|
Je ne me plaindrai pas du silence pesant qui
règnera pendant quelques jours dans les rangs des anti-américains viscéraux,
mais je leur fais confiance : peu à peu les commentaires se feront
à nouveau plus fielleux, plus agressifs.
Cependant, ne regardons pas l’événement à travers
le prisme français, voyons ce qu’il signifie et pour les Américains, et
pour le reste du monde, en particulier pour l’Europe.
Les Etats Unis ne sont pas passés loin de la
catastrophe. KERRY, c’était l’improvisation diplomatique, la décomposition
des mœurs et le retour au New Deal. A l’inverse, BUSH a annoncé un programme
pour lequel la voie est maintenant ouverte. Pour l’essentiel il s’agit
d’une vraie rupture avec cette évolution qui a fait des Etats Unis une
nation sous administration fédérale, étouffant progressivement les libertés
locales et la société civile. Cette évolution a été constante depuis plus
d’un siècle, même s’il y a eu quelques pauses, dont la dernière a été
l’ère Reagan. La rupture s’entend en premier lieu de la fin des grands
programmes fédéraux, notamment dans le domaine social. Medicaid,
Medicare et la Sécurité Sociale (entendez le
système public de retraites) doivent disparaître pour laisser jouer tantôt
des programmes publics gérés au niveau des Etats ou des municipalités,
tantôt des initiatives privées, de la part des compagnies d’assurances,
des entreprises ou des associations charitables. Cela signifie en second
lieu la remise en ordre des finances publiques, malmenées par l’effort
de guerre mais qui seront soulagées par la disparition de nombreuses grandes
agences fédérales budgétivores et par une simplification de l’impôt fédéral.
Cela signifie en troisième lieu le retour aux Etats de l’Union des décisions concernant la vie privée, l’éducation,
le droit civil et le droit pénal. BUSH a refusé une législation fédérale
sur la peine de mort, l’avortement, les unions homosexuelles et l’adoption
des enfants par lesdits couples – c’est ce qui lui a valu sans doute le
vote catholique – il renvoie aux Etats et aux consciences personnelles
la responsabilité de ces problèmes.
« L’Amérique est de retour », avait
dit REAGAN au lendemain de son succès en 1980. BUSH peut faire sienne
la formule : retour aux principes fondateurs de la démocratie américaine,
parmi lesquels le vrai fédéralisme, la séparation des pouvoirs, et par
dessus tout le respect de la vie, de la propriété privée et de la liberté.
Certes, je ne m’illusionne ni sur le rythme
ni sur le succès de ces réformes, le jeu politique ici comme ailleurs
est incertain. Mais je veux dire que BUSH ne reste pas à la Maison Blanche
parce qu’il s’y trouve bien, il veut faire de son deuxième mandat quelque
chose de grand.
Réussira-t-il aussi bien sur l’échiquier mondial ?
L’« axe du refus » et la voix de l’ONU devront se faire plus
discrets, c’est leur intérêt dans l’immédiat. BUSH aurait donc les mains
plus libres pour terminer ce qu’il a commencé : en finir avec les
dictatures du Moyen Orient, pacifier les relations entre Israéliens et
Palestiniens, libérer le Liban, affranchir l’Arabie Saoudite et l’Iran
du fanatisme islamique, et enfin détruire complètement les réseaux d’Al Qaïda. L’énoncé de ce programme
en montre peut-être le manque de réalisme, mais est-il plus réaliste de
se replier sur l’Amérique du Nord et la zone Pacifique ? Plus que
jamais la présence des Etats Unis est nécessaire pour garantir la paix
et le respect des droits individuels.
C’est ici que le comportement des Européens
entre en ligne de compte. La victoire de BUSH va renforcer la position
des Atlantistes au sein de l’Europe, et pousser beaucoup d’Etats
de la Nouvelle Europe à faire pression sur le couple franco-allemand qui
veut aujourd’hui imposer sa loi et installer des institutions suffisamment
fortes pour tenir la dragée haute aux Américains, avoir une diplomatie
unitaire, et assaisonner la mondialisation à la sauce dirigiste. Si la
gauche sectaire et la droite molle (qui se sont illustrées avec l’affaire
Buttiglione) sont provisoirement réduites à
l’impuissance, sinon au silence, l’Europe pourrait s’orienter vers une
ouverture totale aux lois du marché, vers un respect des diversités culturelles,
vers une salutaire concurrence fiscale et sociale (baptisée « dumping »
par ses adversaires), et enfin et non le moindre vers une alliance diplomatique
et militaire salutaire dans cette période de crise.
C’est du moins l’espoir que l’on peut nourrir
désormais, aux côtés d’une Amérique qui aura retrouvé la vigueur de son
économie et la fierté de ses valeurs. Puissions-nous tous ensemble écarter
les menaces qui pèsent sur la civilisation et renouer avec la paix et
la liberté éclairant le monde.
Jacques Garello
Le
8 Novembre 2004
|