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L’Etat de nature* Selon l'état de nature décrit
par Locke, les individus se trouvent dans un « état où ils sont parfaitement
libres d'ordonner leurs actions, de disposer de leurs biens et de leurs
personnes comme ils l'entendent, dans les limites du droit naturel, sans
demander l'autorisation d'aucun autre homme ni dépendre de sa volonté
»[1]
(sect. 4).. Les limites du droit naturel stipulent que « nul ne doit léser
autrui dans sa vie, sa santé, sa liberté, ni ses biens » (sect. 6). Quelques
personnes transgressent ces limites, « enfreignent les droits d'autrui...
s'agressent les unes les autres », aussi, par réaction, les gens peuvent-ils
se défendre ou défendre les autres contre de tels empiétements sur leurs
droits (chap. 3). La parie lésée et ses agents ont le droit de « récupérer
sur le délinquant de quoi réparer de
manière acceptable le préjudice subi (sect. 10). « Chacun est habilité
à punir ceux qui enfreignent... le droit de la nature... de peines suffisantes
pour prévenir les infractions » (sect. 7); chaque personne a « uniquement
le pouvoir d'...infliger [au criminel] autant que le sang-froid, la raison
et la conscience l'exigent, un mal proportionnel à l'infraction, c'est-à-dire
suffisant pour assurer la réparation et la prévention » (sect. 8). Associations
protectrices Comment peuton traiter
ces problèmes à l'intérieur d'un état de nature ? Commençons par le dernier.
Dans un état de nature, un individu
peut faire respecter ses droits lui-même, se défendre, exiger des compensations
et châtier (ou du moins essayer de faire de son mieux pour atteindre ce
but). D'autres peuvent se joindre à lui pour le défendre, à son appel[4].
Ils peuvent se joindre à lui pour repousser un attaquant ou poursuivre
un agresseur, soit parce qu'ils ont l'esprit civique, ou parce que ce
sont ses amis, soit encore parce qu'il les a aidés dans le passé, ou parce
qu'ils souhaitent qu'il les aide à l'avenir, ou enfin en échange de quelque
chose. Des groupes d'individus peuvent former des associations de protection
mutuelle : tous répondront à l'appel de n'importe quel des membres pour
sa défense ou le respect de ses droits. L'union fait la force. Deux inconvénients
accompagnent de telles associations de simple protection mutuelle : 1)chacun est toujours susceptible d'être appelé
à servir dans des fonctions protectrices (et comment décidera-t-on de
celui qui devra répondre à l'appel pour ces fonctions protectrices qui
n'exigent pas les services de tous les membres ?); et 2) n'importe quel
membre de l'association peut en appeler à ses associés en disant que ses
droits sont ou ont été violés. Les associations protectrices ne voudront
pas être aux ordres de leurs membres acariâtres ou paranoïaques, sans
compter ceux de leurs membres qui pourraient tenter, sous couvert d'autodéfense,
d'utiliser l'association pour violer les droits des autres. Des difficultés
apparaîtront également si deux membres de la même association entrent
en conflit, chacun invitant ses compagnons à venir à son aide. L'association protectrice dominante Initialement, plusieurs associations ou compagnies protectrices différentes offriront leurs services dans la même aire géographique. Qu'arrivera-t-il lorsqu'il y aura conflit entre des clients de différentes organisations? Les choses sont relativement simples si les organisations parviennent à s'entendre sur la nature de l'affaire (quoique chacune puisse prétendre requérir sa notion). Mais qu'arrive-t-il si elles arrêtent des décisions différentes à la valeur du dossier et q'une organisation tente de protéger son client tandis que l'autre essaie de le châtier ou de lui faire payer une compensation ? Seules trois possibilités méritent qu'on s'y arrête : 1) Dans de telles situations, les forces des deux organisations se livrent
bataille. L'une des deux organisations gagne toujours de telles batailles.
