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| QUARANTE ANS D'ESPOIR | |||||||||||||
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Voilà juste quarante
ans, le 10 décembre 1966, les statuts de l’ALEPS étaient déposés à la Préfecture
de la Seine. Son objet : associer la liberté économique et le progrès social.
Il fallait expliquer cette alchimie aux Français, au moment où beaucoup d’entre
eux, et notamment les jeunes, sous la houlette des intellectuels marxistes, pensaient
que seule une révolution prolétarienne pourrait apporter une réponse juste et
efficace à la misère physique et morale. | ||||||||||||
L’ALEPS a
déployé tous ses efforts pour diffuser les idées de la liberté : grand Prix
André Arnoux, Semaines de la Pensée Libérale, Bulletin Liberté et Progrès, Université
d’Eté des Nouveaux Economistes, Nouvelle Lettre, Prix du Livre Libéral, site www.libres.org.
Pour autant, le libéralisme a-t-il triomphé en France ? Les libéraux n’ont
jamais réussi à convaincre durablement et profondément la classe politique, à
quelques exceptions, à quelques occasions près. C’est un échec majeur ; il
y a un genre de malédiction politique du libéralisme français, particulièrement
ressenti en période électorale, au moment stratégique où devraient se faire les
choix de société. Témoin de
ces 40 années, j’avancerai trois raisons majeures pour lesquelles s’est creusé
le fossé entre la classe politique et le libéralisme. Il y a d’abord la « tyrannie
de l’électeur médian ». Pour séduire l’électeur médian (celui qui fait pencher
la balance) un candidat doit tenir un langage prudent, et ne pas afficher trop
ouvertement des convictions qui pourraient heurter celui qui est « en face »
et qu’il faut ramener dans son giron. Il faut éviter toute « idéologie »,
s’abriter derrière un pragmatisme de bon aloi et pratiquer le patchwork électoral.
L’électeur médian conduit au candidat médian. Or, le libéralisme implique un engagement,
une vision de l’homme et de la société, l’attachement à des principes fondamentaux
comme l’état de droit, la subsidiarité, la propriété privée, la responsabilité
personnelle, etc. Exit le libéralisme. Une autre
tyrannie a été baptisée par Milton Friedman la « tyrannie du statu quo ».
Après quelques années d’Etat Providence (chez nous quelques siècles) le pouvoir
politique a multiplié ses créatures, ses clientèles, ceux qui vivent par et pour
l’Etat : fonctionnaires, salariés du secteur public, mais aussi tous ceux
qui ont su, à travers le jeu des groupes de pression, se faire reconnaître passe-droits,
subventions et exemptions. Ils ont tous intérêt à ce que rien ne change. Le candidat
se doit donc d’être rassurant, conservateur ; or le libéralisme est plutôt
favorable à l’esprit d’entreprise, à l’innovation, au mérite, et il prône l’égalité
devant la loi. Exit le libéralisme. J’évoquerai
encore la tyrannie des partis officiels. D’une part, nulle chance de créer un
parti nouveau : la loi Balladur sur le financement des campagnes et des partis
interdit à de nouvelles formations n’ayant encore aucun élu de recevoir la manne
de l’Etat. D’autre part pas question d’avoir la moindre chance de figurer si l’on
n’est pas investi par un parti, ce qui permet de mettre tous les candidats au
pas, et explique le comportement des élus godillots. En dépit de cet échec, les libéraux de l’ALEPS ne sont pas résignés. En 1966 il fallait du courage à une poignée d’intellectuels et de chefs d’entreprises pour relever le défi du marxisme. Je m’incline devant la lucidité et le talent de nos fondateurs : les présidents successifs Daniel Villey, Luc Bourcier de Carbon, Albert Garand, les personnalités comme André Arnoux, Jacques Rueff, Gaston Leduc, Pierre de Calan, Raoul Audouin. Leur espoir d’éviter à la France le communisme et le socialisme semblait déraisonnable à l’époque, et les barricades de 1968 auraient eu de quoi les faire renoncer. Ils ont au contraire organisé et animé la riposte, et ils ont gagné. Aujourd’hui
le défi est tout aussi dramatique. On ne lutte plus seulement contre le marxisme,
dont le poison est distillé de façon plus subtile qu’avec les chars de l’Armée
Rouge, mais aussi contre la pieuvre étatique qui a prospéré, contre l’ignorance
et l’inculture entretenues, contre l’incivisme et l’adoxalisme – comme disait
Daniel Villey. Pourtant l’ALEPS est toujours là, après 40 ans sans état d’âme,
sans division ni querelle personnelle. J’en remercie particulièrement ceux qui
ont enrichi et soutenu cet esprit d’équipe et de concorde à commencer par Roland
Drago et Fred Aftalion, Vice-Présidents, les membres du collège présidentiel et
Jacqueline Balestier, notre dynamique Secrétaire Générale. Récemment,
à l’initiative de l’ALEPS, les tenants de la liberté se sont unis à nouveau pour
dire la vérité aux Français et conduire la classe politique à la lucidité et au
courage dont ils ont manqué depuis plus de vingt ans. La conception d’un « guide »,
présenté aujourd’hui, est un premier pas ; il devrait mener aux bons candidats,
et conduire les électeurs vers eux. Notre espoir
est dans un sursaut de la société civile. Voilà que la société politique a atteint
un tel seuil de nuisance que l’on pourrait enfin entendre la voix de la société
civile. Celle-ci ose maintenant s’exprimer et on trouve un discours nouveau, loin
de la pensée unique, sous la plume ou dans la bouche de personnalités du monde
économique, social, intellectuel, qui n’ont cure des partis et du politiquement
correct. La France
économiquement épuisée, socialement déchirée, moralement ruinée : le défi
consiste à la relever. Et de démontrer, comme il y a quarante ans, que la solution
est dans la liberté. Elle seule peut rendre aux individus leur dignité, et à la
nation son harmonie. La liberté guide notre espoir. Jacques
Garello
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