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Hélas, les
vertus de la mondialisation sont altérées par la rémanence de politiques, de mœurs
et d’institutions héritées de l’économie dirigée et protectionniste qui a dominé
le XXème siècle. La monnaie
gérée par les banques centrales est un exemple de ces scories du passé. Cette
Lettre vous donne une lecture simple de l’affaire des « subprime ». En quête de taux d’intérêt usuraires certaines
banques et opérateurs financiers se sont lancés dans des crédits très risqués :
on a prêté à des gens a priori insolvables pour qu’ils apposent leur signature
au bas d’un contrat de vente d’un appartement ou d’une maison. Tout le monde y
trouve son compte : des impécunieux peuvent accéder à la propriété (ce qui
semble très « social »), les promoteurs et agents immobiliers vendent
des mètres carrés, et les banques s’engraissent rapidement. Mais la fatalité
veut que tôt ou tard la « chaîne » se casse. Les emprunteurs ne remboursant
pas, les banques ne peuvent reconstituer leurs liquidités. Fort heureusement,
les banques centrales leur tendent une main secourable. « Nous couvrirons
tous les crédits à 100% », dit la Banque Centrale Européenne. De son côté,
sans s’en vanter, la FED américaine abaisse son taux d’intérêt pour permettre
aux banques de se ravitailler en billets verts auprès d’elle, et à moindres frais.
Pensons à
une chose : si les banques avaient dû payer sur-le-champ leurs erreurs de
gestion, elles ne se seraient pas comportées de la même manière. Mais elles savent
disposer du parachute des banques centrales, et elles sont quasi-certaines d’une
impunité. En clair, le système monétaire est aujourd’hui une prime à l’irresponsabilité
des banques. Ce laxisme
des banques centrales faisait la crainte de RUEFF, FRIEDMAN et HAYEK. Ils savaient
que la manipulation de la monnaie par les banques centrales ne pouvait amener
que désajustements dans l’économie, distribution de « faux droits »
(Jacques Rueff). Car l’économie de marché étant une économie de responsabilité,
le crédit ne peut s’obtenir que si on y a un droit économique, c'est-à-dire une
possibilité de rembourser sur une valeur future. Quand YUNUS prête à de micro-entreprises
en Inde ou en Afrique, l’argent va à des individus ou des familles qui développeront
une activité, qui travailleront de façon intense et intelligente. Ce sont de « vrais
droits ». Quand on accorde un crédit à la consommation ou au logement à des
assistés sociaux (même s’ils n’y sont pour rien), on distribue de faux droits.
Les keynésiens, évidemment, n’y voient qu’avantages : pour prospérer l’essentiel
n’est-il pas de dépenser ? La « justice
sociale » si souvent évoquée en l’affaire n’y trouve pas son compte. Car
des milliers de gens vont finalement payer l’addition bien malgré eux. D’abord
les actionnaires et le personnel des banques et institutions financières perdantes :
leur patrimoine ou leur salaire sera amputé. Ensuite, les victimes prochaines
de l’inflation qui suit immanquablement l’émission inconsidérée de monnaie
par les banques centrales : ce sont les plus dépourvus qui sont les premiers
frappés. Encore les contribuables, quand l’Etat se mettra
en peine d’apporter sa garantie et fera gonfler encore la dette publique. Enfin,
tous ceux qui vont finalement pâtir des dérèglements introduits dans le marché,
parce que les prix et les revenus auront été faussés par la dégradation de la
monnaie et la politique de « monnaie facile ». L’irresponsabilité
et la facilité ne peuvent s’instaurer dans une économie de marché. Tant que les
échanges ont été nationaux, un pays déraisonnable supportait seul les conséquences
de ses erreurs. La mondialisation permet à tous les pays de progresser, mais mondialise
aussi les comportements aberrants. Nous en sommes là. Deux voies
se présentent devant nous : ou bien revenir à l’économie nationale fermée
– c’est le scénario catastrophe impensable aujourd’hui – ou bien accompagner la
mondialisation des nécessaires disciplines qu’elle requiert. Il faut réviser les
institutions monétaires, mais aussi les institutions politiques, fiscales, juridiques,
sociales, qui ne s’accordent pas avec cette loi fondamentale de l’humanité :
pas de liberté ni de progrès sans responsabilité. Ce sont les institutions
d’une mondialisation responsable et juste qui vont se mettre en place, pourvu
que les Etats cessent de manipuler les échanges et leurs
règles du jeu. Nous sommes réunis à Aix en Provence en cette XXX° Université
de la Nouvelle Economie pour en parler. Mais aussi pour rappeler à tous les décideurs
politiques que le temps est venu non seulement des réformes institutionnelles
propices à la concurrence et à la compétitivité, mais aussi d’un recul de leurs
interventions et d’un retrait de leurs ambitions. Certains pays pourraient souffrir
lourdement de ne pas entendre l’avertissement, et la France plus que tout autre
puisqu’elle a les institutions les plus décalées par rapport aux exigences de
la mondialisation. Jacques
Garello Le
27 août 2007 |