Comme les clients de l'organisation perdante sont mal protégés dans
les conflits avec les clients de l'organisation gagnante, ils abandonnent
leur organisation propre pour faire affaire avec la gagnante[7]. 2) L'une des organisations possède un pouvoir centré dans une aire géographique donnée, l'autre dans une autre. Chacune gagne les batailles livrées à proximité de son centre de puissance, moyennant un certain gradient[8]. Les gens qui font affaire avec une organisation mais qui vivent sous l'autorité de l'autre peuvent soit se rapprocher du quartier général de leur propre organisation, soit s'affilier à l'autre organisation protectrice (la frontière est à peu près aussi conflictuelle que celle existant entre les Etats). Dans aucun de ces deux cas, il ne reste beaucoup d'interférence géographique. Une seule organisation protectrice opère dans une aire géographique donnée. 3)Les deux organisations se combattent souvent et à force égale. Elles perdent et gagnent alternativement, et leurs membres, mélangés, traitent et se disputent fréquemment les uns avec les autres. Ou peut-être, sans combattre, ou après quelques escarmouches seulement, les organisations réalisent-elles que de telles luttes surviendront continuellement en l'absence de mesures préventives. De toute façon, pour éviter des luttes fréquentes, coûteuses et vaines, les deux organisations, peut-être par l'intermédiaire de leurs chefs, acceptent de résoudre pacifiquement les affaires sur lesquelles elles avaient porté des jugements différents. Elles conviennent de désigner un troisième arbitre aux décisions duquel elles se soumettront, au cas où leur jugement respectif différerait. (Ou bien elles pourraient établir des règles décidant quelle organisation aurait pouvoir de juridiction dans telles ou telles circonstances[9].) Ainsi émerge un système de cours d'appel et de règles acceptées concernant la juridiction des conflits de droit. Malgré l'existence de différentes organisations, il existe un système judiciaire fédéral unifié dont les organisations sont les composants. Dans chacun de ces cas, presque
toutes les personnes d'une aire géographique donnée sont soumises à un
système commun qui juge de leurs revendications contradictoires et fait
respecter leurs droits. Avec l'anarchie, sous la sollicitation de groupements
spontanés, d'associations de protection mutuelle, de la division du travail,
des pressions du marché, des économies d'échelle et de l'égocentrisme
rationnel, émerge quelque chose qui ressemble de très près à un Etat minimal
ou à un groupe d'Etats minimaux distincts géographiquement. Pourquoi ce
marché est-il différent de tous les autres marchés ? Pourquoi un monopole
virtuel émergerait-il dans ce marché sans l'intervention du gouvernement
qui, ailleurs, le crée et le maintient[10] ? La valeur
du produit acheté, la protection contre les autres, est relative : elle
dépend de la force des autres. Pourtant, à la différence d'autres marchandises,
qui sont comparativement évaluées, des services concurrents de protection
maximale ne peuvent coexister; la nature du service mène les différentes
organisations non seulement à se concurrencer en vue d'obtenir la faveur
du client, mais, aussi, les mène à entrer en violent conflit les unes
avec les autres. Aussi, comme la valeur du produit moins que maximal décline
de façon disproportionnée avec le nombre qui achète le produit maximal,
les clients ne choisiront pas régulièrement le bien de valeur moindre,
et les sociétés en concurrence sont prises dans une spirale descendante.
D'où les trois possibilités énumérées plus haut. Les
explications de la main invisible Dans quelle mesure, si elle
peut vraiment l'être, une association protectrice dominante est-elle différente
de l'Etat ? Locke avait-il tort d'imaginer un ensemble nécessaire pour
établir une société civile ? Comme il a eu tort lorsqu'il pensait (sect.
