![]() |
|||||||||||||
![]() |
Minuit chrétiens,
heure solennelle : ce chant de Noël aura sa place dans les églises
sans doute, mais aussi sur les ondes et dans les émissions télévisées.
On entendra les cantiques simples, naïfs et émouvants qui pour quelques
instants nous redonneront peut-être un cœur d’enfant. Et les enfants seront
au cœur de la fête, leurs jouets seront la marque de l’affection que l’on
leur porte et de la joie d’être en famille. Tout cela sera, en dépit de la déchristianisation, du laïcisme, du matérialisme caractéristiques de notre France voire de notre Europe. Nos hommes politiques français ont refusé de reconnaître à la tradition chrétienne la place historique qu’elle a tenue en tant que racine de la civilisation européenne, mais le christianisme, sous ses diverses formes, est toujours là. Déchristianisation peut-être – les croyants ont perdu de leur foi – mais pas éradication du christianisme : les chants de Noël, les émotions de Noël, les cadeaux de Noël seront toujours là. Les carillons de l’heure solennelle tinteront : Christmas Caroll… |
||||||||||||
|
Ces carillons
pourraient également sonner le réveil du spiritualisme libéral en France.
Les libéraux français et les autres reçoivent un merveilleux cadeau des
mains de Benoît XVI. Dans une lettre que commente mon ami Jean Yves Naudet,
le pape écrit à Marcello Pera, philosophe et ancien président du Sénat
italien à propos de son dernier ouvrage : « Vous montrez que
le libéralisme, sans cesser d'être libéralisme, mais au contraire pour
être fidèle à lui-même, peut se lier à une doctrine du bien, en particulier
à la doctrine chrétienne du bien, qui lui est connaturelle, offrant ainsi
une contribution précieuse à la résolution de la crise ». Non seulement
Benoît XVI ose employer le mot « libéralisme », mais il présente
le vrai libéralisme, fidèle à lui-même, comme « connaturel »
à la doctrine chrétienne. Libéralisme et christianisme ont pour commune
référence la nature de l’être humain, sa dignité et sa liberté. S’agirait-il
d’un égarement passager du pape, désireux d’honorer un ami avec lequel
il a fait jadis œuvre commune ? Voici que quelques jours plus tard
il récidive, à l’occasion du message du 1er janvier adressé
pour la journée mondiale de la paix : « combattre la pauvreté,
construire la paix ». Le pape y évoque les limites de la « pure
redistribution » et les « nombreux échecs des politiques fondées
sur l’assistance ». Il souscrit aux analyses de l’économie de l’offre : «
Dans une économie moderne, en effet, la valeur de la richesse dépend dans
une importante mesure de sa capacité de créer du revenu pour le présent
et pour l'avenir. La création de valeurs devient donc une obligation incontournable,
dont il faut tenir compte pour lutter de manière efficace et durable contre
la pauvreté matérielle ». Mais revenons
à l’essentiel, aux liens naturels, constitutifs, entre libéralisme et
christianisme. Dans leur belle période de rayonnement (pour ne pas dire
de terrorisme) intellectuel, les marxistes étaient passés maîtres dans
l’art d’opposer éthique et économie. A ceux que tentaient la réussite
et le bien-être matériel ils disaient : « ne vous encombrez
pas de la religion ». A ceux qui voulaient rester dans leur foi ils
faisaient valoir que le capitalisme perd les âmes. « L’efficacité
appelle le capitalisme, mais le capitalisme détruit la morale ». A ce jour,
trop de libéraux ont été maladroits en plaidant la cause de la liberté
sur le seul terrain de l’efficacité, et en se concentrant sur la défense
de l’entreprise ou le taux de croissance. Les valeurs morales et spirituelles
passent à la trappe. Or, c’est précisément la signification et la beauté
du libéralisme que de mettre en avant la personne humaine, son droit à
l’initiative, son devoir de servir, sa recherche maladroite du vrai et
du juste. Cherche-t-on
une solution à « la crise » ? Ce n’est sûrement pas le
« retour de l’Etat » puisque l’Etat est le problème : hostile
à la mondialisation qui réduit son pouvoir, revendiquant le monopole de
la lutte contre la pauvreté et appauvrissant tout le monde, y compris
les plus pauvres. D’ailleurs, pour qu’il y ait « retour », il
faudrait qu’il y ait eu « départ ». Or, en France, avez-vous
vu le départ, ou le retrait, même partiel ? La vraie
solution est dans le retour de l’homme libre. Libre parce qu’éduqué à
la liberté. Libre parce que responsable de ses choix. Libre parce qu’en
compréhension des autres. C’est sur
le terrain de l’éthique, donc de l’éducation, du droit, des relations
personnelles, de la société civile, que les libéraux doivent se présenter
et se battre, contre tous les marchands de peurs collectives, contre tous
les prosélytes de la lutte des classes. « Lycéens
en lutte » : ces pancartes affichent le désespoir auquel on
condamne les jeunes, qu’on persuade que les hommes et la société ne sont
que lutte. Puissions-nous offrir aux jeunes le message de Noël. Puissions-nous
faire découvrir ou retrouver à tous les Français, chrétiens ou non, l’éthique
de la liberté. Joyeux Noël.
Jacques
Garello
|
|||||||||||||