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Le point gagnant, c’est le rappel de la vigilance
américaine dans cette partie du monde. Voilà bien longtemps que le centre
de la vie internationale s’est déplacé de l’Atlantique vers le Pacifique. Dans cette zone se trouvent
tous les pays « émergents », mais aussi quelques solides bastions
de la dictature communiste. L’émergence pousse à l’ouverture sur le marché
mondial, la dictature fait craindre un retour aux conflits armés. George
BUSH, par ses propos, a bien fait comprendre que les Etats-Unis étaient
présents et intéressés au plus haut degré dans cette affaire. Ils le sont
du point de vue commercial, parce qu’ils veulent que ces nouveaux partenaires
jouent honnêtement le jeu du commerce qui est en train de se développer
à toute allure entre les deux rives du Pacifique. Ils le sont du point
de vue politique, parce qu’ils considèrent que la lutte contre le terrorisme
est plus facile dans un monde démocratisé que dans une mosaïque de dictatures.
Pour la diplomatie américaine, depuis le 11 septembre, la lutte contre
le fanatisme et pour la liberté se déroule sur tous les terrains d’opération
du monde, elle est globale, comme l’économie. Enfin ils le sont du point
de vue militaire, parce que la menace des puissances nucléaires asiatiques
n’est pas mineure.
George BUSH a eu le mérite de dire les choses clairement,
et il a lancé trois requêtes, qui ont valeur d’avertissements : que
la Corée du Nord s’engage sur la voie du désarmement nucléaire, que l’indépendance
de Taïwan soit respectée par la Chine continentale,
que la Chine de Pékin s’engage dans la voie de la démocratie pleine et
entière, incluant le respect des droits individuels. Il a ponctué ses
discours de quelques gestes spectaculaires, comme sa présence à un office
religieux dès son arrivée à Pékin. La diplomatie américaine est donc tout
à fait lisible, et il fallait que les choses soient dites clairement.
Voilà un bon point.
Pour autant, ce point n’est pas un point d’arrivée,
mais un point d’étape, sinon un point de départ. Le futur de la Chine
demeure dans les brumes si finement dessinées dans les peintures chinoises.
Certes la Chine s’est orientée
vers la liberté économique. La Chine accepte le libre échange et la concurrence.
La libre entreprise bénéficie également d’un environnement très favorable,
la Chine attire les investisseurs. Hong Kong
et maintenant Shanghaï sont devenues des places
commerciales et financières parmi les plus dynamiques du monde. Enfin,
et non le moindre, le peuple a pris goût au capitalisme. Par millions
les Chinois viennent des campagnes vers les nouveaux centres commerciaux
pour « faire du dollar », ils accèdent à la propriété de leur
logement. Le principe de l’inviolabilité de la propriété privée a même
été solennellement proclamé dans les discours officiels mais aussi dans
la législation : de quoi dérouter la France socialisée. Tout cela
est un acquis remarquable, et on voit le peuple des grandes villes à nouveau
heureux, une classe moyenne en pleine croissance et de très grandes fortunes
friandes de luxe et de tourisme haut de gamme.
Pour autant il reste un long chemin à parcourir aux
Chinois pour connaître la liberté
politique. Il n’y a toujours pas de possibilité d’exprimer une opinion
hostile au pouvoir, les prisonniers politiques se comptent par milliers,
la pratique religieuse est étroitement contrôlée, et l’eugénisme demeure
encore une triste réalité, allant même jusqu’à l’avortement obligatoire
dans certaines provinces. Le poids du parti se fait sentir partout, même
dans le monde des affaires puisque les dignitaires communistes sont souvent
aux postes de commande des compagnies capitalistes. L’armée, instrument
indispensable du pouvoir, pousse sans cesse à la course aux armements,
et l’agressivité à l’égard des voisins japonais, coréens ou taïwanais
est de plus en plus visible.
L’espoir évoqué par BUSH est celui
de la dynamique des libertés. Il est vrai qu’elle a joué dans la plupart
des cas, depuis le régime des colonels grecs jusqu’à celui des dictateurs
latino-américains. Les peuples qui se voient ouvrir un choix en matière
de travail, de consommation et de commerce, finissent par réclamer le
choix de leurs dirigeants politiques. L’ouverture mondiale apporte avec
elle l’envie de la liberté politique dont jouissent les autres pays. La
Corée, le Japon, la Thaïlande, Hong Kong et
Taïwan ont été des vitrines de la liberté.
Toute la question est de savoir
si les dirigeants chinois finiront par céder à la pression, même si elle
représente un danger pour leur position ou si, conscients de ce danger,
ils ne retourneront pas aux démons de la dictature et de l’agression.
Une autre question est plus profonde,
et ne se rapporte pas seulement à la simple opportunité politique :
un pays qui n’a aucune tradition démocratique peut-il importer les institutions
de la démocratie qui assurent l’état de droit et la subsidiarité ?
Hayek était sceptique sur la possibilité de transposer les institutions,
qui d’après lui ne sauraient être solides si elles ne sont pas le fruit
d’une évolution sociale. Mais il admettait aussi la possibilité de donner
un coup de pouce à l’ordre spontané. Je suis plus optimiste, car je pense
qu’il y a une convergence institutionnelle, parce que les sociétés humaines
sont appelées, à très long terme il est vrai, à aller dans le sens du
droit naturel, de la civilisation, de l’harmonie et de la paix. Ce n’est
pas parce que nous sommes saturés de guerres depuis des siècles que l’on
doit en accepter la fatalité. La dignité des hommes leur commande de ne
pas se résigner, et de travailler sans cesse à la cause de la liberté.
En oeuvrant pour la liberté économique et le progrès social, nous préparons
la mondialisation de la démocratie.
Jacques Garello
Le 28 Novembre 2005
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