d’a priori. C’est une mine
d’informations, pour combattre l’anti-américanisme primaire.
Lors d’une émission consacrée
aux élections américaines et diffusée en « prime time »
vers la fin du mois d’octobre 2000, la chaîne Arte avait convié
sur le plateau plusieurs spécialistes des Etats-Unis dont
deux « chercheurs » français et un américain.
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Un des invités n’était
autre que José Bové, le héraut de l’anti-américanisme, grand connaisseur
de la vie politique et économique américaine. Interrogé par l’animateur
de l’émission sur les élections qui allaient avoir lieu dans quelques
jours, Bové se lance dans une acerbe diatribe contre les Etats-Unis
qu’il accuse – comme il en a l’habitude - d’être à l’origine de
tous les maux sur Terre. Parallèlement, il donne son opinion sur
les élections en faisant preuve d’une méconnaissance totale du système
électoral américain, des programmes des candidats ou d’un quelconque
aspect de la vie politique d’outre Atlantique. Son discours rudimentaire
n’est que de la pure idéologie qui tire ses sources d’une haine
viscérale des Etats-Unis. Que la chaîne « culturelle »
Arte invite un énergumène (José Bové est sur le coup de plusieurs
condamnations pour violences, dégradations de biens publics, faits
graves sur voie publique) à apporter ses lumières sur les élections
dans la plus grande démocratie au monde nous paraît extrêmement
grave et une nouvelle preuve que l’argent public est destiné plutôt
à l’idéologie et à la propagande qu’à l’information et à la vérité.
Plus inquiétante encore est l’apathie totale des autres quidams
présents sur le plateau. Cloués dans leurs fauteuils, ils paraissaient
saisi d’avance par une peur terrible à l’idée de contredire celui
qui est considéré comme le nouveau Tocqueville par une partie des
médias français.
Mais pourquoi cette placidité devant l’anti-américanisme ?
S’agit-il d’une épidémie dont on n’arriverait pas à se débarrasser ?
D’une totale ignorance de ce pays contre lequel la France n’a jamais
été en guerre ? D’une forme d’égoïsme et d’envie dissimulée
sous les traits de la haine ? Probablement, il y a un peu de
tout ça dans le comportement des Français vis-à-vis des Américains.
Pourtant, on connaît la vraie Amérique depuis Tocqueville jusqu’à
Jean-François Revel en passant par Jean-Jacques Servan Schreiber
et Raymond Aron. Pour compléter les articles et les livres de ceux-ci,
il fallait un ouvrage qui recense et analyse tout ce qui est source
d’anti-américanisme. C’est chose faite avec le dernier livre de
Guy Millière : L’Amérique monde. Les derniers jours de l’empire
américain, Editions François-Xavier de Guibert, 2000. Enseignant
à l’Université de Paris VIII et à Calstate Long Beach en Californie,
Guy Millière passe tous les ans quelques mois aux Etats-Unis. Il
a donc eu largement le temps de comprendre le pays de l’entreprise,
de l’emploi et de la finance, mais aussi celui de la religion et
d’une fervente croyance en Dieu.
Contrairement à ce que répondait François Mitterrand
d’une façon quasi-mécanique dans les années 1980 et au début des
années 1990 pour expliquer le chômage français à des journalistes
ignorants et paresseux, le monde n’était pas en crise économique.
Les Etats-Unis ont connu une croissance sans précédent depuis le
début des années 1980 et qui se poursuit encore aujourd’hui. Entre
1982 et 1989, le PIB de l’Amérique a augmenté d’un tiers (l’équivalent
de celui de l’Allemagne !) et a permis la création de vingt
millions d’emplois auxquels se sont ajoutés plus de 16 millions
entre 1990 et 1998. Durant la même période, le taux de chômage n’a
cessé d’augmenter en France. Au lieu de se complaire dans l’anti-américanisme,
la France aurait dû s’intéresser aux raisons de ce succès. Au rôle
des « supply siders » qui se réclamaient de Jean-Baptiste
Say et de l’économie de l’offre, à l’apport des « outsiders »,
ces créateurs et innovateurs qui, en France, sont étouffés par la
pression étatique et à la société hétérarchique américaine faite
de complémentarité entre individus et non pas hiérarchisée et soumise au poids bureaucratique. Le pays
qui ne considère pas que s’enrichir est une honte a su encourager
la concurrence et la compétitivité chez les jeunes dès l’école,
a facilité l’apparition des « think tanks », des instituts
de recherche privés, indépendants du pouvoir, vivant des dons et
garants de la liberté de pensée. Les « think tanks » sont
à la base des grandes réformes qui ont été faites ces dernières
années en Amérique. Réformes de la santé et des retraites avec des
privatisations dans le domaine hospitalier et l’introduction des
fonds de pension, dans le domaine de l’éducation avec la popularisation
des « vouchers », ces tickets qui permettent aux parents
de choisir librement l’école de leurs enfants. Ils ont aussi démoli
le mythe de la pauvreté aux Etats-Unis, en dénonçant les échecs
de l’Etat-providence et en montrant que les pauvres ont toutes les
chances de s’en sortir par le travail et l’abnégation. Contrairement
aux clichés français, les pauvres américains ne se portent pas trop
mal : le seuil de pauvreté est fixé à 13.900 dollars/an, soit
96.000 francs (8.000 francs par mois).
Le livre de Guy Millière, construit comme un Dictionnaire
(chaque chapitre traite d’un mot-clef) facile à consulter, rempli
d’exemples et de témoignages (une très utile bibliographie est proposée
à la fin de l’ouvrage), est une mine d’informations pour tous ceux
qui cherchent des arguments afin de combattre les anti-américains.
Malheureusement, le duel est souvent inégal, car ces derniers évitent
l’engagement sur le terrain des faits et des chiffres, ils préfèrent
l’autre arme, plus redoutable et plus efficace car elle trouve une
réponse à tout : l’idéologie.
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