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Nous
voici donc informés du contenu du projet de réforme des retraites qui
sera présenté au Parlement. Certes la partie n’est pas jouée, et les syndicats,
comme prévu, vont chercher à mobiliser leurs troupes. Tâche difficile
par ces temps de Coupe du Monde, une victoire de l’équipe de Raymond Domenech arrangerait bien les choses. Je
pourrais joindre mes applaudissements à ceux de la majorité et du patronat,
mais je n’ai pas l’habitude de trahir mes convictions, ni de tricher avec
la vérité. C’est pourquoi je me contenterai d’une note très médiocre pour
la copie remise par Eric Woerth, et sur laquelle Nicolas Sarkozy a apposé
le sceau présidentiel. La note n’est pas totalement nulle, car en dépit des solutions retenues, le gouvernement a obtenu quatre résultats qui laissent filtrer une mince lueur d’espoir dans le futur : 1° Il a rouvert le dossier des retraites que ses prédécesseurs avaient affirmé clos jusqu’en 2020. Les précédentes mesures dites Fillon dataient de 2003, et elles devaient nous conduire sans encombre jusqu’à cette échéance lointaine, si lointaine qu’on ne nous a jamais dit ce qui pourrait se passer après 2020. Le gouvernement, contrairement à ses premières déclarations, a accepté l’urgence de remettre en chantier le travail d’Hercule. Il a pris prétexte de la crise et de la situation de nos finances publiques. 2°
Il a fait découvrir aux Français l’étendue de la catastrophe qui les attendait.
Jusqu’à présent les difficultés de 3° Il a familiarisé les Français avec l’idée que des sacrifices doivent être consentis, et qu’il faut se préparer à des réformes. Faire accepter le recul de l’âge de la retraite de 60 à 62 ans, même s’il s’agit d’un ajustement paramétrique insignifiant, démontre un certain art de la communication, dont on espère qu’il survivra aux grandes manifestations programmées par Messieurs Thibault et Chérèque. La démonstration faite autour d’une réformette pourrait donner plus d’audace quand viendront les vraies réformes. 4° Il a osé porter une première attaque au bastion de la fonction publique. L’effort demandé aux fonctionnaires est limité, et progressif, mais un tabou a peut-être vécu. Comme je l’ai déjà affirmé, je ne crois pas opportun de faire des fonctionnaires les boucs-émissaires des faillites de l’Etat, et on ne doit pas dresser les deux tiers des Français contre le tiers restant, mais il est certains qu’on ne peut laisser à l’écart de toute réforme ce tiers, pour ne faire porter l’effort que sur les deux tiers payants. Voilà
ce qui évite au gouvernement d’être noté trop bas, bien qu’on soit évidemment
loin du compte, car la copie, dans son ensemble est mauvaise. La
copie est mauvaise, faut-il que je me répète sans cesse, parce qu’elle
se ramène à des mesures paramétriques destinées à aménager la répartition
alors que, par logique et par expériences vécues à l’étranger, la solution
consiste à amorcer le plus tôt possible la transition à la capitalisation.
Nous avons relevé ici, dans cette Lettre, les rares occasions où la transition
a été évoquée, par exemple par Laurence Parisot.
Mais il n’y a pas la moindre trace de cette transition dans le projet
gouvernemental, alors qu’elle est au cœur du problème. La copie est mauvaise encore parce qu’elle a tout un paragraphe consacré à la taxation des revenus élevés et de l’épargne. Il est désormais convenu que rançonner les riches est la pilule qui fait passer toute innovation, mais ce placebo n’est pas facile à avaler, ni par ceux qui sont concernés par cette discrimination intolérable, ni par les élus de la majorité qui ont promis à leurs électeurs une pause fiscale. Les riches non plus ne peuvent être les boucs-émissaires de la faillite de la Sécurité Sociale. La
copie est mauvaise enfin parce que le modèle de « rééquilibrage »
retenu par les statisticiens de Bercy est fondé sur des hypothèses de
croissance économique et de taux d’intérêt tout à fait gratuites, et plutôt
optimistes dans le contexte général français. La « croissance durable »
est bien mieux assurée par la capitalisation, qui apporte aux entreprises
le financement dont elles ont besoin, alors que l’épargne française est
découragée et confisquée par l’Etat. En conclusion, je crois que cette réformette ne peut être que la première étape d’un véritable débat. La nécessité d’un débat est maintenant acquise, la problématique en est fixée, et je crois que la transition, ignorée ou écartée dans cette première phase, ne cessera de tenir toute sa place. Croyez moi, on sera bien obligé de parler de choses sérieuses, et on ne pourra attendre 2018. Jacques Garello Le
21 juin 2010
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