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![]() | Je ne vous
parlerai ni des premiers discours d’Obama, ni du Congrès de Reims, ni du sommet
des Vingt. Je reviendrai à un sujet plus modeste, mais aussi plus réaliste, qui
va peser sur la vie quotidienne de millions de Français. Il s’agit des retraites. Le Parlement
est en train de débattre de la possibilité de rester en activité jusqu’à 70 ans,
sans pour autant remettre en cause l’âge légal de la retraite, qui reste fixé
pour l’instant à 60 ans. C’est une liberté qui est offerte à des volontaires,
qui trouvent dans cette affaire deux motifs de satisfaction : d’une part
ils n’ont plus le sentiment d’être condamnés à l’inactivité alors même qu’ils
sont en pleine forme, ils ne veulent plus être mis au rebut ; d’autre part,
ils complètent leurs droits à retraite s’ils craignent de voir leurs pensions
amputées. Pour peu que la législation fiscale donne quelques exemptions ou que
l’assurance vieillesse donne un bonus, prolonger son activité est une bonne opération
(dans certains pays, la majoration de pension est de 5% par année d’activité au-delà
de l’âge légal). | |||||||||||||||
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Cette évolution
est-elle la voie de l’avenir ? J’aborde
cette question dans l’ouvrage, écrit avec mon ami et collègue Georges LANE, dont
je viens de déposer le manuscrit, et qui sera présenté à Paris le 2 décembre prochain. Il s’agit
du second volume d’une trilogie sur le thème « Futur des retraites et retraites
du futur ». Dans le précédent volume, publié en mai dernier, nous avions
expliqué pourquoi le système français actuel est condamné à l’explosion. Il fonctionne
en effet suivant le principe de la répartition, qui consiste à utiliser immédiatement
les cotisations versées par les actifs pour payer les pensions des retraités.
Le système ne peut fonctionner que s’il y a beaucoup d’actifs et peu de retraités,
or nous sommes exactement dans la situation inverse, et le vieillissement de la
population ira en s’accentuant. Il y avait plus de 4 actifs pour 1 retraité en
1960, aujourd’hui il y a 1,40 actifs, et en 2030 il y aura un actif pour un retraité.
Ce déséquilibre
est observé dans pratiquement tous les pays riches (membres de l’OCDE par exemple).
Comment le traite-t-on dans ces pays ? C’est l’objet de notre nouvel ouvrage
que d’analyser les réformes qui ont cours à l’étranger. Certaines de ces réformes
sont très anciennes, la première en date et en célébrité est celle réalisée au
Chili en 1980 par José Piñera, ministre du travail. Un chapitre de notre livre
contient un article de ce grand pionnier, qui explique comment la répartition
a été totalement abandonnée au profit de la capitalisation. En Grande Bretagne
également, bien avant Margaret Thatcher, les travaillistes avaient réduit au minimum
la répartition et encouragé les Britanniques à prendre leurs responsabilités en
adhérant à des fonds de capitalisation. Suédois, Australiens, Polonais, sont également
connus pour les mesures révolutionnaires qu’ils ont prises. En Suisse, la capitalisation
assure 60% des retraites. En revanche, il y a eu plus de difficultés pour les
Allemands, les Italiens et les Belges à trouver les voies d’une réforme radicale. C’est que
les hommes politiques hésitent toujours entre deux directions : pratiquer
des réformes paramétriques ou systémiques. Je m’explique. Les réformes
paramétriques s’efforcent de « sauver la répartition ». Les niveaux
des cotisations et des retraites dépendent en effet d’un certain nombre de paramètres :
l’âge légal de la retraite, le nombre d’années de cotisation, le revenu qui sert
de base au calcul des pensions (le dernier revenu, le revenu moyen sur 10 ans,
20 ans, sur les meilleures années, etc.), le déroulement de la carrière, la situation
familiale, et bien d’autres choses encore. La retraite à 70 ans proposée en France,
et qui soulève déjà tant de polémiques, appartient à cette catégorie de réformes
paramétriques. En poussant la logique de la réforme jusqu’à son terme, si tous
les Français prenaient leurs retraites à 85 ans il n’y aurait plus de risque pour
le système ! Les réformes
systémiques sont celles qui font confiance à un autre système, la capitalisation :
l’argent des cotisations alimente un compte personnel pour le futur retraité,
un fonds de pension, une compagnie d’assurance ou une banque est chargée de le
faire fructifier. 100 euros placés pendant 10 ans à 4% deviennent 148 euros. Celui
qui aura capitalisé durant 40 ans de sa vie active se trouvera à la tête d’un
joli capital au jour de sa retraite. Un smicard partira avec une retraite supérieure
à son salaire actuel ! On nous objecte
que la capitalisation est aléatoire, et la crise financière serait là pour briser
toutes les illusions : l’argent confié aux financiers s’évaporerait. Nous
n’avons aucun mal à démontrer que c’est une vue de court terme, ignorant tout
des marchés financiers, et que sur une période relativement courte (15 ans) le
lissage des rendements financiers est pratiquement acquis, et qu’en allongeant
la période (jusqu’à 40 ans par exemple) il n’y a plus aucun risque. Par contraste,
la répartition conduit inéluctablement à la ruine du retraité. La question
qui se pose est donc celle-ci : pourquoi pas en France ? Pourquoi la
classe politique unanime et les syndicats, voire même le patronat, veulent-ils
absolument « sauver la répartition » alors que la capitalisation s’impose
et réussit ailleurs ?
Jacques
Garello
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