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Le prétexte
était futile : l’affiche présentait deux couples d’homosexuels, l’un
masculin l’autre féminin (si l’on a le droit de dire ainsi) échangeant
de langoureux baisers.
Il n’y a en France que quelques attardés de l’homophobie
pour trouver à redire, au prétexte ridicule qu’une telle image pourrait
choquer des adultes, voire des enfants. Quels adultes, sinon des demeurés
moraux (pardon : des demeurés mentaux) ? Quant aux enfants,
il ne faut rien leur cacher des choses de la vie, c’est un devoir de les
libérer des préjugés qui pourraient plus tard leur coûter chair.
C’est donc
à juste titre que les organisateurs de la Rainbow
expo ont fait référence à l’œuvre libératrice de notre législateur, et
ont soutenu que la RATP tombait sous le coup de la loi du 16 novembre
2001 modifiant les articles 225-1 et 225-2 du Code Pénal sur les discriminations
punissables. Ils saisissent à cet effet la Haute Autorité pour la Lutte
contre la Discrimination et pour l’Egalité (HALDE)
créée par le même texte et présidée par Louis SCHWEITZER.
Nous y voici :
la souveraineté du législateur ne saurait être mise en cause, aucune loi
ne saurait être scélérate du moment qu’elle a reçu l’aval de 50% d’une
Assemblée représentant 25% du peuple – qui n’a évidemment jamais été consulté
sur ce sujet, ni d’ailleurs sur la plupart des autres sur lesquels nos
députés se penchent avec un soin jaloux.
C’est ce
que Tocqueville appelait « la tyrannie de la majorité », dont
il redoutait qu’elle dégrade la démocratie. Bastiat, élu en 1848 à l’Assemblée, en même temps que lui, dénonçait également la prétention
du législateur de s’occuper de toutes choses et d’ignorer le droit naturel.
Cette prétention était ainsi formulée par Rousseau : « Le
législateur doit se sentir de force à transformer la nature humaine ».
Non, le rôle du législateur n’est pas de créer l’homme nouveau ni la société
parfaite, et Bastiat remet les choses en place : « Personnalité,
Liberté, Propriété, voilà l’homme. C’est de ces trois choses qu’on peut
dire, en dehors de toute subtilité démagogique, qu’elles sont antérieures
et supérieures à toute législation humaine. Ce n’est pas parce que les
hommes ont édicté des Lois que la Personnalité, la Liberté et la Propriété
existent. Au contraire c’est parce que la Personnalité, la Liberté et
la Propriété préexistent que les hommes font des Lois ».
Bastiat et
Tocqueville l’avaient compris : il existe, dans la tradition des
peuples civilisés, un respect absolu du droit naturel. On peut même dire
que c’est la référence au droit naturel qui a fait la différence entre
la barbarie et la civilisation. En effet, le droit naturel se déduit de
la nature même de l’être humain, en lui garantissant sa spécificité et
sa dignité, qui le distinguent des espèces animales. On comprend qu’il
soit imprescriptible, hors d’atteinte. Les traditions d’Aristote, de Saint
Thomas d’Aquin ou de Locke, différentes à certains
égards, convergent vers une commune conclusion : parce qu’il est
un être humain l’homme a droit au respect de sa vie, de sa liberté, de
sa propriété. Ce droit ne lui est pas attribué ou concédé par un parlement
ou un souverain. Il le porte en lui-même, dès sa naissance à la vie.
Le
rôle des autorités politiques, titulaires du pouvoir de coercition, est
de protéger ce droit, et non pas de l’aménager ou de le limiter. La coercition
peut et doit être utilisée quand un individu (fût-il signé de l’onction
électorale) porte atteinte au droit d’un autre.
Nous sommes loin du compte aujourd’hui. Les politiciens
se croient tout permis et n’hésitent pas à porter atteinte au droit naturel.
La phrase de LAINIEL passera à la postérité : « Vous avez juridiquement
tort parce que vous êtes politiquement minoritaires ». Ecrasement
des minorités, effacement du droit, pourtant conçu pour protéger les minorités
contre tout abus, toute violence venant des autres.
Va-t-on continuer
longtemps dans cette voie ? Le législateur peut-il imposer sa volonté
au détriment du respect de la vie, de l’exercice de la liberté, de la
défense de la propriété ?
En s’écartant
du droit naturel, le législateur arrive à voter des textes contre nature,
des textes qui nient la nature de l’homme. La société retourne à la barbarie,
et elle finit par s’auto-détruire, puisque la
nouvelle loi n’est autre que celle du plus fort, du plus violent, du plus
inhumain.
Il faudra
bien se rendre tôt ou tard à cette évidence : si l’on ne veut pas
retourner à la barbarie, il faut retourner au droit naturel.
Jacques
Garello
Le 3 Octobre 2005
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