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La volonté
affirmée par Jacques CHIRAC, avec le soutien timide d'Angela MERKEL, de
relancer le projet de constitution se heurte aux réticences de la plupart
des partenaires de l'Union, saisis tantôt par le scepticisme, tantôt par
des flambées de nationalisme de mauvais augure. Notre Université d'Eté
de la Nouvelle Economie s'ouvre lundi matin sur le thème : harmonisation
ou concurrence. Nous explorerons les chances attribuées soit à une Europe
centralisée régie par décrets pour uniformiser les institutions, les impôts
et le droit du travail, soit à une Europe de la diversité, progressant
par saine émulation entre Etats peu à peu amenés à alléger les charges
fiscales, sociales et réglementaires.
Quant aux
échéances électorales, elles s'approchent à grands pas, et le pays est
déjà paralysé et subjugué. Paralysé, car la majorité actuelle n'entend
pas réaliser en quelques mois les réformes qu'elle n'a pas su faire en
quatre ans. Subjugué, parce que la litanie démagogique commence à se réciter
; n'importe qui dit n'importe quoi, pourvu qu'il ne dise pas ce que dit
n'importe quel autre. Les Français sont dans le brouillard, ils cherchent
un repaire, une éclaircie.
Voilà pourquoi
ils ont besoin d'un guide.
Il ne manque
pas de candidats au rôle de guide. A gauche, à droite, les vocations,
anciennes ou tardives, se multiplient. Prendre la France par la main et
la conduire à la croissance, à la paix sociale, à la sécurité interne
et internationale : il y a bien des volontaires pour cette noble mission.
Mais est-il satisfaisant pour les citoyens de s'en remettre ainsi à l'homme
providentiel, ou à la femme savante ? L'ampleur de la tâche à accomplir,
l'urgence et l'importance des réformes à réaliser, dépassent sans nul
doute les capacités d'une seule personne, si géniale et si séduisante
soit-elle. J'admire ceux qui ont déjà arrêté leur choix, et déterminé
leurs suffrages. Mais je les mets en garde aussi contre cette solution
de facilité, qui les dispense d'examiner de plus près ce que le candidat
veut leur proposer - ou veut leur taire. N'ont-ils pas appris depuis longtemps
que la confiance mise dans un homme ou un parti peut être cruellement
trahie, et que les gouvernants font une politique inverse de celle qu'attendaient
les électeurs peu regardants parce que trop confiants ?
Pour ma part,
je n'ai pas d'attrait pour cette personnalisation de la vie politique,
qui empêche de poser les vrais problèmes et de voir les vraies solutions.
Le guide dont j'ai besoin, et dont beaucoup de Français ont sans doute
besoin, c'est celui qui ouvre une voie qui débouche sur un vrai projet
pour la France, animé par le souffle d'un esprit novateur et courageux,
précisé dans des mesures concrètes et cohérentes. En d'autres termes nous
avons besoin d'une doctrine qui nous guide dans les mois à venir.
Doctrine
: un mot que les hommes politiques n'aiment pas parce que la doctrine
les engage, les empêche de pratiquer leur fameux " pragmatisme " qui les
conduit à changer de ligne en permanence et d'évoluer comme les bouchons
sur la mer.
J'ai choisi,
avec quelques amis, pleins de compétence, mais aussi de prudence et de
réalisme, de commettre le crime de dogmatisme, puisqu'un dogme n'est qu'une
connaissance éprouvée et affirmée, fruit de la réflexion et de l'expérience.
Nous avons travaillé ensemble à l'esquisse d'un " guide du candidat "
qui sera présentée à l'occasion de l'Université d'Eté, et qui sera améliorée
et diffusée au cours des prochaines semaines.
Je ne sais
pas si ce guide sera du goût de tout le monde, mais il est certainement
d'un genre qui convient à la situation de notre pays. Quand un peuple
est désemparé, la pire des erreurs consiste à se replier sur soi. C'est
en ouvrant la fenêtre sur le monde extérieur, c'est en redécouvrant les
lois universelles et intemporelles de l'économie, c'est en renaissant
à des vertus morales et spirituelles qu'il peut trouver le chemin d'un
futur. Notre guide invite les Français à emprunter ce chemin, et à amener
les candidats de tous bords à des choix doctrinaux clairs et responsables.
Si ces choix n'étaient pas faits, les électeurs pourraient aussi créer
la surprise, comme ils l'ont fait en mai 2005 - un avertissement qui semble
ne pas avoir été totalement reçu par la classe politique.
Je
ne veux pas m'arrêter sur cette note acide. Je crois fermement que la
campagne électorale passera tôt ou tard par un débat sérieux sur le futur
de notre société, et la mission des libéraux est d'amorcer et d'enrichir
ce débat grâce à une doctrine qui apporte cohérence et motivation : la
doctrine qui veut rompre avec l'étatisme, le jacobinisme pour construire
une société de liberté et de responsabilité.
Jacques GARELLO
Le 26 août
2006
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