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| ENTREZ DANS L’ESPÉRANCE | |||||||||||||
| Certes il y a de quoi s’étonner,
se révolter ou se désespérer. Cette Lettre vous apporte chaque
semaine d’excellentes raisons de vous demander, entre autres : quand va-t-on
enfin accepter la réalité et la vérité, quand nos hommes politiques renonceront-ils
à leur harcèlement fiscal, réglementaire, quand les assassins, les terroristes
et les voyous cesseront-ils de faire la loi, quand les droits fondamentaux à la
vie, à la liberté et à la propriété seront-ils enfin respectés et protégés ?
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A lire les écrits libéraux, vous
pouvez avoir l’impression que le bureau des pleurs est tenu par des nostalgiques
d’un passé révolu ou des utopistes d’un futur impossible. Oui : de quoi désespérer ! Je voudrais dissiper cette impression,
et en ce temps de Noël, fête de l’espoir, je voudrais vous persuader que la liberté
est une dynamique, qu’elle est une foi, qu’elle est une espérance. La liberté est une dynamique. On
dit à juste titre d’un libéral qu’il est un pessimiste à court terme et un optimiste
à long terme. Un pays, une société, n’entre pas en liberté de façon abrupte, l’histoire
n’est pas rupture, mais évolution. De même la liberté n’est-elle jamais acquise
une fois pour toutes. J’ai cru, avec Francis FUKUYAMA, que la chute du mur de
Berlin marquait « la fin de l’histoire » et que l’humanité allait enfin
entrer dans une ère de paix et de développement. Aujourd’hui la Russie nous offre
le spectacle désolant et inquiétant d’un régime dictatorial et impérialiste. Autre
histoire vécue : au fil des temps, les libéraux français on été soumis à
la douche écossaise ; pleins d’espoir en 1974, en 1986, en 1993, en 2002
et aujourd’hui même, ils se sont résignés à attendre les réformes qui ne viennent
pas, à accepter les atteintes croissantes aux droits individuels, à payer toujours
plus d’impôts et de cotisations pour retarder l’explosion de l’Etat et de la Sécurité
Sociale. Voilà bien de quoi nourrir le pessimisme au quotidien. Mais, en
même temps, nous voyons la mondialisation effacer les frontières, entamer la souveraineté
des États, contester et réduire l’Etat Providence. Nous voyons des pays naguère
planifiés accepter le marché, des bastions du socialisme s’ouvrir au libre échange
et à la libre entreprise. Devons-nous douter que, tôt ou tard, la France en vienne
à son tour au rejet du collectivisme et à l’état de droit ? Le libéralisme
n’est pas une nostalgie (où serait d’ailleurs notre passé libéral ?), il
est une promesse : faisons de la prospective libérale. Comme le disaient
les Polonais qui luttaient contre le communisme : « La vérité vaincra ». La liberté est précisément cette
foi qui a mobilisé les peuples, les individus, depuis des siècles. C’est la foi
dans la nature de la personne humaine, qui a été créée libre pour accéder à sa
pleine dignité, par des actes volontaires qui signent sa personnalité, son individualité.
Voilà pourquoi la liberté, vérité de l’homme, vaincra. Car l’homme ne peut être
contraint dans sa nature, et les régimes les plus inhumains ont finalement cédé
devant cette réalité incontournable. La philosophie libérale repose sur une anthropologie :
elle considère l’homme comme un être imparfait mais perfectible, toujours tendu
vers le progrès. Imparfait, l’homme commet des erreurs, et peut même s’abaisser
au niveau d’un simple animal, tout juste supérieur au loup, quand il voit dans
la société une lutte pour la vie, où le plus fort et le plus violent imposent
leur loi. Imparfaite est aussi la société qui consacre le règne d’un homme ou
d’une minorité qui bâtit sa réussite en condamnant les autres à la servitude.
Faut-il pour autant se désespérer de l’homme et de l’humanité ? Certainement
pas, car l’être humain porte aussi en lui les germes de son propre progrès et
cet animal est social : il conçoit très vite les règles qui lui permettent
de vivre en harmonie avec les autres, et il va préférer le contrat à la contrainte,
l’échange au pillage, la confiance à la puissance. Ainsi les sociétés de confiance
vont-elles prospérer dans tous les domaines, tandis que les sociétés de puissance
se rapprocheront de la barbarie. On se demande bien pourquoi, dans
ces conditions, nous n’en sommes pas encore venus universellement et intemporellement
à la liberté, et à nouveau le doute nous envahit. Mais c’est peut-être que la liberté
n’est ni un système, ni une fatalité. Elle n’est pas une fin en soi mais une tension
vers l’espérance. Les hommes en quête de progrès peuvent chercher leur chemin
là où il n’est pas : c’est aussi leur liberté que de s’égarer. Trop souvent,
ils imaginent que leur raison est suffisante pour les guider. Ils dessinent les
contours d’un monde idéal né de leurs calculs, de leurs plans et de leurs mises
en ordre. Présomption fatale, disait HAYEK : tous les malheurs de l’humanité
en ont découlé ; les bâtisseurs de cités radieuses, de phalanstères et de
paradis terrestres ont précipité les peuples dans le totalitarisme, la terreur
et la barbarie. C’est que la raison humaine a ses limites, que la vie et les hommes
ont leurs mystères. La route de notre destinée n’est donc pas connue d’avance,
elle se découvre progressivement, par une succession d’essais et d’erreurs. Ici
la raison a sa place, pour éclairer notre jugement. Mais il nous faut autre chose
que la raison et la liberté pour nous guider. Il nous faut aussi garder en vue
la dignité de la personne humaine. C’est ce que j’appelle, après tant d’autres,
l’espérance. Elle donne un sens à notre liberté. Liberté des actes, dignité des
personnes. La civilisation de la raison veut nous imposer une société qui condamne
l’homme à la perfection totale et définitive. La civilisation de l’espérance est
celle où les hommes poursuivent chaque jour leur longue marche vers plus de compréhension,
plus de confiance, plus de dévouement. Dans sa récente encyclique, Spe
Salvi (sauvés par l’espoir) Benoît XVI nous invite à ne pas chercher notre destinée
dans le seul mieux-être matériel, ni dans les paradis artificiels – c’est pourtant
la tentation d’un si grand nombre. Il nous invite à mettre notre espérance dans
l’amour de notre prochain, que les Chrétiens ne séparent pas de l’amour de Dieu.
Comme naguère Jean Paul II, il nous dit : Entrez dans l’Espérance. Le monde nous
désespère souvent, mais n’oublions pas Noël, promesse de renouveau et de paix.
C’est l’espérance de la liberté. Joyeux Noël. Jacques
Garello
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