![]() | |||||||||||||||
| Certains naïfs avaient peut-être pensé qu'il
suffirait de réunir vingt chefs d'Etat à Washington pour sauver l'économie mondiale.
Notre Président lui-même avait, dit-on, obtenu de George BUSH la convocation de
cette assemblée qui devait être "historique". Après les illusions, voici les déceptions. On a beaucoup parlé, et dit beaucoup de sottises.
On n'a rien décidé, ce qui n'est pas pour déplaire à ceux qui se méfient des initiatives
et des cadeaux des hommes politiques. On n'a rien décidé, pour la bonne raison que
le principal acteur n'a pas fait son entrée en scène. Le futur président Obama
était dans la coulisse, mais à vrai dire on ne sait rien de ses projets précis
dans le domaine de la politique économique internationale. Sans doute a-t-il tenu
des discours très protectionnistes pendant la campagne, au point d'alarmer les
plus éminents économistes américains, Gary BECKER en tête. Sans doute s'est-il
engagé à soutenir l'industrie automobile américaine – mais ce propos est devenu
banal dans le monde entier. Mais depuis son élection il a envisagé de revenir
à la rigueur monétaire, et il n'a pas remis en cause le principe général du libre-échange. Ses "amis"
de Wall Street ne peuvent se passer de la mondialisation. On n'a rien décidé non plus parce que l'analyse
de la crise ne fait pas l'unanimité parmi les politiciens. Pour les uns, il s'agit
d'une crise du capitalisme qui a besoin d'être "refondé" voire rejeté ;
pour les autres, il s'agit d'une récession qui peut être atténuée par des politiques
de relance ; pour quelques-uns (minoritaires), il s'agit d'une crise de l'Etat
Providence. Personne en tous cas ne voit clairement l'issue du problème, et pour
paraître dominer la situation et sauver sinon l'économie du moins la face, nos
vingt chefs d'Etat se sont défaussés sur le Fonds Monétaire International, tout
en rejetant la tentation de compromettre la mondialisation. On les comprend :
la mondialisation est devenue le pilier de toutes les économies développées ou
émergentes ; il est impensable de la supprimer par décret. Enfin, sans être des économistes confirmés,
les chefs d'Etat savent bien que la mise en place d'une politique économique,
commerciale et financière mondiale, en contrepoids de la mondialisation libre-échangiste,
prendrait – à supposer qu'elle fût acceptée – des dizaines de mois, sinon d'années.
Ils ont donc décidé de ne rien décider, de se "hâter lentement", et
la prochaine rencontre se tiendra dans six mois… Si rien n'a été réellement décidé, beaucoup
de choses se sont dites, et l'on a entendu des discours et tenu des propos d'un
autre monde : celui de l'ignorance économique. Il y a d'abord le "tout FMI". On
aurait donc chargé le Fonds Monétaire International de jouer les Saint-Bernard
des pays et secteurs en détresse. On a magnifié le rôle du FMI au secours de Derrière le FMI, il y a eu le triomphe verbal
et verbeux des keynésiens, et à leur tête Dominique Strauss Khan, trop heureux
de donner dans les médias les mêmes cours de dirigisme keynésien qu'il assénait
jadis à ses étudiants, avec vingt ans de décalage par rapport à la science économique
: nécessité de la relance, grands travaux, soutien des entreprises et des secteurs
en difficulté, redistribution et programmes "sociaux", etc. Aujourd'hui
on n'entend plus parler que de "relance", alors que l'on sait que les
dépenses publiques ne débouchent que sur les déficits, l'endettement, l'inflation
et le chômage. Il y a eu enfin des accents nationalistes et
colbertistes qui ne trompent pas. Les fonds souverains sont à la mode, notamment
en France, et la plupart des chefs d'Etat présents au sommet ont conclu que la
relance, pour souhaitable qu'elle fût, ne pouvait s'organiser au niveau mondial.
Les Chinois vont faire la relance à leur manière, les Indiens aussi, les latino-américains
de même, et l'Europe n'est pas très unanime, puisque Madame Merkel est réticente
à subventionner Opel, filiale de General Motors. Le gouvernement économique mondial
n'est pas pour demain. Les Etats vont-ils profiter de l'aubaine pour reconstruire
leur souveraineté économique mise à mal par la mondialisation ? Il ne faudrait pas que le soutien de l'industrie
automobile, au demeurant inutile, coûteux et injuste, devienne le prétexte à toutes
les subventions (surtout quand elles n'ont d'autre financement que les impôts,
les déficits et la dette. Ainsi, derrière des discours aussi trompeurs
qu'inconscients, se cache une invalidité intellectuelle et politique assez troublante.
Comme je l'ai déjà dit, je crains dans la conjoncture actuelle les interventions
des Etats. S'ils sont impuissants à agir au niveau mondial, ce que prouve ce sommet,
tant mieux. S'ils se croient assez puissants pour agir à leur seul niveau national,
tant pis pour eux : la mondialisation les remettra tôt ou tard à leur place. Leur
place est ailleurs que dans l'économie, et surtout pas dans ces domaines que sait
très bien ordonner la société civile, qui pour sa part n'a besoin que de liberté.
Jacques
Garello
| |||||||||||||||