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Mais j’avoue
être aussi choqué par la façon dont ce drame a été souvent commenté en
France, et je ne peux vous cacher ma colère parce qu’elle est peut-être
l’une de ces justes colères qui servent à dénoncer l’erreur, à en chercher
la cause et à retrouver le chemin de la vérité. J’espère à mon tour ne
pas vous choquer.
Les commentaires
que je vise se ramènent à une mise en accusation des Etats Unis, et notamment
de George Bush : à l’origine du drame, et incapables de le gérer
ensuite.
En allant
du plus grave au plus bénin : les Américains sont punis par Dieu,
et notamment par Allah, les Américains ont refusé de signer les accords
de Kyoto et sont responsables du réchauffement durable, les Etats Unis
sont obligés de recourir à l’aide extérieure, eux qui se croyaient la
super-puissance mondiale, la misère aux Etats Unis a été révélée par la
catastrophe et on a laissé mourir les gens parce qu’ils étaient noirs
et pauvres, les secours ont été complètement inefficaces, les soldats
sont plus à l’aise en Irak pour tuer qu’en Louisiane pour aider, George
Bush est nul, sa mère est raciste parce qu’elle est impressionnée par
le nombre soudain d’immigrés au Texas, « Le modèle social américain
mis en cause » (Le Monde), etc. etc.
Je connais
assez bien les Etats Unis et j’y compte assez d’amis avec lesquels j’ai
correspondu tous ces derniers jours pour faire la part de la propagande
et celle de la réalité observée.
Sur les origines
et la violence de l’ouragan, il n’y a évidemment rien à dire : la
nature s’est déchaînée comme elle l’avait fait avec le tsunami en décembre
dernier. Le protocole de Kyoto n’est pas un paratonnerre. Sur les procédés
d’alerte qui avaient été si défaillants en Asie, on peut dire qu’ils ont
été à la limite du tolérable, bien que les autorités aient tout de même
fait leur devoir. Mais elles n’ont pas utilisé la coercition, et n’ont
pas forcé une certaine partie de la population à évacuer la ville. Il
est vrai que la rupture des digues n’était pas prévue.
Ici commencent
sérieusement les responsabilités des administrations fédérales et locales.
Le corps fédéral des ingénieurs chargé de l’entretien des digues a fait
preuve de totale négligence, il a été officiellement mis en accusation.
Il n’y a pas eu réduction des budgets, comme le prétendent les démocrates,
mais bien incurie de la part d’une bureaucratie qui est grassement pourvue
depuis des années pour ne rien faire. S’agissant des secours, les lenteurs
et l’incompétence des autorités ne se sont pas situées à Washington, mais
en Louisiane même. Le gouverneur démocrate Blanco a attendu quatre jours
pour déclarer l’état d’urgence et demander l’aide du pouvoir fédéral.
Le maire Ray Nagin a été quasiment absent pendant ces jours, oubliant même
de mettre à la disposition de la population les bus scolaires pour quitter
la ville. A comparer avec la façon remarquable de compétence et d’humanité
dont Rudy Giuliani, maire de New York, a géré
la crise après les attentats du World Trade
Center !
Quant à la population
la plus touchée, elle est principalement celle d’un quartier où s’entassaient
depuis des années des gens qui vivent pour l’essentiel des subsides du
gouvernement, mais aussi du commerce
de la drogue et du sexe, du pillage et du racket. Certains parlaient,
bien avant l’ouragan, de la « réserve de la Nouvelle Orléans ».
Alors que dans d’autres quartiers de la ville les gens se sont organisés
et se sont portés aide mutuelle, on n’a trouvé ici que des gens désemparés,
des femmes seules avec une multitude d’enfants en bas âge, qui n’ont pas
cru à la menace qui pesait sur eux : drame des exclus ou des marginaux.
En déduire que des millions d’Américains vivent
« en dessous du seuil de pauvreté » et que cette misère cachée
a été révélée par le drame de la Louisiane, c’est évidemment une exagération
que l’on peut mesurer en se rappelant (voir notre article en page 5),
qu’il vaut mieux être pauvre aux Etats-Unis qu’appartenir à la classe
moyenne au Portugal.
S’il y a
une Amérique à condamner, c’est bien cette Amérique-là, celle de l’Etat
Providence, des bureaucraties fédérales et locales, des politiciens incompétents
et sectaires. Qu’on y inclue George Bush est discutable, car le Président
actuel, comme Ronald Reagan jadis, semble faire son possible pour réduire
le poids des agences fédérales et rendre à l’initiative privée un grand
nombre d’activités aujourd’hui entre les mains des administrations publiques.
On aurait
dû précisément souligner ce que la société civile américaine a été capable
de faire en la circonstance. Pour l’évacuation, mais plus encore (c’était
plus praticable) pour l’accueil et la réinsertion des victimes du sinistre,
des milliers de gens, individuellement ou le plus souvent dans le cadre
des familles, des clubs services, des paroisses, des associations de toutes
sortes, ont mis à la disposition des sinistrés toute l’aide et toute la
compassion possibles.
On devra
malheureusement attendre le bilan définitif du drame, et nous devons espérer
que la liste des victimes ne s’allongera pas aussi lourdement qu’on le
craint. Il faudra enfin observer avec quelle détermination et quel talent
l’Amérique va panser ses plaies, comme elle l’a fait après le 11 septembre.
Je le redis aujourd’hui en toute sincérité comme je le disais il y a quatre
ans : Dieu bénisse l’Amérique. Dieu bénisse la Louisiane.
Jacques
Garello
Le 12 septembre 2005
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