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La guerre économique menace avec l’affaire Airbus / Boeing. Les Américains
portent plainte devant l’Organisation Mondiale du Commerce pour les subventions
reçues de l’Europe par Airbus Industrie (3 milliards d’euros récemment).
Les Français ripostent en démontrant que le gouvernement américain a aidé
Boeing au-delà de ce qui était autorisé par l’accord de réciprocité signé
en 1999 (aux termes duquel l’avionneur de Seattle peut recevoir 3 % de
son chiffre d’affaires en aide pour les programmes militaires). Ce n’est
pas la première fois qu’un bras de fer s’engage entre les deux côtés de
l’Atlantique : le protectionnisme américain en matière d’acier et
de produits agricoles s’est exprimé aussi par des mesures drastiques contre
les fromages ou les vins français, mais la France de son côté a rejeté
le mais, les volailles et la viande américaines. On pensait qu’après la
dernière réunion de l’OMC et l’accord sur les subventions aux paysans
le ciel commercial allait s’éclaircir entre Washington et Paris, mais
il n’en est rien. Il semblerait que George BUSH ait arbitré en faveur
de son électorat isolationniste et anti-français, du moins jusqu’au 2
novembre. Mais naturellement, la France n’est pas immaculée et, s’agissant
d’Airbus en particulier, il est évident que les subventions pour le nouveau
gros porteur représentent un tiers des coûts de lancement du programme.
Là-dessus notre brave Président profite de son passage au Viet Nam, pays
chargé de mauvais souvenirs pour les Américains (mais, l’a-t-on oublié,
pour les Français aussi!), pour proclamer son hostilité à une mondialisation
qui soumettrait tous les peuples de la terre à une culture unique, celle
des Etats-Unis. Cette réédition du discours de Phnom Penh n’est pas des
plus heureuses. Au demeurant, je ne sais pas ce que signifie la « culture
américaine » dans un pays où les WASP (White Anglo Saxon Protestants)
représentent désormais une minorité – fût-elle active ; à ma connaissance
s’il existe une société multiculturelle, c’est bien celle de cette grande
démocratie. Le paradoxe est que les mêmes plaident à l’extérieur pour
le multiculturel et à l’intérieur contre. La culture américaine est-elle
celle que combat José Bové à grands coups de démontages ? MacDo,
Coca et Hollywood ? Si c’est cela il est déjà trop tard, ils ont
déjà gagné, même au Viet Nam.
Mais il est vrai que guerre économique et guerre culturelle ne sont que
les protubérances de la guerre diplomatique. On a vu celle-ci se ranimer
à propos des négociations pour la libération des otages : n’a-t-on
pas entendu le brave Didier JULIA, dûment relayé par la presse, accuser
les Américains d’avoir retardé la libération de nos compatriotes, voire
même, d’après certaines versions « hard », d’avoir tiré sur
le convoi qui les ramenait à la liberté ? Et il ne se passe pas de
jour sans que l’on dénonce tantôt l’insécurité qui règne à Bagdad, tantôt
les bénéfices astronomiques réalisés par des compagnies américaines (il
y a là encore quelque contradiction).
Derrière tout cela, il y a clairement une option politique contre George
BUSH. Les Français, d’en haut comme d’en bas, ont fait le choix de KERRY,
car ce socialiste a tous les charmes à leurs yeux : il renoncera
à intervenir dans les affaires du monde, rompant avec la tradition de
Ronald REAGAN, il développera les programmes sociaux qui pourront casser
la reprise américaine, il acceptera la dissolution de la famille et des
mœurs, il renforcera l’administration centrale et réduira le pouvoir des
Etats. Vive l’Amérique affaiblie, c’est comme cela que nous l’aimons !
Bien évidemment, toutes ces gesticulations ne survivront pas à l’échéance
du 2 novembre. Si BUSH l’emporte, il faudra en rabattre, si c’est KERRY
bonjour les dégâts immédiats. Les choses vont donc se remettre en place,
et c’est ce qui me rassure. La remise en place c’est simplement la reconnaissance
du fait que les citoyens des deux pays, quand ils ont l’occasion de se
rencontrer et de se visiter, trouvent bien vite leurs points communs.
Au-delà des apparences nous sommes aussi proches des Américains que des
autres Européens : nous souhaitons la justice et la paix, nous voulons
respecter les valeurs de civilisation comme les droits individuels et
la compréhension entre les peuples du monde entier, nous aimons la famille
et voulons éduquer et instruire nos enfants, nous honorons le mérite,
le travail et la propriété. En voilà assez pour nous sentir fraternellement
unis dans une communauté de destin qui nous a permis de vaincre ensemble
les totalitarismes du XXème siècle et nous permettra de relever ensemble
les défis du XXIème : vaincre la pauvreté, vaincre le fanatisme.
Quand on fait cause commune, on ne peut pas se faire la guerre, même quand
les gouvernants brûlent de la déclarer.
Jacques Garello
Le 11 Octobre 2004
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