IMMIGRATION : LA MONDIALISATION EST LA SEULE SOLUTION
Je ne comprends pas ce
que les anti-mondialistes font à Calais. Car les drames engendrés aujourd’hui
par l’immigration ne peuvent être maîtrisés que par la mondialisation.
Cette évidence a échappé à la plupart des acteurs et des analystes de
l’immigration.
Pourquoi le droit d’immigrer,
qui est une liberté fondamentale, produit-il aujourd’hui des résultats
catastrophiques ? La réponse est dans le contexte économique et culturel
actuel.
Le contexte économique
est celui du socialisme déclinant certes, mais toujours présent et dans
les pays d’accueil et dans les pays d’exil. Les pays d’accueil ont multiplié
les « droits sociaux », et une grande partie de l’immigration
est artificielle puisque les gens ne viennent pas s’installer à l’étranger
pour y travailler et contribuer au bien-être commun, mais pour bénéficier
de ces fameux droits sociaux qui permettent de vivre aux crochets des
autres – ce qui est économiquement ruineux et moralement inadmissible.
Quant aux pays d’exil ils sont incapables de donner du travail et d’offrir
des chances de progrès à leurs ressortissants parce qu’ils refusent les
libertés économiques de base – quand ils ne suppriment pas également les
libertés politiques.
Voilà en quoi la mondialisation
est une double solution. D’une part, elle instaure une concurrence entre
pays et dissuade progressivement les Etats de gaspiller l’argent de ceux
qui travaillent pour accorder des privilèges à des parasites (immigrés
ou nationaux, d’ailleurs). Les « droits sociaux » devraient
se vider peu à peu de leur sens, car ce sont de « faux droits »
(J. RUEFF) qui ne peuvent circuler hors des frontières. D’autre part,
la mondialisation est la grande chance, l’unique chance de développement
des pays pauvres. Si on définit en effet la mondialisation comme le libre-échange,
la disparition des frontières économiques nationales, elle permet à tous,
y compris aux plus pauvres, de se lancer sur le marché ouvert. Aujourd’hui
les résultats sont là : se développent à toute allure les pays qui
ont fait le choix du commerce extérieur articulé sur la libre entreprise
et le droit de propriété. Quand on dit que la mondialisation accentue
les inégalités , c’est vrai en ce sens que le fossé se creuse entre les
nations libres et les autres. Bernard KOUCHNER (très présent sur les antennes
ces jours-ci) considère l’immigration comme inéluctable parce que les
pauvres veulent aller vers les pays riches, mais il ne lui vient pas à
l’idée que les pauvres pourraient s’enrichir chez eux, et que les gens
qui vont vers les riches ne peuvent y aller pour les voler ou vivre à
leurs crochets. Comme tous les droits individuels, celui de se déplacer
est limité par les droits des autres, et notamment par les droits de propriété.
La vraie mondialisation consiste à pouvoir échanger des droits de propriété
sans aucune considération de nationalité.
Reste évidemment le contexte
culturel. Petit fils d’immigrés italiens, je m’entends dire que mes grands-parents
ne posaient pas de problème parce qu’ils étaient chrétiens et respectaient
le droit et la morale des pays civilisés. La chrétienté expliquait-elle
tout ? Certainement pas : si les immigrés se sont faits une
place dans les sociétés plus développées, c’est d’abord qu’ils y apportaient
leur ardeur au travail, leur compétence, leur épargne et leur volonté
de progresser. C’est ensuite parce que régnait alors un véritable état
de droit : tous égaux devant la loi. Toutes ces vertus ont volé en
éclats avec l’Etat-Providence, elles sont désormais inutiles, surannées
voire déconsidérées.
Ici la mondialisation
est encore un recours, généralisant les procédures et les exigences de
la concurrence, obligeant chacun à l’excellence. On ne dira jamais assez
le pouvoir d’intégration du libre-échange, du libre travail et de la libre
entreprise. Comme l’a observé Thomas SOWELL, les immigrés latinos et noirs
de ces dernières années sont devenus des citoyens
plus patriotes et plus civils que les habitants de Harlem, de tous
temps assistés par les Etats Unis
D’autre part je crois
que le « choc des civilisations » est fortement amorti par la
pratique du libre échange mondial : les hommes apprennent à s’apprécier
mutuellement, à accepter la différence.
Le respect des autres
signifie le respect du droit, et nul ne cherche à imposer sa loi. La compréhension
entre les peuples et la tolérance se développent davantage dans un climat
de liberté, de loyale compétition, que dans un monde dominé par les intérêts
« nationaux » tels que les définissent des gouvernants eux-mêmes
soumis à la pression de groupes sociaux qui refusent le libre échange
pour sauvegarder leurs privilèges. Le monde des marchands est plus pacifique
que le monde des politiciens. Le commerce avec les autres, c’est aussi
le commerce des autres.
Il reste alors à souhaiter
que la mondialisation s’impose complètement et rapidement. Beaucoup de
chemin reste à faire ; les démons protectionnistes, les interventions
politiques sont encore là, donnant de la mondialisation une image déformée
et parfois même haïssable. Mais la dynamique de la liberté est puissante.
Elle peut l’emporter demain sur le désordre et la barbarie. Elle peut
porter les flux migratoires à leur niveau naturel, celui que requiert
la diffusion mondiale du progrès tout en conciliant liberté de mouvement
et droits de propriété.
Jacques Garello
Cet
éditorial a été publié dans le Wall Street Journal Europe du Jeudi 14 Novembre
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