46, 47, 50) qu'une « convention » ou un « consentement mutuel » était
nécessaire pour établir « l'invention de l'argent ». A l'intérieur du
système de troc, il y a un grand inconvénient et cela coûte cher de rechercher
quelqu'un qui ait ce que vous désirez et désire ce que vous avez, même
sur un marché, endroit qui, ne l'oublions pas, ne devient pas nécessairement
un marché du fait que tout le monde est expressément d'accord pour y faire
des affaires. Les gens échangeront leurs marchandises contre quelque chose
qu'ils savent être généralement plus demandé que ce qu'ils ont. Car il
y aura plus de chances qu'ils puissent échanger ce produit pour ce qu'ils
désirent. Pour les mêmes raisons, d'autres seront plus désireux de prendre
en échange cette chose plus généralement désirée. Ainsi les gens se rencontreront-ils
lors d'échanges de produits plus marchandables, désireux qu'ils seront
d'échanger leurs produits contre ces marchandises; plus ils sont désireux,
plus ils connaissent d'autres personnes également désireuses d'en faire
autant, par un processus de renforcement mutuel. (Ce processus sera renforcé
et hâté par des intermédiaires cherchant à tirer profit en facilitant
des échanges, intermédiaires qui, eux-mêmes, trouveront souvent plus expédient
d'offrir des marchandises plus vendables en échange.) Pour des raisons
évidentes, les produits vers lesquels ils se dirigent, par le canal de
décisions individuelles, auront des propriétés spécifiques : une valeur
indépendante initiale (ou alors ces produits ne commenceraient pas par
être plus vendables), ils sont matériellement solides, durables, non périssables,
divisibles, portables, etc. Aucun accord expressément énoncé, aucun contrat
social fixant un moyen d'échange n'est nécessaire[13]. 1) Les explications liées à la théorie de l'évolution (via la mutation aléatoire, la sélection naturelle, la dérive génétique, etc.) des caractéristiques des organismes et des populations (James Crow et Motoo Kimura font le point sur les formulations mathématiques dans An Introduction to Population Genetics Theory, New York, Harper & Row, 1970). 2) Les explications, en écologie, de la régulation des populations animales (voir Lawrence Slobodkin, Growth and Regulation of Animal Populations, New York, Holt, Rinehart & Winston, 1966, pour un bilan de la question). 3) Le modèle explicatif de Thomas Schelling (American Economic Review, mai 1969, p. 488-493) montrant à quel point les configurations extrêmes de ségrégation résidentielle peuvent se produire avec des individus qui ne le désirent pas mais parlent, par exemple, de vivre dans un voisinage dont 55 % de la population appartient au même groupe qu'eux, et qui changent de lieu de résidence pour parvenir à leur fin. 4) Certaine explication par le conditionnement de l'opérateur de différents modèles compliqués de comportement. 5) La discussion, par Richard Herrnstein, des facteurs génétiques, dans la stratification en classes d'une société donnée (IQ in the Meritocracy, Atlantic Monthly Press, 1973). 6) Discussions sur la manière dont le calcul économique s'effectue sur les marchés (voir Ludwig von Mises, Socialism, IIe Partie : L'Action humaine, chap. 4, 7-9). 7) Explications
microéconomiques des effets de l'intervention extérieure sur un marché,
et de l'établissement et de la nature des nouveaux équilibres. 8) L'explication de Jane Jacobs sur les raisons pour lesquelles certains quartiers citadins ne présentent pas de dangers dans The Death and Life of Great American Citier, New York, Random House, 1961. 9) La théorie autrichienne des cycles économiques. 10) La remarque de Karl Deutsch et de William Madow selon laquelle, dans une organisation devant prendre un grand nombre de décisions importantes (qui peuvent plus tard passer pour correctes) dans un éventail réduit de choix, si un grand nombre de gens ont une chance d'exprimer dans quelle direction devrait s'orienter la décision, un certain nombre de personnes gagneront la réputation de sages conseillers, même si tous décident au hasard quel conseil donner (Note on the Appearance of Wisdom in Large Bureaucratic Organizations, Behavioral Science, janvier 1961, p. 72-78). 11) Les modèles émergeant de l'opération d'une modification de la modification que Frederick Frey a apportée au principe de Peter : les gens ont dépassé de trois niveaux leur propre niveau d'incompétence au moment où leur incompétence est effectivement discernée. 12) L'explication de Roberta Wohlstetter (Pearl Harbor : Warning and Decision, Stanford, Stanford University Press, 1962), en opposition aux théoriciens de la « conspiration », donnant les raisons pour lesquelles les Etats-Unis n'ont pas agi sur la foi des preuves qu'ils possédaient indiquant l'attaque japonaise imminente à Pearl Harbour. 13) Cette explication de la « prééminence intellectuelle des juifs » qui insiste sur le grand nombre de catholiques, parmi les plus intelligents, qui n'ont pas eu d'enfants pendant des siècles, alors qu'au contraire les rabbins étaient encouragés à se marier et à se reproduire. 14) La théorie selon laquelle les biens publics ne sont pas fournis seulement par des actions individuelles. 15) La façon dont Armen Alchian montre une main invisible (selon notre terminologie plus tardive, un filtre) différente de celle de Adam Smith (Uncertainty, Evolution and Economic Theory, Journal of Political Economy, 1950, p. 211-221). 16) L'explication de F.
