|
FRANCOIS
CROUZET : Histoire de l'économie européenne
|
||
Outil indispensable pour connaître le passé de notre continent, le livre de Crouzet a, en plus, le mérite d’être synthétique et d’insister sur les faits les plus marquants de l’économie européenne tout en démarxisant certains événements comme par exemple la Révolution industrielle, l’urbanisation au XIXe siècle ou bien l’interprétation des guerres entre ses peuples. Et son Histoire ne se restreint pas, comme la plupart des ouvrages sur le même sujet parus en France, à l’Europe occidentale ; il consacre à l’Est de l’Europe, aux « pays ferry-boats », d’après l’expression d’Ivan Berend, plusieurs chapitres riches et édifiants expliquant un certain retard économique qui n’a fait que s’aggraver depuis la catastrophe communiste. La première période, qui s’étend du Xème au XIIIème siècle, est celle d’un Occident chrétien en train de bâtir les bases d’une véritable économie dont les premiers signes de reprise et de modernisation sont apparus dès le VIIème siècle après une époque de pauvreté et d’arriération dominée par le monde musulman et l’Empire byzantin. Il s’agit d’une économie prospère malgré les guerres et les épidémies et qui connaît – déjà – quelques progrès technologiques (le moulin à eau) bien accueillis surtout par les paysans. En fait, l’économie de l’Europe médiévale a été la première à avoir introduit l’énergie non-humaine en remplacement des esclaves et des coolies et à avoir contredit les historiens marxistes : « la transition du féodalisme au capitalisme » s’est beaucoup prolongée et fut tellement complexe qu’elle est très difficile à situer. A partir du du XIVe et jusqu’au XVIIIe siècle, l’économie du continent ressemble à un bloc « de changement et de continuité ». D’une part, les inventions (l’imprimerie, la poudre à canon, la caravelle) et les grandes découvertes accélèrent les transformations nécessaires à une véritable modernisation et, d’autre part, la primauté encore écrasante de l’agriculture et la basse productivité du travail (en Angleterre, le pays le plus prospère, la moitié de la population ne pouvait pas survivre grâce à ses propres ressources) empêchent les changements. Même si, à partir du XIIIe siècle, certains pays, dont l’Italie, donnent naissance aux premiers échanges commerciaux modernes fondés sur l’assurance, la comptabilité en partie double et les lettres de change pour des paiements transférés à longue distance. Pendant ce temps, l’Europe de l’Est, proie des envahisseurs tatars et turcs, s’enfonçait dans l’arriération sous des régimes autocratiques et une réligion orthodoxe conservatrice, hostile au modernisme et à l’étranger. La deuxième moitié du XVIIIe siècle et le début du XIXe révèlent quatre changements essentiels qui ont contribué à la construction d’un véritable système économique pérformant et durable : la mécanisation (le machinisme), les nouveaux procédés dans la métallurgie et de l’industrie chimique, l’usage d’une nouvelle forme d’énergie, la vapeur, et – ce que l’on oublie trop souvent – l’innovation en matière d’organisation, l’apparition du « Factory system » basée sur la division du travail et le processus unifié de production. Un des plus passionnants chapitres est consacré à l’Angleterre, terreau du « laissez faire » et de la libre entreprise, de l’innovation et de l’audace, ce qui explique en grande partie le fertilité de la Révolution industrielle. Deux siècles après, en 1913, l’économie européenne avait déjoué les pièges malthusiens. On a affaire dorénavant à une économie européenne riche (le rapport entre le PNB réel par tête en Europe et le reste du monde – qui était de 2 à 1 en 1800 – est passé en 1900 à 4 contre 1) ayant bien intégré le marché comme mécanisme régulateur. Après 1914 et jusqu’à nos jours, l’économie connaît des écarts de développement énormes, de la grande crise d’après guerre, en passant par les Trente (?) Glorieuses et jusqu’au déclin des années 1990 (durant ces années, la chute du communisme est allée de pair avec la suprématie du capitalisme anglo-américain, créateur de plus de richesses et plus adapté à la mondialisation). François Crouzet insiste aussi sur l’incapacité de certains pays, comme la France, à faire les réformes structurelles nécessaires à une croissance saine et durable et sur les dangers de l’écologisme, une « idéologie irrationnelle ayant des points communs avec le nazisme ». En conclusion, l’auteur évite à juste titre le piège de la prévision économique, il lui préfère le constat implacable de la réalité : « Quoi qu"il en soit, à la fin du XXe siècle, il est nécessaire de souligner l’importance historique de l’échec du « socialisme réel » et du triomphe du capitalisme ». |
||
|
|