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L’IDEOLOGIE ULTRA-LIBERALE |
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Parmi les dégâts collatéraux des désordres financiers,
le pire est sans doute le retour en force de l’idéologie socialiste et
de l’idolâtrie étatiste. Combien de temps durera cette nouvelle mode,
qui oblige tout le monde à avoir plein la bouche du New Deal et de Bretton
Woods ? Je n’en sais rien : sans doute le temps que le marché
reprenne son cours, s’il n’est pas gravement endommagé par les interventions
publiques. |
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J’ai noté cette semaine l’éditorial de Favilla dans
Les Echos de mardi 7 octobre. Je cite : […]La bulle idéologique apparaît en pleine lumière,
dans toute son ampleur. Cette bulle idéologique, la religion du marché
tout-puissant, a de grandes ressemblances avec ce que fut l'idéologie
communiste. Elles ont régné sans partage pendant plusieurs décennies :
sept pour le communisme, presque quatre pour l'ultralibéralisme]… [Depuis
la mise en oeuvre, par Ronald Reagan et Margaret Thatcher, de la doctrine
de Milton Friedman, le rouleau compresseur idéologique libéral a tout
balayé sur son passage]… [Et voici que tout à coup, la vérité apparaît.
L'autorégulation du marché est un mythe idéologique, le jeu des acteurs
économiques affranchis de toute règle ne converge pas mais, au contraire,
diverge gravement, aidé en cela par le naufrage éthique de certaines élites
financières. Bref, la doctrine friedmanienne est erronée parce que toute
mécanique humaine sans contre-pouvoirs ne tend pas vers l'équilibre mais
vers la spéculation, c'est-à-dire vers la déraison]. Cette pièce de littérature est assez remarquable.
Communisme et Ultra-libéralisme sont mis sur le même plan. L’ultra-libéralisme
a triomphé pendant quatre décennies. On n’a plus juré que par le « souverain
marché ». Les intérêts des acteurs économiques divergent. Tout cela
par la faute de Friedman, Reagan et Thatcher. Dans ces propos, j’identifie
ce qui est pur mensonge, ce qui est ignorance, ce qui est erreur, ce qui
est injure. Pur mensonge que d’évoquer un règne de 40 ans d’ultra-libéralisme.
D’une part, je ne vois pas quel aura été le Président ou le premier ministre
français qui aura mérité de passer pour libéral. Notre pays s’est enfermé
dans son étatisme séculaire. Les impôts et les charges n’ont cessé d’augmenter,
pour alimenter des dépenses publiques galopantes, la propriété privée
a été molestée, la réglementation étouffante, et les syndicats tout puissants.
Beaucoup d’observateurs étrangers classent la France comme le dernier
pays communiste du monde. D’autre part, les hommes de l’Etat et leur clientèle
de coquins et de copains n’ont jamais cessé, dans le monde entier, de
résister à la vague de concurrence née de la mondialisation et qui emportait
leur souveraineté comme fétu de paille ; ils ont tenté de reconstituer
des cartels de gouvernants (G7, G8, G4) sans grand succès à ce jour. Enfin,
la «crise » financière a été due aux politiques monétaires et bancaires
mises en place, aux Etats-Unis comme ailleurs, par les gouvernants successifs
et les instances internationales. Passer tout ce qui ne va pas au débit
de l’ultra-libéralisme, c’est évidemment facile, mais c’est mensonger. Totale ignorance de ce qu’est le marché, qui d’après son nom même,
est accord, contrat, échange volontaire. Passer un marché, c’est concilier
des intérêts apparemment opposés mais qui mettent finalement en œuvre
la diversité des talents, des moyens et des goûts. Le marché est pouvoir
de choix. Le marché est transformation d’un conflit en harmonie (« catallaxie »).
Le marché est un processus de découverte, révélant les préférences de
personnes libres à travers les indicateurs des prix et des profits, coordonnant
des millions de plans individuels. Erreur
dramatique sur ce qu’est le libéralisme. S’il y a une idéologie
libérale (alors qu’il s’agit d’une philosophie de la liberté), elle est
très antérieure à Friedman et elle est française aussi bien qu’anglo-saxonne :
c’est notamment Jean-Baptiste Say, Benjamin Constant, Alexis de Tocqueville,
Frédéric Bastiat, Jacques Maritain, qui ont écrit les plus belles pages
de la pensée libérale, des pages qui ont inspiré le monde entier, mais
pas souvent leurs compatriotes. Le libéralisme n’est pas une recette d’efficacité
économique, c’est une pétition pour la dignité de la personne humaine.
Le libéralisme repose sur une certaine manière de voir l’être humain :
créatif, désireux d’épanouir sa personnalité et de progresser grâce à
ses talents, serviteur, sachant qu’il ne peut exister et se développer
qu’au contact des autres, enraciné dans une communauté et à l’écoute des
besoins des autres pour satisfaire les siens propres, « imparfait
mais perfectible » parce que capable d’erreurs mais aussi doté de
raison qui permet de tirer la leçon des erreurs. Je ne vois pas un tel
humanisme dans la doctrine marxiste. Le communisme repose sur la haine
au lieu de l’harmonie, sur la violence au lieu du contrat, sur la puissance
au lieu de la confiance. Injure
grave faite à tous ceux qui ont soutenu la cause de la liberté
et cette idée de l’homme et des relations humaines, au péril de leur vie
ou de leur carrière. Injure à tous ces peuples tenus en esclavage qui
aujourd’hui n’aspirent pas à mettre en place une nouvelle nomenklatura,
mais veulent le libre échange et la libre entreprise. Injure à tous ces
peuples enfermés dans leur misère par un siècle d’économie dirigée et
un demi-siècle de planification, qui voudraient maintenant rejoindre ces
économies émergentes qui ont pris le train de la mondialisation et libèrent
des millions d’êtres humains de l’incertitude et de la servitude. Il y a sept
ans, j’écrivais dans les colonnes des Echos un article sur Bastiat. Je
pourrais suggérer à Favilla de le reproduire aujourd’hui, il n’a rien
perdu de son actualité. Mais je sais bien que règne dans ce journal actuellement,
comme dans la France entière, un véritable terrorisme intellectuel :
tout le monde a le droit de parler de l’ultra-libéralisme, sauf les ultra-libéraux.
Dont je suis, et fier de l’être. Jacques
Garello
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