A. Hayek selon laquelle la coopération sociale utilise plus de connaissances
que n'en possède n'importe quel individu, du fait que les individus
adaptent leurs activités en fonction de l'influence que les activités
des autres pareillement adaptées exercent sur leur situation personnelle,
et en suivant les exemples qu'on leur présente, créant ainsi de nouvelles
formes institutionnelles, des modes généraux de comportement, etc. (The Constitution of Liberty,
chap. 2). Une activité de recherche
très enrichissante consisterait à cataloguer les différents modes (et
les différentes combinaisons) d'explication de la main invisible en spécifiant
quels types d'explications de la main invisible peuvent expliquer certains
types de modèles et lesquels. Nous pouvons mentionner ici deux types de
processus de main invisible grâce auxquels un modèle P peut être produit
: des processus de filtrage et des processus d'équilibre. Au travers des
processus de filtrage ne peuvent passer que les choses ajustées à P, parce
que les processus ou les structures éliminent tout ce qui n'est pas P;
dans les processus d'équilibre, chaque composante présente une réponse
ou s'ajuste aux conditions « locales », chaque ajustement changeant l'environnement
local des autres qui lui sont proches, de telle façon que la somme des
ondes des ajustements locaux constitue ou forme P. (Certains processus
d'ajustements locaux par ondulations ne parviennent pas à un modèle d'équilibre,
pas même changeant.) Un processus d'équilibre peut aider à entretenir
un modèle de différentes manières, et il peut aussi y avoir un filtre
qui élimine les déviations par rapport au modèle, déviations trop importantes
pour être ramenées par des mécanismes internes équilibrants. Peut-être
la forme la plus élégante d'explication de cette sorte suppose-t-elle
deux processus d'équilibre, chacun perpétuant de l'intérieur son modèle
de petites déviations, et chacun servant de filtre destiné à éliminer
les grandes déviations survenant dans l'autre. L'association
protectrice dominante est-elle un Etat ? Avons-nous fourni une explication
de l'Etat selon le principe de la main invisible ? Le schéma des associations
protectrices privées peut apparemment différer de l'Etat minimal ou manquer
de satisfaire à la conception minimale d'un Etat, de deux façons :
1) cette association semble permettre à certaines personnes de faire respecter
leurs propres droits, et 2) elle ne semble pas protéger tous les individus
à l'intérieur de son domaine. Les auteurs suivant la tradition de Max
Weber[15] considèrent
que l'exercice d'un monopole sur l'usage de la force dans une aire géographique,
monopole incompatible avec une mise en application privée des droits,
est capital pour l'existence d'un Etat. Comme Marshall Cohen le fait remarquer
dans un essai non publié, un Etat peut exister sans monopoliser effectivement
l'utilisation de la force qu'il n'a pas autorisé les autres à utiliser;
à l'intérieur des frontières d'un Etat il peut exister des groupes comme
la Mafia, le KKK, les White Citizens Councils, les syndicalistes en grève
et les météorologues qui utilisent aussi la force. Prétendre à un tel
monopole n'est pas suffisant (si vous y prétendiez, vous ne deviendriez
pas l'Etat), pas plus que le fait d'être le seul et unique prétendant
ne constitue une condition nécessaire. Il n'est pas besoin non plus que
tous reconnaissent la légitimité de la prétention de l'Etat à un tel monopole,
soit que, en tant que pacifistes, ils pensent que personne n'a le droit
d'utiliser la force, soit que, en qualité de révolutionnaires, ils croient
qu'un Etat donné n'a pas ce droit, soit encore qu'ils se croient habilités
à s'en solidariser et à le cautionner quelle que soit la position de l'Etat.
