|
Les propos
du Saint Père à Ratisbonne ont déclenché les réactions que l'on sait.
Réactions de violence, souvent incontrôlée, qui pourraient laisser penser
que certains musulmans seraient prêts à en découdre : une bonne guerre
de religion (face aux caméras surtout), pourquoi pas ? Les gouvernements
s'en sont mêlés, des parlements ont protesté, des chefs religieux, inféodés
au pouvoir politique, ont ameuté les fidèles. Tous ces braves gens ont
donné l'impression d'exploiter quelques mots sortis de leur contexte pour
lancer une nouvelle offensive de propagande comme naguère à l'occasion
de la " caricature " et, quelques années plus tôt, à propos des écrits
de Salman Rushdie.
|
|
Les propos
du Saint Père à Ratisbonne ont déclenché les réactions que l'on sait.
Réactions de violence, souvent incontrôlée, qui pourraient laisser penser
que certains musulmans seraient prêts à en découdre : une bonne guerre
de religion (face aux caméras surtout), pourquoi pas ? Les gouvernements
s'en sont mêlés, des parlements ont protesté, des chefs religieux, inféodés
au pouvoir politique, ont ameuté les fidèles. Tous ces braves gens ont
donné l'impression d'exploiter quelques mots sortis de leur contexte pour
lancer une nouvelle offensive de propagande comme naguère à l'occasion
de la " caricature " et, quelques années plus tôt, à propos des écrits
de Salman Rushdie.
La première
constatation est donc celle du terrorisme intellectuel. C'est une forme
plus subtile mais très efficace de terrorisme dans la guerre que les Islamistes
et leurs alliés ont déclarée au monde libre. Pour ceux qui le pratiquent
ce terrorisme a l'avantage d'être relayé dans le monde entier par les
ennemis du grand Satan américain, de la chrétienté et des juifs - et ils
sont légion à ce que l'on voit.
La deuxième
constatation est qu'il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas
entendre. Ceux qui ont crié au scandale ont-ils compris, ou ont-ils feint
de ne pas comprendre, ce que Benoît XVI avait réellement dit ? Comme d'autres,
j'ai lu avec attention l'intégralité du discours sur la religion et la
raison, et la partie où il est fait référence aux liens entre religion
et violence. Ce thème est débattu par les théologiens depuis des siècles,
et il a été abordé à nouveau par le Pape dans le désir d'amorcer un dialogue
entre les diverses religions : oui ou non sommes-nous tous d'accord pour
exclure la violence de nos prêches et de nos comportements ? Ce débat
sur la religion et la violence s'impose à l'heure du fanatisme. Mais c'est
aussi un débat plus profond, qui met en évidence les relations entre la
foi et la raison.
Incidemment,
et sans aucune provocation, Benoît XVI a rappelé les ambiguïtés nées de
la place du djihad dans la religion musulmane. Il a cité à point nommé
l'empereur byzantin Paleologue II qui dans son dialogue avec un sage musulman
contestait que l'on puisse défendre la foi au fil de l'épée. Des musulmans
sincères peuvent-ils trouver à redire à cette évocation ? Beaucoup d'entre
eux ont aujourd'hui la volonté d'expurger de leur religion toute trace
de violence, et font tous leurs efforts pour faire évoluer l'Islam en
ce sens. Mais ils souffrent certainement de ce que la philosophie musulmane
ait cessé d'évoluer à partir du XIIème siècle, de sorte que c'est une
lecture momifiée du Coran que l'on enseigne dans les écoles coraniques.
La source de la tradition, le fiqh, s'est tarie, la référence à la réalité
est ignorée, au-delà de toute " raison ". Ici le Pape évoque le problème
fondamental : la religion chrétienne essaie d'articuler foi et raison
(fides et ratio), Dieu laissant aux hommes l'usage d'une raison critique,
alors que certaines religions ou philosophies veulent soumettre entièrement
la religion soit à la foi (ne serait-ce pas le cas de l'Islam ?) soit
à la raison (comme les philosophes des lumières, cités par Benoît XVI).
Serions-nous voués à être tantôt des " infidèles ", tantôt des " rationnels
" ?
Si cette
question concerne des théologiens et philosophes aussi éminents que Wojtyla
et Ratzinger, une autre question plus prosaïque concerne tous les croyants
: peut-on imposer une religion ou la défendre par la violence ?
Ce que disent
nos Papes et la " chrétienté " (avec sans doute quelque nuance pour les
orthodoxes orientaux), c'est que la relation de l'homme à Dieu est une
relation personnelle, dans laquelle s'exerce pleinement la liberté fondamentale
de l'être humain. Nous n'allons pas vers Dieu en collectivité, en groupe,
en nation ou en armée, nous y allons individuellement - éclairés sur notre
chemin par la divine grâce. Aller vers Dieu est un choix personnel, pas
un choix de société.
Donc il n'appartient
à aucun pouvoir politique, ou aucune épée - attribut du pouvoir - de convertir
et d'imposer quelque religion que ce soit. Jean Paul II avait lancé l'idée
de la repentance : oui, au nom de leur foi, les chrétiens ont usé de la
violence, ou en ont été complices, et ces épisodes dramatiques de l'histoire
doivent être condamnés et exorcisés à jamais. Les guerres de religion
sont aussi la négation de la religion.
Dieu est
amour (Caritas, dit Benoît XVI). Des chrétiens ne peuvent en approcher
ou faire sa volonté en usant de la violence. Le pouvoir politique dispose
de la violence minimale pour accord avec le droit naturel. Mais jamais
cette violence ne saurait s'exercer pour autre chose que la défense des
droits individuels, et surtout pas pour ôter ou contrôler le droit individuel
inaliénable qu'est la liberté religieuse. " Rends à César ce qui est à
César, et à Dieu ce qui est à Dieu " : le Christ a nettement marqué la
séparation entre le politique et le religieux, heurtant d'ailleurs une
partie de ses contemporains. Aujourd'hui César se prend à nouveau pour
Dieu. La République discipline la religion au nom d'une laïcité mal comprise.
Les ayatollahs prêchent la violence et guident les gouvernements. Leur
démarche n'est pas inspirée par l'amour du prochain, elle est animée par
la haine de celui qui en toute liberté n'a pas choisi Mahomet.
Benoît XVI
invite à la raison : la foi ne se trouve pas au bout de l'épée.
Jacques
Garello
Le
25 septembre 2006
|