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L’EUROPE A L’HEURE DE LA FRANCE |
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Laissez-moi
tout d’abord, amis lecteurs anciens et nouveaux, vous dire mon plaisir
de vous retrouver pour cette nouvelle année de réflexion en commun, que
j’aborde avec quelque émotion. D’une part c’est au cours de cette année
que paraîtra le numéro 1.000 de cette Lettre, peu de publications ont
connu une telle pérennité, grâce à votre fidélité ; d’autre part
depuis 30 ans cette Lettre de septembre accompagnait l’ouverture de l’Université
d’Eté de la Nouvelle Economie, dont l’aventure se sera terminée en 2008 :
belle longévité… Cela dit,
tournons-nous vers l’avenir immédiat. Les prochains mois vont voir l’Europe
à l’heure de la France, et confrontée à plusieurs défis à relever :
diplomatique, économique et institutionnel. La présidence française sera-t-elle
un gage de succès ? |
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Le défi diplomatique
est double : Afghanistan et Géorgie. Il semblerait que la question
de l’Afghanistan soit réglée dans l’esprit de la plupart des gouvernants
européens, sinon dans l’opinion publique française : la lutte contre
le terrorisme et la barbarie doit continuer, quitte à revoir les modalités
et les moyens. Pour la Géorgie, les divisions sont encore apparentes,
entre les partisans d’une position forte (Angleterre, pays d’Europe Centrale
et de l’Est) et les autres (Italie et Allemagne, dont la chancelière a
eu des positions hésitantes). L’Europe est loin de « parler d’une
seule voix », ou si elle le fait c’est avec un filet de voix. Pourtant
le néo-impérialisme et le néo-soviétisme de POUTINE ne font aucun doute,
et avec le recul du temps on ne comprend pas toutes les amabilités et
concessions dont il a bénéficié depuis son accès au pouvoir absolu. L’esprit
de Munich a encouragé Hitler et Staline à mettre le feu à l’Europe et
à poursuivre leur entreprise de barbarie honteuse et haïssable. Pour l’instant
les dirigeants russes se moquent de l’Union Européenne comme d’une guigne. Le défi économique,
moins dramatique il est vrai, est la rechute de la croissance. Elle n’atteint
pas également tous les pays membres de l’Union, mais elle contraste avec
le redémarrage de l’économie américaine, peut-être parce que la purge
bancaire nécessitée par les errements des subprimes a été administrée
plus tôt. Certains économistes français prônent un « new deal européen »,
ignorant sans doute que le New Deal de Roosevelt a replongé les Etats-Unis
dans la crise. Ils préconisent une « politique économique européenne »,
la direction centralisée de l’Europe devant être selon eux plus efficace
que le marché, ils veulent éliminer la concurrence en pratiquant une harmonisation
fiscale, sociale et juridique. L’Europe se lancerait-elle dans cette folle
aventure ? Il y a trop de pays résolument accrochés au « modèle
anglo-saxon » pour suivre la France dans cette voie, mais à ce jour
l’Union, dans la grande tradition du traité de Rome, n’a pas réellement
choisi entre marché et plan, entre liberté et dirigisme. Les corporations
et les politiciens continuent à inspirer des « politiques structurelles »
et le Parlement aimerait bien se lancer dans des opérations de redistribution
et de réglementation, surtout dans le domaine de l’environnement. Encore faudrait-il
relever le défi institutionnel, lancé par le vote irlandais au printemps
dernier. Après l’essai de passage en force de la France, il est semble-t-il
hors de question d’appliquer le traité de Lisbonne en l’état, et la relance
institutionnelle ne saurait se faire que sur une Europe à deux vitesses
dont beaucoup de pays ne veulent pas, à commencer par les Tchèques (qui
succèderont aux Français à la présidence en Janvier prochain). En dépit
du dynamisme de son Président, la France est mal placée pour éclairer
ces choix européens, car elle est elle-même dans une situation précaire
et mène une politique ambiguë. La croissance
économique française est au plus bas, et cela ne manquera pas de creuser
des déficits dans les finances publiques et sociales, d’autant que les
dépenses publiques et sociales ont encore augmenté. La plus complète
cacophonie règne sur les orientations fiscales : financement du
RSA par un prélèvement supplémentaire (avec ou sans bouclier ?),
réductions de l’impôt sur la fortune, ou pose dans la décrue fiscale
(a-t-elle jamais existé ?). La coordination n’est pas parfaite
entre Bercy, l’Elysée et Matignon. La réforme constitutionnelle n’a
pas éliminé la dyarchie de l’exécutif ! Le Grenelle de l’environnement
engage le pays dans une série d’innovations fiscales, réglementaires
dont les effets pervers sont déjà visibles. La rentrée scolaire trouve
les parents et enseignants très divisés, la formule Darcos ayant usé
d’autorité et d’uniformité, là où il faudrait diversité et souplesse. Enfin et
surtout, les réformes de fond sont toujours en panne : le domaine
d’intervention de l’Etat n’est pas réduit, donc les dépenses publiques
continuent à progresser, les relations sociales s’organisent toujours
entre « partenaires » non représentatifs et le contrat de
travail a du mal à refaire surface, l’école et l’université continuent
à être gérées en mode de « service public », excluant concurrence,
libre choix et émulation. La Sécurité Sociale, qu’il s’agisse de l’assurance
maladie ou des retraites, est au bout du rouleau. Bref, toutes
les réformes auxquelles sont peu à peu venus nos partenaires européens
n’ont même pas été évoquées en France. De la sorte, au lieu de rêver
mettre l’Europe à l’heure de la France, il vaudrait mieux mettre la
France à l’heure de l’Europe. Jacques
Garello
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