Aussi la formulation des conditions suffisantes de l'existence d'un Etat
est-elle une tâche difficile et désordonnée[16]. * Anarchie,
Etat et Utopie, Libre-échange
PUF, Chapitre 2, pp.27-44. [1] John Locke, Two Treatises of Government, 2e éd., éd. par Peter Laslett, New York, Cambridge University Press, 1967. Sauf mention contraire, toutes les citations sont tirées du Deuxième Traité du gouvernement civil, résumé du Premier Traité du gouvernement civil, introduction, traduction et notes par B. Gilson, Paris, Vrin, 1977. [2] Proudhon nous a donné une description des « inconvénients
» domestiques de l'Etat :
« Etre GOUVERNÉ, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé,
légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé,
apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni le titre,
ni la science, ni la vertu... Etre GOUVERNÉ, c'est être, à chaque
opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré,
recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé,
apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est,
sous prétexte d'utilité publique, et au nom de l'intérêt général,
être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné,
pressuré, mystifié, volé; puis, à la moindre résistance, au premier
mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé,
assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé,
condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné,
outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà
sa morale » (Pierre-Joseph Proudhon,
Idée générale de la révolution au XIXe siècle, Paris, Ed. du Groupe
Fresnes-Antony de la Fédération anarchiste, 1979, p. 248.) [3] Sur les difficultés de s'en tenir à une position,
et sur les accords tacites, voir Thomas C. Schelling, The Strategy of Conflict (1960); trad. fr. Stratégie du conflit, Paris, PUF, 1986. [4] D'autres peuvent châtier, sans qu'il ne le demande;
voir l'analyse plus approfondie du chapitre 5 de ce livre. [5] Nous verrons (p. 36) comment la monnaie peut exister
dans un état de nature sans un accord explicite instituant un moyen
d'échange. Divers auteurs s'inscrivant dans la tradition anarcho-individualiste
ont proposé et débattu des services privés de protection. Pour
les origines, voir Lysander Spooner,
No Treason : The Constitution of No Authority (1870), Natural Law et A Letter to Grover
Cleveland on his False Inaugural Address : The Usurpations and Crimes of Lawmakers ahd judges, and the Consequent Poverty, Ignorance and Servitude
of the People, Boston, Benjamin R. Tucker, 1886, tous republiés
in The Collected Works of Lysander
Spooner, 6 vol., Weston, Mass., M & s Press, 1971. Benjamin R. Tucker discute du fonctionnement d'un
système social dans lequel toutes les fonctions de protection sont
assurées par le secteur privé in
Instead of a Book, New York, 1893, p. 14, 25, 32-33, 36, 43, 104,
326-329, 340-341, dont maints passages sont repris in son Individual
Liberty, éd. par Clarence Lee Swartz, New York, 1926. L'on ne
dira jamais assez combien sont vivants, stimulants et intéressants
les écrits et les argumentations de Spooner et de Tucker, à tel point
que l'on hésite à citer la moindre source secondaire. Voir aussi,
cependant, l'étude conséquente et intéressante de James J. Martin,
Men againrt the State : The
Expositors of Individualist Anarchism in America, 1827-1908, pour
un exposé de la vie et des vues de Spooner, Tucker et autres auteurs
de la même tradition. Voir aussi la discussion plus systématique du
système de protection privé in Francis Tandy, Voluntary Socialism, Denver, F. D. Tandy, 1896, p. 62-78. Pour un
exposé critique de ce dispositif, cf. John Hospers, Libertarianism, Los Angeles, Nash, 1971,
chap. 11. Plus récemment, dans le même sens, cf. Murray N. Rothbard
qui, dans Power and Market (Menlo Park, Calif, Inscitute
for Humane Studies, Inc., 1970, p. 1-7, 120-123), décrit brièvement
comment, dans son esprit, un tel système pourrait fonctionner et tente
de répondre à certaines objections. L'analyse la plus détaillée est,
