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Je ne comprends pas pourquoi nos jeunes quittent
le pays pour aller poursuivre des études dans des universités étrangères. Je ne
comprends pas pourquoi les bacheliers les plus brillants s’entassent dans des
classes préparatoires et s’exposent à un travail et une sélection impitoyables,
alors qu’ils se promèneraient sans effort sur les bancs des amphithéâtres d’une
faculté. Trêve de plaisanterie : l’Université française
est en train d’exploser, la loi de Madame Pécresse n’y change rien, et il est
fait grand bruit autour d’une « privatisation » aussi improbable qu’inefficace.
En réalité, depuis la « loi d’orientation » d’Edgar FAURE, véritable
victoire des gauchistes de mai 68, l’Université française est complètement déboussolée.
Il n’y a qu’une solution et une seule, ici comme ailleurs : privatiser, mais
totalement, et mettre les universités ainsi libérées en concurrence. Je rappelle pour l’heure ce qu’il est advenu de nos
Universités depuis 1968. Alors qu’elles étaient une branche de l’administration
centrale et fonctionnaient sur le modèle napoléonien, voilà que quantité d’universités
nouvelles sont apparues, avec des structures et des modes de fonctionnement aberrants.
On proclamait déjà à l’époque leur « autonomie ». Autonomes certes dans
leur art de révolutionner la pédagogie, d’installer le désordre et l’inculture. Une multitude de conseils pléthoriques et irresponsables
ont « autogéré », et l’Université est ainsi devenue le champ clos des
appétits politiques et des idéologies extrêmes. Les syndicats de professeurs marxistes et les
étudiants gauchistes ont eu la mainmise sur ces universités. L’UNEF a toujours
joué un rôle pilote, avec pour dirigeants successifs Cambadelis, Julien Dray,
Philippe Darriulat, Karine Delpas, Yassir Fichtali et aujourd’hui Bruno Julliard :
tous à la gauche de la gauche. Mais aussi tous en mesure de terroriser les gouvernements
successifs, traumatisés par les barricades, les voitures brûlées et les manifestations
de masse. Parallèlement, le délire pédagogique s’est emparé de ces universités
sans charpente intellectuelle : le « contrôle continu » a peu à
peu effacé les examens, les réformes de François BAYROU ont permis d’éviter toute
élimination, et de façon générale la sélection à l’entrée est exclue – ce qui
ouvre toutes grandes les portes de l’alma mater à des bacheliers incultes et peu
motivés. Le recrutement des professeurs n’a pas échappé à la politisation et à
la médiocrité, et le Conseil National des Universités, ainsi que les jurys d’agrégation,
sont sous la coupe de syndicats hostiles à la science bourgeoise et à l’enseignement
magistral. Aucun de ces problèmes n’a été pris en compte par
le nouveau régime. Loin de rompre avec la ligne FAURE - BAYROU, on a renforcé
les pouvoirs du président d’université, le contrôle des enseignants sur la marche
de l’université est encore réduit, les représentants des étudiants et des « intérêts
économiques » (y compris les syndicats) sont toujours là. De quoi réjouir
en effet Bruno JULLIARD, qui se déclarait « assez satisfait » après
son entrevue avec Nicolas SARKOZY en juin dernier, tout en appelant à la « vigilance ».
C’est cette vigilance qui lui a permis de déceler la faille du système :
voilà que les universités pourraient faire appel à des soutiens financiers en
provenance d’entreprises privées. L’idée de la domination de la science par le
grand capital est en effet intolérable, voilà ce qui nous vaut cette agitation. Ceux qui devraient faire grève en réalité ce sont
les libéraux, et tous les partisans d’une Université de qualité. Car ce dont la
jeunesse française a besoin c’est d’Universités responsables, pédagogiquement
et financièrement, comme elles le sont à l’étranger. La responsabilité est assurée par la concurrence,
par la délivrance de diplômes d’universités, rompant avec la manie française des
diplômes d’Etat ; il faut en finir avec le sacro-saint principe du « monopole
des grades », qui fait que chez nous c’est l’Etat et ses fonctionnaires qui
jugent de la qualité des études et des recherches scientifiques, au prétexte bien
clair que c’est l’Etat qui paie. En fait, seuls les contribuables payent, et leur
argent est gaspillé dans des établissements parkings pour adolescents et producteurs
de chômage. Qu’on rende leur argent aux familles et qu’ils payent des études en
fonction de la qualité des établissements, des talents et des souhaits de leurs
enfants. Qu’il y ait un libre choix d’installation, une liberté des programmes
et une concurrence des diplômes. Que les établissements aient aussi la possibilité
de choisir leurs enseignants et leurs étudiants, et que la diversification soit
la règle. Quant aux familles qui n’ont pas les moyens de choisir, qu’un système
de bourses (liées à la sélection) ou de crédits bancaires leur permette de financer
les études supérieures des enfants en mesure de les poursuivre. Ces propositions révolutionnaires sont pourtant d’une
banalité évidente. C’est ainsi que s’organise la vie universitaire dans tous les
pays développés. C’est ainsi par exemple que les Coréens ont pu si rapidement
se développer, grâce à la qualité de leurs universités accueillant 80% des jeunes.
Ces propositions avaient déjà été avancées en mai
1986 par les universitaires du GERUF (Groupe d’Etudes sur la Réforme des Universités
Françaises), parmi lesquels 80 députés fraîchement portés par la vague libérale.
Mais Monsieur DEVAQUET les avait balayées d’un revers de main : seul le ministre
est qualifié pour réformer l’Université. En décembre 1986, l’UNEF mettait quelques
centaines d’étudiants dans la rue, le jeune Malik OUSSEKINE était terrassé par
une crise cardiaque, et les socialistes revenaient au pouvoir moins de deux ans
plus tard…. Pour ne pas se résigner à la faillite du système
universitaire public, pour ne pas accepter la privatisation et la concurrence,
le gouvernement s’expose à l’explosion – qui pourrait n’épargner ni les Universités
ni le gouvernement.
Jacques
Garello Le 12 novembre 2007
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