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Hervé Novelli est un libéral de très longue date,
et nous naviguons de conserve depuis trente ans. La courtoisie voulait
aussi que je lui rende la visite qu’il nous avait faite à Aix en août dernier
à l’occasion de la trentième Université d’Eté. Mais aussi un devoir d’information, car je vous dois,
amis lecteurs, de vous indiquer où nous en sommes en France dans la progression
(ou la régression) des idées de la liberté. Les libéraux de la société civile
ont appris depuis quelques mois à reconstituer une famille dispersée par les chocs
électoraux successifs et le désintérêt visible de la classe politique pour le
libéralisme, devenu politiquement incorrect. La cohésion et la vigueur intellectuelle
des libéraux ne sont donc plus à démontrer, la « fête de la liberté »
du mois dernier en apportait un témoignage supplémentaire. Mais cela peut-il se
traduire au niveau de la société politique ? Si j’en reste à ce que j’ai vu et entendu mercredi,
si je juge ces parlementaires à leurs intentions déclarées, je serais plutôt porté
à un optimisme raisonné. Optimisme car, pour la première fois depuis bien
longtemps, il a été fait ouvertement référence au libéralisme et ces réformateurs
ne s’en cachaient pas : pour eux être réformateur c’est être libéral. Et
le Premier Ministre lui-même, venu ouvrir les travaux de cette convention, a encouragé
les réformateurs à ne pas mettre dans leur poche leur engagement libéral, précisant
d’ailleurs que dans toutes les démocraties il existe un courant libéral, un parti
libéral et souvent un gouvernement libéral. Libéral, libéralisme : voilà
enfin que l’on rompt avec la « police des mots » jadis dénoncée par
Orwell. C’est mieux que rien. Le ramage était en harmonie avec le plumage, car
les divers orateurs ont égrené un programme libéral de bon aloi, insistant sur
la nécessaire réforme du droit du travail, l’assainissement
des finances publiques, la refonte de la fonction publique, le respect du patrimoine
et la redéfinition des pouvoirs du Parlement face à un gouvernement envahissant
et une haute administration toute puissante et incontrôlée. Optimisme modéré cependant, car, comme l’a dit avec
clarté François FILLON, « tout reste à faire ». « Tout commence
maintenant » : cette promesse de mettre en œuvre les réformes libérales
inscrites dans le programme du candidat Nicolas SARKOZY ne peut se réaliser en
un tour de main. Suivant le premier ministre il faut éviter deux écueils dans
la réforme : la précipitation qui conduit à des erreurs, et la temporisation
qui discrédite les élus aux yeux de leurs électeurs. Jacques MARSEILLE, dans une
intervention musclée, a énuméré les raisons qui font douter les libéraux :
une loi sur les universités complètement manquée, la fusion de l’UNEDIC et de
l’ANPE sans réduction de personnel, un paquet fiscal très allégé, et une nouvelle
règle du jeu pour les 35 heures très compliquée, et surtout le vote d’un budget
en déficit de 42 milliards, et la simple promesse d’un équilibre en 2012 – ce
qui signifie que la dette continuera à s’accumuler d’ici là. Il semblerait que
la réforme « se hâte lentement » et qu’elle manque parfois sa cible. Une autre incertitude concerne l’assise populaire
des réformateurs. Sans doute y avait-il plus d’une centaine de parlementaires
dans la salle, et quatre ministres en exercice, dont Hervé MORIN, en charge de
la Défense et promoteur du « Nouveau Centre », cordialement invité. Mais quelles sont les relations de ces élus avec
leurs électeurs ? Hervé NOVELLI, Gérard LONGUET et Philippe COCHET ont insisté
sur l’importance de la création de « Cercles Réformateurs » partout
en France. Il peut s’agir en effet d’une reprise de l’idée d’Alain MADELIN (présent,
très applaudi, mais pas à la tribune puisqu’il a été rendu à la vie civile) qui
avait créé « Idées Action », rencontre de la société civile et de la
société politique autour d’une commune pensée libérale. Mais on a vu la dérive
avec Démocratie Libérale : ce qui devait être hors du jeu des partis y retourne
par une mystérieuse attraction qui a pour nom ambition électorale (locale ou nationale).
Nous aurons donc pour mission de suivre avec attention ces balbutiements et de
juger de leur qualité. Enfin l’incertitude concerne l’attitude même du chef
de l’Etat. Le Premier Ministre, tout en déclinant les chantiers de la réforme,
n’a pas voulu aller jusqu’à se dire libéral, il l’a bien précisé. Alors quel sera
le dosage entre le libéral et le dirigiste dans les réformes à venir ? De
quel côté le Président va-t-il faire pencher la balance ? Les Réformateurs
se sont présentés mercredi comme « les gardiens de la réforme ». Quelle
serait leur attitude si la réforme n’était pas celle qu’ils attendent, celle que
les Français ont voulue quand ils ont choisi « la rupture » ? Il faudra réellement de la lucidité, du courage aux
réformateurs pour être les champions du libéralisme dans les mois à venir. Mais
je leur suis reconnaissant d’avoir amorcé ce renouveau du libéralisme en politique
française, et de s’être ouvertement présentés comme libéraux « Réformateur
et libéral, c’est la même chose » dit Gérard Longuet. Mais, en contrepoint,
Claude GOASGUEN d’ajouter : « Nous représentons un libéralisme multiple ».
Je ne peux le suivre : les libéraux ont besoin de clarté et d’unité, ils
ne peuvent se plier aux manœuvres, aux intrigues. On est libéral ou on ne l’est
pas. Pour l’instant, les réformateurs sont libéraux, puissent-ils le rester et
rénover la vie politique française. Eux sont les gardiens de la réforme, nous
sommes les gardiens du libéralisme. Nous pouvons nous compléter.
Jacques
Garello Le 15 octobre 2007
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