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![]() | Je vais décevoir
certains d’entre vous : je ne donnerai pas de consigne pour le vote du 7
juin. Tout d’abord
je respecte la liberté de chacun, vous êtes en pleine mesure de vous prononcer
souverainement. Nombre de fidèles lecteurs de la Nouvelle Lettre peuvent en apprécier
la ligne générale, sans toujours suivre mes analyses ni mes opinions. Ensuite,
si vous me demandez, à titre de curiosité, où vont mes préférences, je serais
bien embarrassé. J’aurais en effet le choix entre des candidats qui ont des programmes
qui ne me plaisent pas, et des candidats qui n’ont pas de programme, ce qui ne
me plaît pas. Commençons
par ceux qui affichent des convictions très fermes, bien que très diverses. Très
claire la position du Nouveau Parti Anticapitaliste, il est anti-européen comme
anti-tout. L’autre gauche extrême, faite de vieilles pièces assemblées, comme
le Parti Communiste ou la Gauche Mélenchon, nourrit les mêmes sentiments ;
seules des questions de personnes la séparent de NPA, et son véritable programme
est de survivre face à Besancenot. | |||||||||||||||
| Voici maintenant
les souverainistes. A juste titre, ils regrettent que les vrais choix européens
n’aient pas été présentés ni expliqués aux électeurs. Leur propre choix est fait :
la France avant l’Europe. Du même coup leur programme est hostile à la libre circulation
des produits, des capitaux, des entreprises et des hommes. Les libéraux vont difficilement
en ce sens. Quant au
parti de François Bayrou, dont le vrai programme est la promotion de François
Bayrou, l’ambiguïté est sa raison d’être : à gauche et à droite en même temps,
européen et nationaliste, se voulant éthique mais (comme Madame de Sarnez) condamnant
les conseils moraux du Pape. On dit n’importe quoi pour critiquer systématiquement
le pouvoir, mais aussi pour discréditer le PS – avec lequel on aimerait pourtant
bien faire un bout de chemin. Quid précisément
de ces socialistes ? Leurs documents et discours peuvent recevoir deux interprétations.
L’optimiste est qu’ils ont deux programmes, ils sont d’une part marxistes et anti-européens
parce que l’Europe n’est pas assez « sociale » (entendez : syndicale)
et d’autre part sociaux-démocrates puisqu’ils se prévalent de l’internationale
socialiste européenne qui est faite de centristes. L’interprétation pessimiste
est que le PS étale ses divisions et ses luttes claniques, pour ne pas avoir à
se donner un programme. On peut donc dire
que pour le PS il y a un programme de trop ou pas de programme du tout. L’ambiguïté
est-elle aussi grande à l’UMP ? Non et oui. Non dans la mesure où il n’y
a pas de querelle des chefs. La majorité va à la bataille en bon ordre. Oui, si
l’on se fie aux écrits et propos. Il y a de la sociale-démocratie, de l’anti-capitalisme,
du souverainisme, suivant les candidats et la clientèle électorale. Le vrai programme
est en fait celui du président : l’Europe qui protège, l’Europe qui réglemente
les excès du capitalisme, l’Europe de Grenelle. Cela s’accommode de plusieurs
paradoxes : se référer au traité de Lisbonne mais s’affranchir des disciplines
budgétaires, se proclamer ouvert aux nouveaux venus mais
constituer l’axe Paris Berlin, se féliciter de
l’euro et Non, réellement,
je ne sais pas où est le véritable programme, puisque la question gênante n’est
pas posée (et n’est donc pas résolue) : Europe puissance ou Europe espace ?
Europe dirigiste ou Europe marchande ? Europe de l’harmonisation ou Europe
de la diversité ? Ce tour d’horizon,
à ma manière, ne m’encourage guère à mettre un bulletin autre que blanc dans l’urne
dimanche 7 juin. Je reconnais que la sympathie personnelle pour un candidat, ou
l’allergie à la vraie gauche, ou au pseudo centre, ou à la fausse droite, peut
guider une main hésitante dans certaines « régions ». Je sais aussi
que dans quelques-unes de ces régions de petites listes se présenteront sous l’étiquette
libérale. Elles sont souvent composées de personnes que je connais, mais à qui
j’ai souvent reproché de perdre leur énergie à vouloir pénétrer une société politique
hermétique au libéralisme. Mais, après tout, pourquoi ne pas les gratifier d’un
vote « indicatif » ? Oui, un vote
indicatif ; que ce soit de cette manière ou par l’abstention, ou le bulletin blanc. Indicatif
d’une lassitude de la classe politique, sans aucune autre vision du futur que
celle du grand soir, ou de la construction d’une Europe à l’image de la France.
La France des privilèges, des grèves, des manifestations, des subventions et des
impôts. J’ai bien
réfléchi : pas de consigne ! Désolé, je ne trouve pas mieux. Jacques
Garello PS. Vous
l’aurez peut-être remarqué, cette Nouvelle Lettre porte le numéro 999, la prochaine
sera la millième. Pour cause de Pentecôte et élections, ce numéro spécial sera
daté du 8 juin.
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