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| ENTREPRISES ET POUVOIR D'ACHAT | |||||||||||||
| C’était
l’un des thèmes du discours de Nicolas SARKOZY devant l’Université d’Eté du MEDEF. Je prends
note également de quelques annonces rassurantes : fin de la délation
fiscale, révision plus complète des 35 heures, une avancée dans la flexibilité
du droit du travail, la réforme de l’Etat et la suppression de quelques
grandes directions administratives. Le Président a remis en honneur quelques-unes
des promesses de sa campagne. | ||||||||||||
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Pour
autant, je n’arrive pas à comprendre pourquoi nos dirigeants, et le plus illustre
d’entre eux, s’obstinent à employer l’argument keynésien suivant lequel un bon
coup d’accélérateur du pouvoir d’achat serait l’élément moteur de la relance d’une
croissance qui se meurt. Dans cette optique il appartiendrait aux patrons de « jouer
le jeu », c'est-à-dire d’accroître les salaires. Je
pense qu’il y a ici une profonde contradiction entre l’habileté politique et les
réalités économiques, et qu’il faudra bien trancher tôt ou tard. Les réalités de l’économie concernant le pouvoir d’achat ont été exposées par Jean Baptiste SAY, que Madame PARISOT a d’ailleurs cité : les revenus monétaires versés aux producteurs ont pour seule origine la valeur du service rendu aux consommateurs, matérialisée par l’argent payé. C’est le prix qui fait le revenu, et non l’inverse. Cette « loi de Say » formulée en 1810 a été redécouverte pour rompre heureusement avec les erreurs de Keynes et provoquer le séisme scientifique du « supply side » : voir la vie économique du côté de l’offre, et non plus du côté de la demande. Keynes avait égaré l’analyse économique en suggérant que la prospérité vient de la vigueur de la dépense, sans se poser la question élémentaire : d’où vient l’argent que l’on dépense ? C’est
sans doute Frédéric BASTIAT qui a donné la meilleure lecture de la nature de la
vie économique : les services s’échangent contre les services. La vie économique
est faite d’échanges entre personnes qui satisfont leurs propres besoins (pouvoir
d’achat) en cherchant à satisfaire les besoins des autres (qui payent le prix).
On ne produit pas pour produire, pour fabriquer un bel avion, pour récolter de
beaux fruits ou pour organiser de beaux voyages. On produit pour aller au devant
des désirs et des moyens des voyageurs, des fructivores et des touristes. Tout
ce qui donne sa valeur à une production tient à sa destination. « Le pouvoir
d’achat est égal à la production vendue » précisait encore Jean Baptiste
SAY. En d’autres termes, si vous ne vendez rien de votre production, vous n’avez
à attendre aucun pouvoir d’achat. Le salaire n’est pas la récompense d’un effort,
ce n’est pas le prix de la peine du travailleur, c’est la récompense d’un service
rendu à un client. Ce n’est pas le patron qui paye le salarié, c’est le client.
L’entrepreneur n’est qu’un intermédiaire entre les besoins supposés de la communauté
et les moyens de les satisfaire. Il y a quelque mérite, parce qu’il peut se tromper
sur ce que désirent les clients et sur ce que font les concurrents. La rémunération
de ce mérite entrepreneurial est le profit. Doit être aussi rémunéré par un intérêt
l’épargnant qui permet l’investissement dans l’entreprise. Ainsi profits, intérêts
et salaires sont-ils l’exacte contre-partie de la valeur du produit, telle qu’elle
est appréciée par la communauté des acheteurs, ou par « le marché »
– expression maladroite parce qu’elle semble effacer les choix individuels pour
leur substituer un mécanisme impersonnel. Je
suis navré de rappeler ces vérités premières, mais elles conduisent à une conclusion
fort nette : le pouvoir d’achat du salarié, de l’entrepreneur ou de l’investisseur
n’a d’autre origine que le service rendu par l’entreprise. Voilà
qui devrait ôter de l’esprit des Français que le pouvoir d’achat dépendrait d’une
décision arbitraire du patron, qui se laisserait plus ou moins convaincre d’augmenter
les salaires suivant la pression qu’exerceraient sur lui les syndicats et les
pouvoirs publics. La « répartition des revenus » n’est pas un acte politique,
mais économique. Quand
on fait de l’anti-économique, on fait du « social ». C'est-à-dire que
l’on met les patrons en demeure de « jouer le jeu ». Je comprends que
l’on puisse encourager les entrepreneurs à être encore plus entreprenants, mais
la plupart du temps ce n’est pas à eux qu’on peut imputer la léthargie de la croissance
ou la stagnation du pouvoir d’achat. C’est que l’environnement qu’on leur a fabriqué
est stérile, démotivant, coûteux. Stérile parce que les ressources de l’épargne
sont épuisées par la fiscalité et gaspillées en dépenses publiques. Démotivant
parce que le mérite, la réussite et le talent sont montrés du doigt et pénalisés
par la taxation des gains marginaux et du patrimoine. Coûteux parce que le salaire
complet est grevé de charges imputables à un système aberrant appelé Sécurité
Sociale. Voilà les vraies « freins à la croissance », et il n’est pas
besoin d’un comité ou d’un rapport pour dire qu’en France il faut alléger la dépense
publique, donc les administrations, supprimer ou réduire les impôts, changer de
mode de protection sociale, restaurer la liberté du travail, de la finance et
de l’entreprise. Evidemment
un tel programme (que j’ai explicité avec d’autres dans le « Guide de la
Réforme ») n’est pas très politiquement correct, et l’habileté politique
requiert une autre approche. Il ne faut pas désespérer Billancourt, ni les syndicats,
ni ceux qui vivent par et pour l’Etat. Une grand’messe sur le pouvoir d’achat
fera donc écho à la visite au Medef, en attendant le « Grenelle de l’écologie »
qui sera un vrai sommet (comme l’ont été les « accords de Grenelle »
en 1968). Quelques attaques contre le « capitalisme des financiers »
semblent de bon goût, comme si les banquiers n’étaient pas des entrepreneurs Enfin
pour calmer le jeu et apaiser la nation on va racheter le Parti Socialise en pièces
détachées. La ligne du Président est donc difficilement lisible, puisqu’il accompagne quelques discours et certaines mesures réalistes de contre-discours et contre-mesures particulièrement « habiles ». En attendant, les réformes fondamentales attendent, les électeurs aussi. Ils veulent bien « jouer le jeu », mais ils se demandent à quel jeu on joue. Jacques
Garello
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