à ma connaissance, celle de Morris et Linda Tannehill, The Market for Liberty, Lansing, Mich., à compte d'auteur, 1970, en
particulier p. 65-115. Depuis que j'ai écrit ce livre en 1972, Rothbard
a présenté de manière plus systématique ses idées in For a New Liberty, New York, Macmillan, 1973, chap. 3 et 11, tandis
que David Friedman s'est fait le brillant avocat de l'anarcho-capitalisme
in The Machinery of Freedom,
New York, Harper & Row, 1973, partie III. Tous ces ouvrages méritent
d'être lus, mais aucun ne me conduit à revenir sur ce que je dis ici. [6] Voir I. B. Singer, in My Father's Court, New York, Farrar, Strauss & Giroux, 1966; pour
un exemple récent de « contre-culture », voir Vin Magazine, 1er novembre
1971, p. 11-17. [7] Exercice à l'intention du lecteur : expliquez comment
les considérations présentées ici et infra amènent chaque aire géographique
à se doter d'une agence ou d'une structure fédérale d'agences dominantes,
même si à l'origine l'aire en question possède un groupe d'agences
sur lequel « gagne presque toutes les batailles » est une relation
suivie et non transitive. [8] Voir Kenneth R. Boulding, Conflict and Defense, New York, Harper, 1962, chap. 12. [9] Pour un aperçu de la complexité d'un tel corps de règles, voir American Law Institute, Conflict of Laws ; Second Restatement of the Law, Proposed Official Draft, 1967-1969. [10] Voir Yale Brozen, Is Government the Source of Monopoly ?, The Intercollegiate Review, 5, n° 2, 1968-1969, p. 67-68; Fritz Machlup, The Political Economy of Monopoly, Baltimore, Johns Hopkins Press, 1952. [11] Locke supposait que l'écrasante majorité des personnes
vivant dans un état de nature, mais pas toutes, accepteraient la loi
de nature. Voir Richard Ashcroft, Locke's
State of Nature, American Political Science Review, septembre
1968, p. 898-915, en particulier la première partie. [12] Cf. Morris et Linda Tannehill, The Market for Liberty; sur l'importance
de la coopération volontaire pour le fonctionnement des gouvernements,
voir, par exemple, Adam Roberts, éd.,
Civilian Resistance as National Defense, Baltimore, Penguin Books,
1969, et Gene Sharp, The Politics
of Non-Violent Action, Boston, Porter Sargent, 7973. [13] Voir Ludwig von Mises, The Theory of Money and Credit, 2e éd., New Haven, Conn., Yale University Press, 7953, p. 30-34 d'où j'ai repris cette histoire. [14] Pour un commencement d'analyse des problèmes que doit prendre en considération
toute appréciation des explications par la main invisible, voir les
essais de F. A. Hayek, Notes
on the Evolution of Systems of Rules of Conduct et The Results of
Human Action but not of Human Design, in
Studies in Philosophy, Politics and Economics, Chicago, University
of Chicago Press, 7967, ainsi que les chapitres 2 et 4 de
Constitution of Liberty, Chicago, University of Chicago Press,
196o. Voir aussi l'analyse des dispositifs de conception
et de filtrage dans le chapitre 10 de ce livre. Pour voir à quel point
nous sommes encore proche des commencements, il suffit d'observer
que rien de ce qui a été dit jusqu'ici n'explique pourquoi toutes
les explications scientifiques (qui n'invoquent pas les intentions)
d'un rapport fonctionnel entre variables ne sont pas des explications
de la main invisible. [15] Voir Max Weber, Theory of Social and Economic Organization, New York, Free Press, 1947. P. 756: et Max Rheinstein, éd., Max Weber on Law in Economy and Society, Cambridge, Mass., Harvard University Press, 1954, chap. 73. [16] Cf. l'analyse par H. L. A. Hart du problème parallèle
de l'existence d'un système juridique in The Concept of Law, Oxford, The Clarendon Press, 7967, p. 113-I20. [17] J'ai entendu dire que l'Etat pourrait se financer
en organisant une loterie. Mais, comme il n'aurait pas le droit d'interdire
à des organisateurs d'en faire autant à titre privé, pourquoi penser
que l'Etat aurait plus de succès en attirant le client dans ce genre
d'activité que dans toute autre affaire où joue la concurrence ? [18] Sur cette pratique de la part des médecins, voir
Reuben Kessell, Price Discrimination in Medicine, Journal of Law and
Economics, I, n° I, octobre 1958, p. 20-53. |