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Vous avez le courage de demander que les élèves,
collégiens et lycéens fassent la preuve de leur niveau avant d’aller plus loin
dans leurs études. Je vous suggère de faire de même pour les instituteurs, maîtres
et professeurs. Les Instituts de Formation des Maîtres sont devenus des hauts
lieux d’inculture et d’idéologie. Les « journées pédagogiques » n’ont
pour effet que de désorganiser les emplois du temps, les inspecteurs d’académie
n’ont plus aucune autorité. Il faudrait en finir avec tout cela et revenir soit
aux bonnes vieilles écoles normales, soit à un recrutement par l’établissement,
rendu responsable de la qualité de son personnel enseignant. Il est vrai que les maîtres de qualité sont
rares, mais ils sont souvent démotivés, au moins pour deux raisons : leur
autorité est battue en brèche par des conseils de classes et autres comités hétéroclites
et irresponsables, leur mérite personnel n’est pas reconnu tandis que certains
de leurs collègues oublient impunément leurs plus élémentaires devoirs. Que ne
mettez-vous fin à ce fouillis structurel et à cette injustice notoire ? Pourquoi
n’écouter que les voix des leaders syndicaux, omniprésents dans les procédures
de nominations, de promotions et de mutations ? Vous souhaitez que l’on fasse une place plus
grande à la culture générale, et vous voulez donner aux enfants et adolescents
la possibilité de découvrir les réalités du monde contemporain. Vous devez alors
veiller à ce que les livres et manuels officiellement sélectionnés soient autre
chose que des catéchismes marxistes déformant l’histoire, dénonçant les horreurs
du capitalisme, annonçant l’apocalypse écologique et l’extension du paupérisme.
Vous devez donc donner à notre pays des éducateurs
éduqués, des maîtres respectés, des livres et des programmes instructifs. Mais j’irai plus loin dans mes exigences –
pardon : mes respectueuses suggestions. Pour avoir enseigné pendant plus de vingt ans,
pour compter dans ma famille plusieurs enseignants j’ai appris deux choses :
les vertus de la concurrence et l’importance des parents. Fonctionnaire de l’Education Nationale, j’ai
observé que le seul aiguillon de la qualité est la comparaison entre établissements :
entre écoles, lycées et collèges publics d’une part, et entre public et privé
d’autre part. Je vous demande donc, dans l’intérêt même du public, de supprimer
les entraves qui freinent le privé dans ses initiatives. Libéré de ses contraintes,
disposant d’une totale liberté dans le choix de ses enseignants, de ses programmes,
de ses investissements, le secteur privé est capable de trouver des formules diversifiées,
mieux adaptées aux besoins des jeunes et de la société. Notre secteur public saurait
en tirer les leçons, et expérimenter à son tour de nouvelles formules. Je vous
demande d’étudier avec soin le système de « l’opting out », qui a permis
à nombre d’établissements publics anglais d’acquérir une réelle autonomie. Quant à l’importance des parents, elle ne se
manifeste aujourd’hui qu’en deux occasions : lorsque la garde des enfants
ou adolescents n’est pas assurée pour cause de grève ou autre, et lorsque les
notes de ces chères têtes blondes sont mauvaises, victimes assurément de quelque
faute professionnelle de l’enseignant. Cette attitude des parents n’est due ni
à leur inculture ni à leur pauvreté ;
j’ai souvent constaté que ce
sont les familles les plus modestes qui sont les plus attachées à la qualité et
au sérieux des établissements. Mais précisément, les parents ont perdu tout pouvoir
de choix et tout droit de regard sur le système d’enseignement. Vous envisagez
de supprimer la carte scolaire (au lieu de « l’aménager »), ce sera
un point décisif car cela créera les conditions d’une vraie concurrence. Pour que la concurrence existe, pour que les
parents aient le sentiment d’avoir quelque responsabilité dans l’éducation de
leurs enfants, il faut donc que la libre navigation des familles soit possible.
Pour cela trois conditions sont requises, et vous vous devez de les réunir :
liberté de création et d’extension des établissements (publics ou privés), liberté
de leur gestion y compris des conditions pédagogiques et financières de l’admission,
liberté d’inscription pour les familles qui satisfont à ces conditions. C’est d’une refonte complète du système qu’il
s’agit, puisque l’on passe du monopole d’Etat à la concurrence par la qualité
et le prix, puisque l’on abandonne la gratuité pour lui substituer le contrat.
Ce dernier point va tout bouleverser : le budget de l’Education Nationale,
devenu monstrueux, sera réduit aux seules subventions et bourses ou bons scolaires
donnés aux familles impécunieuses pour leur permettre d’inscrire leurs enfants
dans l’établissement de leur niveau et de leur choix, mais parallèlement la charge
fiscale des autres familles va considérablement diminuer et ils affecteront l’argent
ainsi libéré à la meilleure éducation de leurs enfants. Les diplômes reprendront
leur valeur de brevet pour la promotion sociale. Cela va exiger de votre part beaucoup de courage
politique. Vous allez vous mettre à dos les syndicats d’enseignants à coup sûr,
mais aussi les associations de parents, et de façon plus large encore tous ceux
qui sont attachés à l’idée du service public unique et laïque de l’Education Nationale.
Mais vous allez aussi sauver la jeunesse et, avec elle, l’avenir du pays.
Dans l’espoir de votre écoute, je vous prie
de croire, Monsieur le Président… p.c.c.
Jacques Garello Le 10 septembre 2007
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